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Voyages
Filer les Tangentes S-2 E-0
un Tour d’Europe – Saison 2
,
Les ami.e.s
Le 4 juillet je pars
Les temps étaient déjà un peu étranges étrangers perturbés déréglés
Depuis plus de trois semaines ça s’est un peu accéléré précipité on ne sait pas quels mots utiliser
Partir en solitaire faire un tour d’Europe à la rencontre de l’inconnu voisin en Belgique aux Pays-Bas au Luxembourg en Allemagne en Autriche en Slovénie en Italie en France aussi
À bicyclette trois mille huit cents kilomètres
Il y a un an c’était déjà un projet un peu fou intranquille mais nécessaire
Au fil de l’année de réparation suite à la chute sur le pavé harmonisé du Nord et une clavicule brisée
Au fil du travail de composition des œuvres créées dans cet intervalle
Au fil d’un hiver un peu rude
Au fil d’un printemps déjà un peu à l’envers
Au choc d’un dimanche soir noir et brun
De nouvelles profondeurs d’autres sens d’autres forces inconnues
Enfin si un peu connues mais oubliées semble-t-il
viennent se bousculer et tendent les muscles et l’esprit encore plus
J’ai hâte de repartir dans la transe des routes et chemins roulés
C’est un réseau d’énergies et de soutiens
Un soupçon d’espérances une main dans le dos un bras autour des épaules des sourires des rires
Une connexion avec la vie et l’amour qui ne peut pas mourir
Arrêter de grincer des dents
et sourire
Et aimer
Et partager
Et accueillir
C’est ce que j’ai trouvé en allant à Copenhague une fin d’automne il y a 15 ans
C’est ce que j’ai trouvé l’été dernier entre València et l’hôpital de Lens
Jusqu’à Lille chez mon cousin si peu connu
Je tente encore l’expérience
Je devrai dormir une dernière fois en France le 6 juillet
traverser la Belgique et être aux Pays-Bas le 7 juillet 2024
On verra bien après. Et je reviendrai
Épuisé et plus fort et plus riche et plus rempli des énergies de la terre et de la nature
Prêt à partager
Si tout va bien dans une résidence quelque part dans l’ouest de la France en automne
près d’une rivière souple et verte
Et aussi ailleurs Encore Encore Encore
Je vais m’éloigner des bouteilles en plastiques des décors en bois
des pickpockets des Rolls dorés et des Mustangs rouges cabriolets
des chambres à 5000 balles des rues en fêtes
des câbles des télévisions et des tableaux des médailles.
Et puis aussi d’on ne sait pas quoi
d’une dangereuse liberté retrouvée d’attraper un panou un pas straight une trop brune
pourtant ils le sont tellement
rétrécis ristrinse.
La pâleur de la peur
Quand on est malade du tout du trop du plein du sans fin
On a peur
on ne sait pas qu’on peut le faire
faire un passage par d’où on vient
Drogués le manque est maladie
La pâleur de la peur
Alors que rentrer chez soi migrer
ou quitter chez soi migrer
ce devrait être avec confiance malgré les risques dans le voyage
pour aller ce ressourcer dans le berceau
Chez Léonard
il n’y aura pas que des rencontres heureuses
sinon c’est enfermé.
Ristrinse
La pâleur de la peur
quand on arrive devant la porte qui ouvre sur le grand fleuve noir
La brume épaisse nous empêche évidemment de porter loin
le regard des déjà myopes.
Pourtant c’est bien là. C’est bien la bonne piste
c’est bien la bascule qui est arrivée.
On craint l’inconnu qu’il ressemble à la mort
avec tous les dieux inventés pour soigner nos maux de cerveaux
pourtant il est juste là à côté toujours repoussé
pourtant quand tu le touches le croises le traverses
ce fleuve noir
il t’apporte autant de plaisir que tu n’en a jamais connu
Pourtant tu as déjà quitté un monde enchanté pour naître à la respiration
Respirer boire souffler respirer
Alors je vais aller me fatiguer les cuisses les mollets les mains
suer cramer tremper griller fraîchir piquer grignoter dormir
dehors dans l’inconnu pourtant voisin
juste là et vraiment pas plus terrible qu’il y a mille ans
quand il y avait des brigands des affamés et des loups
des requins
et lorsqu’on voyageait déjà
on migrait depuis quelques millénaires
des dizaines des milliers
plusieurs on s’en souvient encore
pourquoi arrêter ?
Pour cultiver
combien s’occupe de la terre encore un sur cent
il y en a 99 qui pourraient bouger migrer errer
On croît on dit on pense encore il n’y a rien d’impossible
La science raisonnée mesure intelligemment tout le vivant et au-delà de l’infini
pour comprendre découvrir analyser et ranger dans un tableur en cellules.
Il y a même maintenant des compétitions mondiales de tableaux en cellule
Je collectionne les bouquets morts
On fait la queue toute la journée en voiture en métro
pour ramener une tour Eiffel en plastique un sac à main rare
achetés à 8000 kilomètres de la maison
alors que des barbares shamans connaissaient l’âge de leurs île-montagnes sacrées
Pendant 4000 kilomètres alentour
je vais gouter à la lune aux oiseaux aux rivières et aux fleurs
de mon territoire
partagé
Filer les tangentes
Chacun peut tirer quelques fils
C’est une expédition qui va repartir sur les chapeaux des roues du vélo rouge
tranquille OKLM tendu soutenu
Depuis Vimy sa crête ses vestiges de la ligne de front qui a vue
naître une nouvelle nation
Les canadiens.
C’est dans la bataille qu’on unit les forces
Les engagements d’aujourd’hui sont fondamentaux
Le fil que je tisse avec vous avec des inconnu.es avec l’histoire
de l’art des hommes de la nature
est à inventer écrire transporter jouer au troubadour
poétiser chanter dire raconter documenter peindre photographier
Cette opération est une aventure proche du commun
puisque dans mon jardin
Loin de la compétition vraiment très loin juste en dehors des stades
et des victoires
La route a été interrompue le 7 juillet 2023
Elle reprend un an après pile dans un potentiel bouleversement de civilisation.
C’est tellement rare de sentir de vivre de partager cet instant où
dans l’incompréhension de l’avenir dans l’incompréhension du présent
dans le souvenir des passés ignorés
on reproduit et on fonce en traversant chaque chant et chaque cercle
avec chaque gardien qui nous montre la couleur
continuer de foncer vers les entrailles brulantes fumantes bouillonantes
comme aimantés
aspirés drogués inconscients emportés par les courants bruns et sombres
des torrents des fleuves innavigables et pourtant la barque
nous posera sur l’autre rive.
Alors en selle.
L’expérimentation sur deux roues fines sous un tarp d’une livre
des mots des impressions un récit au quart du siècle
pendant quelques semaines je vais courir sur le point unique d’accroche
de la tangente sur le monde
je file.
Filons.
juin 2024
« C’est ici qu’on doit abandonner toute espèce de doute
qu’ici toute tromperie doit finir. » Dante – L’enfer
Filer les Tangentes, participez au financement :
https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/filer-les-tangentes-s02
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Le texte du projet 2024 et lisible sur la page :
http://www.guillaumedimanche.fr/filerlestangentes/








