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Le podcast TK-21
C’est du jazz latino épisode 36 (France)
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Plusieurs récits se croisent dans l’histoire et l’actualité du jazz en France. Il faut raconter l’histoire du jazz tout court, arrivé dans ce pays avec l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale et le débarquement de l’armée américaine en France, apportant avec lui sa fanfare composée de musiciens noirs américains. Lesquels, avec les fans, musiciens et entrepreneurs français, ont marqué le début de la diffusion, de la pratique et de la commercialisation du jazz en France et, dans une large mesure, dans le monde.
On peut supposer que ce jazz, né à la Nouvelle-Orléans à la fin du XIXᵉ siècle [1] et qui s’est ensuite répandu à travers le fleuve Mississippi jusqu’aux villes voisines et finalement à Chicago et à New York, ce jazz afro-américain selon l’un de ses créateurs, Jelly Roll Morton, a toujours eu quelque chose de latin.
Nous pouvons également supposer qu’à partir du moment où le jazz a commencé à se diffuser et à se pratiquer dans les pays latins, c’est-à-dire ceux où l’on parle des langues qui ont le latin et donc l’Empire romain comme partie de leur origine, à partir de ce moment même un jazz latin a commencé à prendre forme. Cela se produit dans les pays européens et latino-américains, où l’on parle espagnol, portugais et français.
Cependant, l’historiographie, la critique et la musicologie ont établi que le jazz que nous appelons aujourd’hui latin est né, plus précisément, à New York, dans les années 1940, d’une foule de migrants venus du monde entier et particulièrement des Caraïbes antillaises. C’est là qu’a eu lieu la rencontre entre les musiciens de jazz américains et les musiciens des genres caribéens. Le mouvement bebop changeait déjà l’histoire du jazz, et le cubop fait partie de ces changements.
Mais déjà, dès le début du XXᵉ siècle, la musique populaire latino-américaine, les tangos argentins, les corridos mexicains, les sones et boléros cubains, etc., arrivaient aux États-Unis. Au même moment, en France, nous avons pu le constater dans l’épisode de notre émission consacré au jazz dans les Antilles françaises des Caraïbes (épisode 26), les musiciens antillais et leur biguine sont entrés dans l’histoire de la musique populaire, fusionnant avec le jazz et la chanson française.
Dans cette histoire hypothétique du jazz en France, compte tenu de ses origines latines, on ne peut ignorer la présence et l’importance du jazz manouche. En ce sens, une figure que nous devons considérer, même si nous ne le faisons pas dans ce premier épisode panoramique consacré au latin jazz en France, est l’éminent guitariste Django Reinhardt. Django et son influence font sans aucun doute partie de cette histoire.
On peut dire la même chose du trompettiste afro-américain Sidney Bechet ; son parcours et son influence sur le jazz et la musique populaire en France constituent un autre chapitre essentiel.
Nous nous limitons aux fusions les plus évidentes, aux relations indiscutables, aux influences supposées entre le jazz, la musique populaire française et l’influence latine dans ce deuxième sens, celle qui a commencé comme afro-antillaise et qui s’étend aujourd’hui aux genres latins les plus variés à travers le continent américain.
Cette fois, nous incluons une pionnière dans notre playlist, une figure qui résume pratiquement tous les aspects de cette histoire : la danseuse, chanteuse, entrepreneuse et militante française née aux États-Unis, Joséphine Baker. Dans le morceau qui ouvre l’épisode, elle est accompagnée par nul autre que les Lecuona Cuban Boys, l’un des groupes les plus populaires de l’époque. Ses spectacles ont marqué l’histoire de la musique populaire en France.
Les pièces d’Alain Jean-Marie et de Jaques Schwartz Bart dénotent la présence franco-antillaise. Ceux de Richard Galliano et de Patrice Caratini démontrent des fusions avec le tango. L’intervention de Marc Antoine met en lumière une autre, et non des moindres, des influences majeures de la musique populaire latino-américaine dans le monde : la samba et la bossa nova brésilienne. Les performances de Laurent Lecuyer et Alain Henriot rendent palpables leurs séjours dans un autre pays des Caraïbes, le Venezuela. Sylvain Luc nous emmène avec son instrument dans l’Espagne mauresque, gitane, andalouse, flamenca, contemporaine, qui entre sans doute dans cette histoire.
