mercredi 28 novembre 2018

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Poste frontière

Un après-midi au Brenner note sur une vidéo d’Helmut Groschup

, Helmut Groschup et Jean-Louis Poitevin

Aujourd’hui presque rien, des cafés, des boutiques, des maisons à l’abandon, des gens qui vivent là aussi, travaillent là, dans ce village que les voitures et les camions ont désertés, tous avalés et recrachés par l’autoroute située à quelques centaines de mètres de l’ancienne route.

Brenner from TK-21 on Vimeo.

La disparition du poste frontière rend obsolète ce village où longtemps des queues de voitures se formaient, le week-end ou pendant les vacances, car par là passe la seule voie qui permet la traversée nord sud du massif alpin. Seuls quelques tyroliens qui viennent faire des courses de produits italiens et quelques italiens qui viennent faire du ski, ou visiter la ville au petit toit doré à quelques kilomètres de là, s’y arrêtent et offrent à ce monde fantôme un semblant de vie vraie.

Et puis, il y a la gare, les trains, ceux pour Venise par exemple, et des rails nombreux, pour beaucoup peu utilisés car ici comme partout ailleurs en Europe, on a privilégié le transport par camion, ce qui fait de ce petit coin de montagnes où l’on croirait pouvoir respirer un air pur, l’une des régions les plus polluées d’Europe. Il y a encore un trafic local entre Innsbruck et Bozen et la possibilité de venir passer là une courte journée, de s’installer dans le soleil et lézarder en dégustant du schuttelbrot, du speck, du parmesan, des pâtes, tout en buvant un barrolo ou un san giovese. Il y a bien sûr d’autres choix sur la carte !

Il aurait fallu pouvoir venir vivre là quelques jours, une semaine au moins, ou un mois, pour tenter de comprendre comment vivent au quotidien ceux qui habitent là, en effet, vraiment. Mais seules des visites courtes, des déjeuners avec des amis, des visites impromptues, ont offert à l’imagination un peu de ce sel mental qui transforme n’importe quel endroit en un décor de roman et fait courir l’imagination au point qu’elle nous soulève jusqu’à la pointe du rêve. Et de ce rêve abandonné, anticipant en quelque sorte sur son impossible réalisation, quelques images absurdes et drôles, unies par la bande son originale, sont parvenues à s’imprimer sur une carte mémoire.

Wohnen da leute ? Oui, comment habiter là sur cette ligne de partage entre deux pays qui n’en étaient qu’un avant 1918, entre deux mondes qui constituent géographiquement un continuum évident, entre deux pas qui ne peuvent se distinguer l’un de l’autre dans le cours de la marche ?

C’est de ce rêve impossible que ces images parlent, absurdes et vaines, incisives et drôles comme un rêve qui sait que personne n’est en train de le rêver et qui sourit d’être à la fois seul au monde et le seul vrai des mondes possibles.