Images

Surface signifiante, animée, pixellisée ayant envahi les écrans et les cerveaux, l’image est devenue aujourd’hui un opérateur perceptif et cognitif.

Une image est une surface signifiante sur laquelle apparaissent des éléments, lignes, couleurs, formes diverses, qui entretiennent des relations ne relevant pas de la logique verbale et textuelle, mais d’une dimension « magique ». Fixe pendant des millénaires, l’image s’est animée avec l’invention du cinéma. Depuis l’invention de la vidéo et des appareils numériques elle ne peut plus être perçue comme analogique. Définie par les programmes des appareils, elle n’est plus qu’une organisation transitoire de pixels qui oscille entre émergence de manifestation visuelle offrant à la vision humaine des éléments reconnaissables et disparition ou brouillage de ces mêmes éléments. Tout a lieu en permanence sur les écrans de la planète. Multipliée à l’infini, elle envahit la réalité et les cerveaux comme une hallucination continue. Prenant la place du texte dans le champ élargi de la connaissance, elle est devenue un opérateur perceptif et cognitif.

jeudi 24 janvier 2013

Les Petites Ostensions I/IV

— C’était le 11 janvier, n’est-ce pas ? La nuit où je suis né.

— Oh Sal, tu devrais arrêter de m’interroger là-dessus. Ça s’est passé il y a si longtemps, ça n’a plus d’importance.

— Pour moi, si, tante Clara. Et tu es la seule à pouvoir me le raconter. Tu comprends ? Tu es la seule, tante Clara.

— Tu n’as pas besoin de crier. Je t’entends parfaitement, Salomon. Pas la peine de me bousculer ni de dire des gros mots.

— Je ne te bouscule pas. J’essaie simplement de te poser une question.

— Tu connais déjà la réponse. Elle m’a échappé il y a un instant, et maintenant je le regrette.

— Tu ne dois pas le regretter. L’important, c’est de dire la vérité. Il n’y a rien de plus important.

— C’est que ça paraît si… si… je ne veux pas que tu penses que j’invente. J’étais près d’elle dans sa chambre cette nuit là, vois-tu. Molly Sharp et moi, nous y étions toutes les deux, on attendait l’arrivée du docteur, et Elisabeth criait et se débattait si fort qu’il me semblait que la maison allait s’écrouler.

— Que criait-elle ?

— Des choses affreuses. Ça me rend malade d’y penser.

— Raconte-moi, tante Clara.

— Elle criait tout le temps : « Il essaie de me tuer. Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. »

— Elle parlait de moi ?

— Oui, du bébé. Ne me demande pas comment elle savait qu’il s’agissait d’un garçon, mais c’est comme ça. Le moment approchait, et toujours pas de docteur. Molly et moi, nous tentions de la faire s’étendre sur son lit, de la cajoler pour qu’elle se mette en bonne position, mais elle refusait de coopérer. « Écarte les jambes, on lui disait, ça fera moins mal. » Mais Elisabeth ne voulait pas. Dieu sait où elle trouvait tant d’énergie. Elle nous échappait pour courir vers la porte, et répétait sans cesse ces hurlements terribles : « Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. » Finalement, nous l’avons installé de force sur le lit, je devrais plutôt dire Molly, avec un petit peu d’aide de ma part — cette Molly Sharp était un bœuf — mais une fois-là, elle a refusé d’ouvrir les jambes. « Je ne le laisserai pas sortir, criait-elle. Je l’étoufferai d’abord là-dedans. Enfant monstre, enfant monstre. Je ne le laisserai pas sortir avant de l’avoir tué. » Nous avons voulu l’obliger à écarter les jambes, mais Elisabeth se dérobait, elle ruait et se débattait, tant et si bien que Molly s’est mise à la gifler — vlan, vlan, vlan ! aussi fort qu’elle pouvait — ce qui a mis Elisabeth dans une telle colère qu’après ça, elle n’a plus été capable que de hurler comme un bébé, le visage tout rouge, avec des cris perçants à réveiller les morts.

— Bon Dieu.

— De toute ma vie, je n’ai jamais rien vu de pire.

— C’est pour ça que je voulais t’en parler.

— Enfin, je suis tout de même sorti, n’est-ce-pas ?

Paul AUSTER, 1989, Moon Palace, Éditions Actes Sud, 1990 pour la traduction française, traduit de l’américain par Christine LE BOEUF.

par Hervé Rabot

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jeudi 24 janvier 2013

Des hôtes de passage

Nous cheminons vers la mort à pas lents dans un chemin tranquille bercés par la présence de constructions anciennes et de jardins qui touchent en nous des sensibilités de vieillards.

par Joël Roussiez

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mardi 18 décembre 2012

L’envers de la mémoire

TK-21 La Revue présente une nouvelle œuvre d’Alexandrine Boyer, Pages blanches, une vidéo, mettant en scène dans un jeu subtil de superpositions, simplement des pages blanches. Blanches ? Oui ! Enfin presque !

par Alexandrine Boyer et Jean-Louis Poitevin

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mardi 18 décembre 2012

Danse, danse, danse….

Lors de son exposition de peintures à la galerie White Projects, Rafaël Carneiro a aussi montrer ce qui constituait la source à laquelle il était venu puiser pour réaliser ses toiles, un western érotique de 1975, Dirty Western de Joseph F. Robertson. Le traitement qu’il a fait subir à quelques scènes de ce film constitue une œuvre en soi qui problématise des aspects et des fonctions des images peu souvent abordées.

par Jean-Louis Poitevin et Rafaël Carneiro

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mardi 27 novembre 2012

Tombeau

Un tombelier ouvrait des tombes dont il tirait les dalles par des cordes liées à son tombereau......

par Joël Roussiez

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vendredi 26 octobre 2012

Mettre des mots, faire des images

« Calcifications » est un travail en cours et une sorte de prolongement naturel de la série « OUTCH », qui étaient des images tentant de transcrire la douleur. Cette première réflexion expérimentait la représentation, la matérialité de la souffrance physique. Affectée par l’épreuve qu’a représenté la lutte contre la maladie de proches, Catherine Larré a constaté son incapacité à mettre des mots et des images sur la présence d’un hôte envahissant et destructeur dans le corps d’autrui.
La série Calcifications est une tentative de faire face à cette impossibilité en recomposant la maladie sinon en composant avec elle.

par Catherine Larré et Jean-Louis Poitevin

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vendredi 26 octobre 2012

Note sur le cadre

« J’ai toujours essayé de vivre dans une tour d’ivoire, mais un océan de merde clapote contre ses murs » Flaubert, 1871, Lettre à Tourgeniev.

par Jean-Louis Poitevin

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dimanche 30 septembre 2012

Descente de croix

Hommage au tableau Descente de croix de Rogier Van Der Weyden

par Joël Roussiez

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dimanche 30 septembre 2012

Je suis une chose mentale

La mise en scène de l’objet artistique quand elle remet en question les conventions qui lui sont généralement attachées, se donne pour vocation de nous alerter sur un nouveau mode d’identification du Vrai. Sur ce qui est conforme à ce qu’il paraît être. Sur ce qui ne l’est pas.

par Pascale Geoffrois et Philippe Soussan

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mardi 21 août 2012

L’arbre universel

Démarche picturale, le travail de Margot Buffet tend à la capture de ces phénomènes qui échappent souvent à la perception lorsqu’il s’agit de paysage.

par Jean-Louis Poitevin et Margot Buffet

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