littérature

jeudi 24 janvier 2013

Les Petites Ostensions I/IV

— C’était le 11 janvier, n’est-ce pas ? La nuit où je suis né.

— Oh Sal, tu devrais arrêter de m’interroger là-dessus. Ça s’est passé il y a si longtemps, ça n’a plus d’importance.

— Pour moi, si, tante Clara. Et tu es la seule à pouvoir me le raconter. Tu comprends ? Tu es la seule, tante Clara.

— Tu n’as pas besoin de crier. Je t’entends parfaitement, Salomon. Pas la peine de me bousculer ni de dire des gros mots.

— Je ne te bouscule pas. J’essaie simplement de te poser une question.

— Tu connais déjà la réponse. Elle m’a échappé il y a un instant, et maintenant je le regrette.

— Tu ne dois pas le regretter. L’important, c’est de dire la vérité. Il n’y a rien de plus important.

— C’est que ça paraît si… si… je ne veux pas que tu penses que j’invente. J’étais près d’elle dans sa chambre cette nuit là, vois-tu. Molly Sharp et moi, nous y étions toutes les deux, on attendait l’arrivée du docteur, et Elisabeth criait et se débattait si fort qu’il me semblait que la maison allait s’écrouler.

— Que criait-elle ?

— Des choses affreuses. Ça me rend malade d’y penser.

— Raconte-moi, tante Clara.

— Elle criait tout le temps : « Il essaie de me tuer. Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. »

— Elle parlait de moi ?

— Oui, du bébé. Ne me demande pas comment elle savait qu’il s’agissait d’un garçon, mais c’est comme ça. Le moment approchait, et toujours pas de docteur. Molly et moi, nous tentions de la faire s’étendre sur son lit, de la cajoler pour qu’elle se mette en bonne position, mais elle refusait de coopérer. « Écarte les jambes, on lui disait, ça fera moins mal. » Mais Elisabeth ne voulait pas. Dieu sait où elle trouvait tant d’énergie. Elle nous échappait pour courir vers la porte, et répétait sans cesse ces hurlements terribles : « Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. » Finalement, nous l’avons installé de force sur le lit, je devrais plutôt dire Molly, avec un petit peu d’aide de ma part — cette Molly Sharp était un bœuf — mais une fois-là, elle a refusé d’ouvrir les jambes. « Je ne le laisserai pas sortir, criait-elle. Je l’étoufferai d’abord là-dedans. Enfant monstre, enfant monstre. Je ne le laisserai pas sortir avant de l’avoir tué. » Nous avons voulu l’obliger à écarter les jambes, mais Elisabeth se dérobait, elle ruait et se débattait, tant et si bien que Molly s’est mise à la gifler — vlan, vlan, vlan ! aussi fort qu’elle pouvait — ce qui a mis Elisabeth dans une telle colère qu’après ça, elle n’a plus été capable que de hurler comme un bébé, le visage tout rouge, avec des cris perçants à réveiller les morts.

— Bon Dieu.

— De toute ma vie, je n’ai jamais rien vu de pire.

— C’est pour ça que je voulais t’en parler.

— Enfin, je suis tout de même sorti, n’est-ce-pas ?

Paul AUSTER, 1989, Moon Palace, Éditions Actes Sud, 1990 pour la traduction française, traduit de l’américain par Christine LE BOEUF.

par Hervé Rabot

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jeudi 24 janvier 2013

Des hôtes de passage

Nous cheminons vers la mort à pas lents dans un chemin tranquille bercés par la présence de constructions anciennes et de jardins qui touchent en nous des sensibilités de vieillards.

par Joël Roussiez

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mardi 18 décembre 2012

Aux malheurs éternels

Et la tête nous regardait et disait : « oh, me », ce qui veut dire hélas. Elle pendait au bras d’un grand homme musclé qui n’avait plus de tête et marchait dans les cendres du bâtiment détruit, balançant la tête comme on tient un vêtement.

par Joël Roussiez

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mardi 27 novembre 2012

Tombeau

Un tombelier ouvrait des tombes dont il tirait les dalles par des cordes liées à son tombereau......

par Joël Roussiez

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dimanche 30 septembre 2012

Descente de croix

Hommage au tableau Descente de croix de Rogier Van Der Weyden

par Joël Roussiez

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mardi 18 octobre 2011

L’autre du regard

Note sur Spring Snow, une photographie de Jeff Wall d’après la fin du chapitre 34 de Neige de printemps, premier roman de la tétralogie La mer de la fertilité, de Yukio Mishima.

par Jean-Louis Poitevin

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jeudi 30 juin 2011

Roman conjugal

Comme si un roman pouvait être conjugal. Comme si le conjugal pouvait être romanesque. Comme si des images fixes pouvaient raconter une histoire et des personnages plats se mouvoir à l’intérieur d’un récit. Comme si l’homme et la femme pouvaient se lever, parler et souffrir, et décider d’événements plus ou moins dramatiques.

par Marie-Hélène Clément et Pascal Hausherr

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vendredi 9 octobre 2009

I - D.H. Lawrence, Art et moralité

Il faut reconnaître à ce grand écrivain qu’est D.H. Lawrence d’avoir su percevoir un phénomène et d’en avoir compris les implications les plus profondes, celui que François Brunet, dans son livre La naissance de l’idée de photographie, appelle le moment Kodak. Mais D.H. Lawrence sait surtout mettre cet événement en perspective et l’inscrire dans une dimension historique longue.

par Jean-Louis Poitevin

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