Biréli Lagrène nous a montré dès son plus jeune âge que la musique n’a pas de frontières, et s’il est un genre qui le montre, c’est bien celui interprété par l’ensemble des musiciens que nous réunissons aujourd’hui sous le label de latin jazz. Vous remarquerez sans doute quelques absences dans cette sélection ; une impartialité complète est impossible en si peu de temps pour raconter avec des mélodies cette histoire dans laquelle, comme nous l’avons noté au début, de multiples récits s’entrecroisent.
Nous avons essayé d’être objectifs dans la mesure où la subjectivité nous le permettait. D’un autre côté, ce n’est pas une histoire où tout a été rose. Dans l’histoire de cette expression musicale que nous appelons le jazz latino, se juxtaposent le colonialisme, les guerres, la dépendance, le sous-développement, le racisme, l’incompréhension... mais les musiciens, par leurs rencontres et leurs créations, ont le pouvoir de la sublimer. Nous tenterons de remédier à ces lacunes dans de prochains épisodes sur le jazz latino en France.
Freda Josephine McDonald, dite Joséphine Baker, est une chanteuse, danseuse, actrice, meneuse de revue et résistante française d’origine américaine, née en 1906 à Saint-Louis (Missouri, États-Unis) et morte en 1975 à Paris (France).
Vedette du music-hall et icône des années folles, elle devient française en 1937 après son mariage avec Jean Lion, un courtier en sucre industriel. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle est une honorable correspondante des services secrets français et se produit souvent gratuitement en Afrique du Nord devant les troupes alliées. Elle termine la guerre comme lieutenante de l’Armée française de la Libération et reçoit en 1946 la médaille de la Résistance française.
Elle utilise ensuite sa grande popularité au service de la lutte contre le racisme et pour l’émancipation des Noirs, en particulier en soutenant le mouvement américain des droits civiques. Le 28 août 1963, lorsque Martin Luther King prononce son discours « I have a dream » lors de la marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, elle se tient à ses côtés en uniforme de l’armée de l’air française et sera la seule femme à prendre la parole depuis le Lincoln Memorial.
Le 18 août 1961, dans le parc du château des Milandes en Dordogne, Joséphine Baker est décorée de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre.
En 2021, près de cinquante ans après sa mort, elle entre au Panthéon, devenant ainsi la sixième femme et la première femme noire à rejoindre le « temple » républicain. [2]
1 Mayari, Joséphine Baker et Les Lecuona Cuban Boys, Paris, 1936.
Alain Jean-Marie nait en 1945 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, d’un père martiniquais et une mère guadeloupéenne. Il prend quelques cours de piano chez une voisine à huit ans. Il arrête vite, et se considère comme autodidacte. Il découvre le bebop à la radio, et commence à jouer du jazz. Il rencontre Robert Mavounzy et Edouard Mariépin quand il a autour de 12 ans. Le premier disque qu’il achète est un album de Benny Goodman avec Teddy Wilson ; il écoute également Miles Davis, John Coltrane, Sonny Rollins, le Modern Jazz Quartet…
Il commence sa carrière de pianiste dans les bals de Guadeloupe, où il joue toute la nuit et apprend l’endurance. Il se cache derrière son piano pour que son père ne le voie pas. Il joue notamment dans l’orchestre de Robert Mavounzy, et avec le clarinettiste et saxophoniste Edouard Mariépin dès ses 15 ans.
Il s’installe à Montréal de 1967 à 1970, invité à jouer dans le cadre de l’exposition « Terre des Hommes ». Il y rencontre de nombreux musiciens américains, et sa musique s’oriente alors plus franchement vers le jazz. Avec le bassiste Winston Berkley et le batteur Jean-Claude Montredon, il monte le groupe de fusion Liquid Rock : « c’était le résultat de la culture hippie. Nous avons décidé de vivre ça, mais à l’antillaise ».
En 1969-1970, il revient aux Antilles. Pendant cette période, il rencontre le disquaire et producteur Henri Debs, qui produira nombre de disques enregistrés par Alain Jean-Marie. En 1969, il enregistre Piano Biguines, mêlant jazz et biguine. Jusqu’en 1973, il joue en trio avec le bassiste Weston Berkley et le batteur Jean-Claude Montredon.
