mercredi 26 septembre 2018

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Trois histoires iraniennes

Avec les œuvres de Babak Kazemi, Morvarid K et Mohsen Rastani

, Auréile Chauffert-Yvart , Galerie Folia et Silk Road Gallery

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« Trois histoires iraniennes » interroge l’Iran d’aujourd’hui par un jeu de dialogues et de confrontations entre les œuvres de trois photographes contemporains.

Trois regards racontent, à travers trois approches différentes, l’histoire d’un pays au visage multiple et complexe.

L’Iran d’aujourd’hui est le fruit d’une civilisation millénaire, de traditions ancestrales mais aussi de l’histoire récente : la révolution islamique, la guerre avec l’Irak, la « révolte verte ». Entre périodes d’ouverture et de censure, les artistes iraniens trouvent grâce au médium photographique un espace de liberté et d’expression qui passe essentiellement par la métaphore et l’allégorie. La photographie devient, comme la poésie, un moyen de contourner la répression.

© Babak Kazemi, Exit of Shirin & Farhad, 2012. Courtesy de la galerie Silk Road et de l’artiste.

Avec « The exit of Shirin and Farhad », Babak Kazemi offre une écriture moderne de l’un des plus grands textes classiques de la culture persane, « Shirin et Farhad » du poète Nezami Ganjavi (1175). Revisiter cette histoire d’amour patrimoniale par la photographie est un moyen détourné pour l’artiste d’évoquer les luttes actuelles de ceux qui doivent s’exiler pour retrouver l’amour et la liberté.

© Morvarid K, The Thin Line, 2016. Courtesy de l’artiste.

« The Thin Line » de Morvarid K explore les frontières qui séparent deux mondes, deux cultures, deux imaginaires.

La superposition de deux photographies, une prise en Iran, l’autre ailleurs, fait advenir une troisième réalité, celle des hommes et des femmes qui comme l’artiste elle-même, sont habités par différentes cultures. Ces images d’une grande poésie font affleurer l’invisible, l’absence, cette part manquante qui traverse toute quête identitaire.

© Mohsen Rastani, Iranian families, 2012. Courtesy de la galerie Silk Road et de l’artiste.

Pour « Iranian families », Mohsen Rastani sillonne le pays depuis 1990 pour rassembler ces portraits de familles iraniennes. La toile de fond blanche utilisée par le photographe pour faire poser ses sujets est un élément essentiel de sa démarche. Ces personnages anonymes sont érigés en icônes, la composition monumentale de l’œuvre leur insuffle une grandeur héroïque, mythique.

Qu’elles touchent à l’intime ou au collectif, les œuvres rassemblées à l’occasion de cette exposition sont toutes imprégnées d’une vision plastique et d’une forte charge poétique. La culture iranienne est en effet ancrée depuis des millénaires dans la poésie, qui s’exprime aujourd’hui en Iran à travers tous les arts visuels.

© Babak Kazemi, Exit of Shirin & Farhad, 2012. Courtesy de la galerie Silk Road et de l’artiste.

Biographies

© Babak Kazemi, Exit of Shirin & Farhad, 2012. Courtesy de la galerie Silk Road et de l’artiste.

Babak Kazemi est un photographe autodidacte né à Ahvaz, Iran, en 1983. Il vit et travaille à Téhéran.
En 2012, il reçoit le Prix d’art contemporain « Magic of Persian » décerné par la Fondation Delfina à Londres.
Kazemi s’intéresse notamment à l’histoire de la province du Khuzestan où il a grandi et en particulier à l’impact de l’activité pétrolière dans la région.
Son œuvre a été présentée dans les collections du Maraya Art Centre, du musée d’art contemporain de Téhéran, du musée de la guerre de Téhéran et dans la collection privée du Sheikh de Sharjah aux Émirats Arabes Unis.
Babak Kazemi est représenté par la galerie Silk Road à Téhéran, dirigée par Anahita Ghabaian.

© Morvarid K, The Thin Line, 2016. Courtesy de l’artiste.

Morvarid Kest née en 1982 à Téhéran. Elle développe depuis une dizaine d’années une œuvre qui mêle photographie, arts plastiques et performance. Elle vit et travaille dans plusieurs pays à la fois.
Façonnée par son identité et ses racines iraniennes, Morvarid K ancre son travail artistique dans ce qu’elle nomme les « frontières invisibles », qu’elles soient voulues ou imposées, intimes ou collectives, réelles ou imaginaires. Sensible à la complexité humaine, Morvarid K créé des dialogues entre des forces opposées, source de beauté et de poésie. Chacun de ses projets est un pont qui relie les identités et les cultures entre elles.
Ses œuvres photographiques sont rehaussées de collages, superpositions et parfois d’encres et de dessins. Ce sont souvent des pièces uniques. Récemment, Morvarid K a élargi son horizon artistique en explorant ses thèmes de prédilection à travers la performance et la collaboration interdisciplinaire avec des artistes comme les chorégraphes Sherwood Chen et Yuko Kaseki.

© Mohsen Rastani, Iranian families, 2012. Courtesy de la galerie Silk Road et de l’artiste.

Mohsen Rastani est né en 1958 en Iran. Il est photojournaliste, réalisateur de film documentaires, professeur et conférencier à la faculté des Beaux-Arts de l’Université de Téhéran.
Diplômé en photographie de l’Université de Téhéran, faculté des Beaux-Arts en 1987.
Premier prix de la 10e biennale de photographie de Téhéran pour le noir et blanc, musée d’art contemporain de Téhéran en 2005.
Plusieurs expositions en Iran et à l’étranger, notamment, au centre culturel iranien du Tajikistan, « Semaine Culturelle Iranienne », Festival des Arts visuels du Nouvel An, 2011, au musée du Quai Branly, Paris, « 165 ans de photographie iranienne », 2009 au musée d’art contemporain de Téhéran, « Silver Windows Exhibition », 2005 à l’Espace Electra, Paris,« Regards persans », 2000
Mohsen Rastani est représenté par la galerie SilkRoad à Téhéran, dirigée par Anahita Ghabaian.

Articles précédents concernant la photographie iranienne :

1. Trop loin, trop près – Aspects de la photographie iranienne contemporaine
2. Le rêve dans la zone rouge – Six photographes iraniens présentés par la galerie Silk Road de Téhéran
3. L’envers et le souvenir – Note sur Katajoun Karami
4. Œil, main, cerveau – Note sur Negar Karajiani
5. Logiconochronie XXVII : la trame même de la vacuité – Note sur Mehdi Vosoughnia

Galerie Folia
Du 14 septembre au 27 octobre 2018
Ouvert du mardi au vendredi de 13h à 19h
Le samedi à partir de 11h
13 rue de l’Abbaye, 75006 Paris, France
Tel : +33 (0)1 42 03 21 83
folia@galerie-folia.fr
https://www.galerie-folia.fr

Illustration couverture : © Morvarid K, The Thin Line, 2016. Courtesy de l’artiste.