samedi 30 avril 2022

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Exposition sur les réseaux


Réseau global, du vivant, nœuds et réticulations, critiques des réseaux

, El Pablo

Réseaux de neurones, réseaux sociaux, réseaux personnels, réseaux physiques, réseaux filaires, réseaux internet, tout y est.

Le 25 avril dernier s’est terminée au Centre Pompidou une exposition inextricable pour les boomers, enchevêtrée par les technologies passées et futures, au grand dam des zoomers, entrecroisée par les magnifiques métaphores naturelles et symbiotiques : terreur des doomers. En s’avançant dans l’aile droite du bâtiment on aurait pu imaginer en toute simplicité, une voix bizarre et robotique, celle de Pierre Perret chantant Vous saurez tout, tout, tout sur les réseaux. Et bien oui, réseaux de neurones, réseaux sociaux, réseaux personnels, réseaux physiques, réseaux filaires, réseaux internet, tout y est, compilé entre quatre salles communicantes, aux quatre thèmes bien différents et si inexplicablement proches.

Le titre de l’exhibition apparaît alors devant la Galerie 4 : Réseaux-Monde. S’agit-il du monde du réseaux, d’une question ainsi posée au regardeur « Les réseaux sont-ils devenus notre monde, où l’ont-ils toujours été ? », ou encore d’une affirmation : les réseaux vivent dans leur monde propre. Un indice : le design, l’architecture, la photographie, la couture, l’art digital, tout. Tout notre monde, notre planète, nos corps et nos écosystèmes se trouvent là.

Nicolas Schoffer sans titre 1947 (réseau global)

Dans la première partie : Réseau Global, les travers de l’utopie ubiquitaire des réseaux se dévoilent sous nos yeux. L’architecture radicale autrichienne inspirée par la cybernétique de Nicolas Schoffer propose aux visiteurs des ébauches à la croisée de l’art et de la technologie qui laissent à méditer... Des formes issues de l’abstraction géométrique pour figurer un réseau de rectangles en aplats de couleur blanche censées annoncer les travaux de sculpture cybernétique de l’artiste. Ici comme dans le reste de l’exposition, les médiums se mélangent, s’effacent et communiquent (comme un réseau ha !).

Le Réseau Du Vivant restera pour le spectateur la salle la plus époustouflante. Je pense notamment à la grandiose installation DRIFT, Flylight. Celle-ci met à jour la part d’intelligence collective dans le comportement des oiseaux lorsqu’ils se déplacent, et illustre la contradiction entre le comportement à adopter pour s’intégrer socialement et les intérêts individuels... Ces créatures qui descendent directement du dinosaure seraient donc encore en avance sur nous...

Réseau global

Une autre œuvre, Cloud, par Trevor Paglen, expose la manière dont une intelligence artificielle réagit quand on lui fait la requête de reconnaître un visage dans un amas de nuage. L’ordinateur, définitivement moins intelligent que l’homme, crée de magnifiques kaléidoscopes blancs sur fond de cumulonimbus grisâtres, poème ineffable de la vision humaine.

Plus que deux, opposées l’une à l’autre dans leur approche et pourtant si cohérentes dans cette galerie côte à côte. La troisième partie, Nœuds et Réticulations montre le réseau sous sa forme la plus primitive, comme si les fils noués par nos ancêtres étaient les seuls réseaux nécessaires. Nœuds de chaises, tissus emmêlés et nattes de pêches sont affichés là, comme pour rappeler l’origine du concept dont on nous parle depuis le début. L’œuvre qui attire l’œil se trouve là tout au fond, s’appelle Anthologie des regards et n’est en fait qu’un simple principe de marketing et de psychologie. L’eye-tracking ou oculométrie, permettant de décrire l’évolution du parcours visuel est juste tracé au fil noir, posé sur ce sur ce mur blanc, images rémanentes des regards d’un homme...

Critique des réseaux

Le pire réseau c’est celui des mafieux, le site internet malveillant, la censure admise par les élites qui tentent de tout contrôler. Tout cela n’est pas de moi, non, mais bien le thème de la dernière salle Critique des réseaux. Vous désirez en savoir plus sur les magouilles de Clinton ? Vous pouvez avec Mark Lombardi et son travail sur Bill Clinton, the lippo group and Jackson Stephens of Little Rock, grand travail de recensement de tout son réseau. Pour finir, la pièce la plus cocasse, la chaussure de surveillance, ou « surveillance shoe » qui a pu filmer la vidéo Legoland par Jill Magid. Complètement déjantée, on y retrouve une vidéo filmée par un pied sous la jupe de Magid dans des institutions où elle désire proposer des relations intimes pour en révéler les réseaux de pouvoirs invisibles. Véritable démonstration de la transgression de l’intime renversant le rapport de domination, Magid invente une nouvelle façon d’observer la ville, de s’y représenter alors que l’architecture devient indissociable du corps surveillé.
Étonnante exposition que celles des réseaux, où tout est proche de tout, aussi intime et hostile, personnel et superficiel que l’humanité a pu, peut et pourra l’être. En quatre mots : tout est lié quoi...

Critique des réseaux
Critique des réseaux
Legoland — critique des réseaux — Jill Magid
Surveillance Shoe — Jill Magid — Critique des réseaux
Mark Lombardi Bill Clinton, the lippo group and Jackson Stephens of Little Rock — Critique des réseaux
Mark Lombardi Bill Clinton, the lippo group and Jackson Stephens of Little Rock — Critique des réseaux
Réseaux vivants
Julien Prévieux — Anthologie des regards nœuds et réticulations

Frontispice : Drift Flylight 2011-2021 — réseau du vivant