Il s’installe à Paris en 1973 mais peine à faire jouer son groupe, rebaptisé Liquid Rock Stone. En 1973, il fait partie de l’orchestre de La Cigale, où se produisaient des musiciens guadeloupéens. À la fermeture de La Cigale en 1975, il joue dans les clubs de jazz, où il accompagne de très nombreux musiciens : Bill Coleman, Harry Edison, Clark Terry, Eddie Davis, Barney Wilen, James Moody, Sonny Stitt, Kai Winding, Archie Shepp, Max Roach, Charles Tolliver, Christian Escoudé. [3]
2 Choucoune, Alain Jean-Marie, album Piano Biguines 1969.
Richard Galliano, né en 1950 à Cannes (Alpes-Maritimes), est un accordéoniste, bandonéoniste et compositeur français. Encouragé par ses parents, il étudie le piano et l’accordéon dès l’âge de quatre ans. Il continue d’apprendre à jouer de ces deux instruments avec Claude Noël. Ce dernier lui fera connaître le jazz, principal courant musical de Galliano.
Un peu plus tard, il entre au conservatoire de Nice, dirigé par l’organiste Pierre Cochereau, et suit les cours d’harmonie, de contrepoint et de trombone à coulisse. Il obtient un 1er prix en 1969 pour cet instrument.
Il arrive à Paris en 1975 et rencontre Claude Nougaro dont il deviendra l’ami, l’accordéoniste, mais aussi le chef d’orchestre, et ce, jusqu’en 1983. De cette étroite collaboration naîtront bon nombre de chansons qui font partie du patrimoine, telles qu’Allée des Brouillards, Des Voiliers, Vie, Violence…
La deuxième rencontre déterminante aura lieu en 1980 avec le compositeur et bandonéoniste argentin Astor Piazzolla, qui l’encourage vivement à créer le « New musette » — comme il avait lui-même créé le « New tango » argentin vingt ans plus tôt.
Le travail de Clifford Brown, découvert adolescent, l’inspire. Richard Galliano est aujourd’hui l’unique accordéoniste concertiste qui enregistre pour le prestigieux label discographique allemand Deutsche Grammophon. Il a enregistré plus de 70 albums sous son nom et a collaboré avec un grand nombre d’artistes dans l’univers de la musique classique et du jazz, sans oublier la chanson. https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Galliano
3 Libertango, Richard Galliano, album Laurita (avec Michel Portal, Didier Lockwood, Toots Thielemans, Palle Danielsson & Joey Baron), 1994.
Patrice Caratini est un contrebassiste, compositeur et chef d’orchestre français, né en 1946 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine, France)
Sa carrière commence dans les clubs parisiens dans lesquels il joue du jazz avec Michel Roques et Franco Manzecchi. D’autres musiciens se joignent alors à lui, comme les pianistes Georges Arvanitas, Martial Solal et Mal Waldron (disque Ursula avec Franco Manzecchi en 1969 sur Musica records) ou encore le tromboniste Slide Hampton. En 1976, il forme un duo avec le guitariste Marc Fosset, rejoint par l’accordéoniste Marcel Azzola. Ainsi, ils accompagnent Stéphane Grappelli pendant plus de dix ans. C’est lui qui est à la tête de l’orchestre de jazz accompagnant l’album violet de Maxime Le Forestier, en particulier dans la chanson « Le fantôme de Pierrot ». C’est aussi lui qui accompagne Maxime Le Forestier à la contrebasse lors du concert Olympia 1973.
En compagnie du bandonéoniste Juan José Mosalini et du pianiste Gustavo Beytelmann, il joue également du tango contemporain.
En 1980, il crée un onztet et compose pour lui-même et pour d’autres formations. En 1992, il participe activement à la création de l’Union des Musiciens de Jazz (UMJ). En 2007, il crée à Sceaux (Hauts-de-Seine) Xocoatl, une œuvre pour grand chœur, orchestre de jazz et récitant avec le Chœur Nicolas de Grigny.
En 2003, il crée avec Jean-Rémy Guédon l’association Grands Formats, fédération d’orchestres qui regroupe des ensembles professionnels de jazz et de musiques à improviser porteurs de projets artistiques. Elle a pour ambition de favoriser le développement et le rayonnement de ces orchestres en France et à l’international. Patrice Caratini reçoit le 10 décembre 2007 le Grand prix du jazz de la Sacem. Il est le père du clarinettiste Clément Caratini et du comédien Louis Caratini [4]
Album La Bordona, Juan José Mosalini accordéon, Gustavo Beytelmann piano, Patrice Caratini contrebasse.
4 La Cumparsita Patrice Caratini, album La Bordona, 1996.
Marc Antoine (né en 1963) est un compositeur, guitariste et producteur de musique français. Aujourd’hui, il est l’une des figures les plus reconnues du smooth jazz. Né à Paris, fils d’un boxeur réputé, il commence à jouer de la guitare à l’âge de onze ans, mais ce n’est qu’à treize ans, remarquant son habileté, que son père décide de l’envoyer au conservatoire.
Malgré sa formation éminemment classique, il commence dès son plus jeune âge à expérimenter de nouveaux styles et à se sentir attiré par des sonorités très hétérogènes. Ainsi, à l’âge de dix-neuf ans, après avoir surmonté un accident qui lui a sectionné plusieurs tendons et nerfs de la main gauche et l’a presque rendu handicapé en tant que guitariste, il commence à jouer du jazz et de l’afro-pop dans différentes salles parisiennes.
En 1988, il s’installe à Londres pour rejoindre le Reggae Philharmonic Orchestra. Durant cette période, il travaille également avec Soul To Soul, Pato Banton et General Public et entre dans la scène effervescente de l’acid jazz de la capitale anglaise.
Au début des années 1990, il part aux États-Unis et s’installe à Los Angeles. Durant sa période américaine, il collabore avec des artistes confirmés tels que Sting, Rod Stewart, Céline Dion et participe à des mouvements plus innovants tels que Solsonics, Gurú ou Queen Latifah, ainsi que Basia ou Chris Botti.
En plus, Marc Antoine mène une longue carrière solo. En 1994, il sort son premier album, Classical Soul, qui se hisse rapidement au sommet des charts grâce au single Unity et qui lui donne un excellent accueil sur la scène jazz américaine. Son œuvre suivante, Urban Gypsy (1995), est un mélange de flamenco, de latin jazz et de funk qui marque sa véritable consécration. Cet album comprend Latin Quarter, une chanson qui reste aujourd’hui encore l’un de leurs plus grands succès. Chez GRP, il enregistrera ses prochaines œuvres : Madrid (1998), suivi par Universal Language (2000) et Cruisin’ (2001), qui contient une autre de ses chansons les plus remarquables : Más que nada, imprégnée de folk brésilien. Avec le label Rendezvous Entertainment, il enregistre en 2003 l’album Mediterráneo et en 2005 Modern Times. Hi-Lo Split (2007) est son premier album avec Peak Records et a été nominé au Latin Billboard Music Awards 2008 comme meilleur album de jazz latin de l’année. Il est suivi de Foreign Exchange (2009), (My Classical Way (2010) et Guitar Destiny (2012) enregistrés sous son propre label Frazzy Frog Music. Laguna Beach (2016), So Nice (2017) et Something About Her 2021 [5].
5 Mas Que Nada, Marc Antoine, album The Very Best Of Marc Antoine, 2001.
Le pianiste, compositeur et arrangeur français Laurent Lecuyer, ayant vécu à Caracas au Venezuela à partir de 1996, a participé à de nombreux projets musicaux à l’intérieur et à l’extérieur du pays, en tant qu’interprète ou accompagnateur de chanteurs de styles variés.
Membre de plusieurs groupes de jazz, il se distingue en tant que pianiste, compositeur, coarrangeur et coproducteur avec la chanteuse brésilienne Mónica Nogueira (Kaoma) à Paris et, au Venezuela, avec María Rivas, pendant plus de dix ans. Diplômé en piano, jazz et arrangement de l’école ARS NOVA ATLA de Paris en 1992, il a été professeur de théorie et de piano jazz dans différentes écoles en France et au Venezuela.
Dans son album de 2004, Reflets, Laurent Lecuyer piano et composition, est accompagné par : au saxophone Pablo Gil, à la basse Roberto Koch, à la batterie Nelson Sarda, à la guitare Rubén Rebolledo et aux percussions Carlos Nene Quintero.
Laurent Lecuyer est le père d’Elisa Lecuyer, jeune chanteuse franco-vénézuélienne qui, avec son Latin 4tet, redécouvre le répertoire de l’Amérique latine de son enfance, dont les airs l’ont façonnée. Elle se fait accompagner au piano de son père, Laurent Lécuyer, et des vénézuéliens Manuel Alejandro Sánchez à la contrebasse et Rafael Mejías aux percussions. Ils vous embarquent pour une traversée vers des horizons ensoleillés. On les écoutera surement dans les prochains épisodes.
6 Caraqueñita, Laurent Lecuyer, album Reflets, 2004.
Biréli Lagrène (Soufflenheim,1966), guitariste et bassiste de jazz français d’origine tzigane.
Né dans une communauté de musiciens gitans, il surprend par un talent précoce qui lui permet de reproduire, note pour note, toutes les chansons de son admiré et inspiré Django Reinhardt. Après cette phase d’apprentissage par émulation, Lagrène est influencé par Wes Montgomery et George Benson. Il rencontre plus tard Jaco Pastorius et s’initie à la musique jazz rock fusion et joue même de la basse pendant un certain temps avant de revenir à la guitare.
Avec plusieurs albums — au total près de 20 en propre et de nombreuses participations aux enregistrements d’autres personnes —, Lagrène décide de revenir à ses racines et forme son groupe Gipsy Project, avec lequel il travaille aujourd’hui. Avec ce groupe, il revient à l’esprit de Reinhardt, revisitant les classiques du maître, mais avec de grandes touches personnelles, tout en interprétant sa propre musique avec l’air vertigineux et gitan de ses origines. [6]
« Parmi les guitaristes qui peuvent revendiquer l’héritage de Django Reinhardt, Biréli Lagrène s’impose : bien sûr, il a compris et pérennisé le timbre si particulier, les estafilades guitaristiques, le swing calorifère qui caractérisait la poésie de son illustre aîné. Mais chez Biréli, il y a une manière de dépasser la virtuosité pure afin d’atteindre un ordre supérieur de qualité : au point que son jeu peut nous faire douter qu’un Django eût vraiment existé avant lui. » François Lacharme, président de l’Académie du jazz
7 Troublant Bolero, Biréli Lagrène Gipsy Project, album Move, 2004.
Jacques Schwarz-Bart (né en 1962 aux Abymes en Guadeloupe) est un saxophoniste de jazz français. Il est le fils de Simone et d’André Schwarz-Bart, le couple d’écrivains. Il découvre le gwoka à l’âge de quatre ans. Anzala, l’un des « esprits frappeurs » de la Guadeloupe avec Vélo et Carnot, l’initie alors à quatre des sept rythmes de base : le léwoz, le kaladja, le toumblak et le graj. À six ans, alors qu’il se retrouve en Suisse, il découvre le jazz avec la discothèque du père de son meilleur ami. Après avoir été bachelier à seize ans puis étudiant à la faculté d’Assas et à l’Institut d’études politiques de Paris, Jacques Schwarz-Bart abandonne une carrière d’assistant parlementaire pour se consacrer entièrement à la musique et intègre le Berklee College of Music de Boston, avant de se rendre à la Mecque du jazz américain : New York. Il enchaîne de nombreuses collaborations avec de grands noms des scènes Nu, soul et jazz (...). Jacques est le compositeur du single Forget regret du RH Factor, la formation jazz-funk et soul de Roy Hargrove. En 2006, il sort chez Universal jazz son plus ancien projet, Soné ka la (« Que résonnent les tambours ») réalisant ainsi un trait d’union entre la musique gwoka de sa Guadeloupe natale et le jazz avec des touches de soul, de funk, de musique brésilienne, de drum n’ bass, de dance hall et même de musique impressionniste […].
En septembre 2008, il sort son nouvel album intitulé Abyss en hommage à son père (...). En 2014, Schwarz-Bart sort un album intitulé Jazz Racine Haïti. Avec une profonde connaissance du patrimoine haïtien, il a été inspiré, pour intégrer la musique rituelle vaudoue dans son répertoire, par l’arrangement des airs sacrés et des mélodies composées en apportant la fusion du jazz moderne et de la musique racine. Comme le blues, la musique racine est une source d’inspiration qui a permis à des millions d’esclaves de surmonter la tragédie et d’échapper à un conditionnement oppressif. Schwarz-Bart tente de donner un sens à cet héritage original. La publication de cet album a été soutenue par l’UNESCO dans le cadre du programme « La Route de l’esclave », sur le folklore historique afro-caribéen. [7]
8 Soné Ka-La, Jacques Schwars-Bart, album Soné Ka-La, 2006.
Alain Henriot, né en France en 1961, débute à l’âge de sept ans ses études de trompette avec le maestro Marcel Bien au Conservatoire d’Aix-en-Provence, dont il sort diplômé avec une médaille d’or. Puis en 1982, il poursuit ses études supérieures au Conservatoire national de région de Marseille dans les classes de trompette, cornet, harmonie et jazz, d’où il sort aussi diplômé avec une médaille d’or en classe de trompette et cornet en 1986. Il commencé sa carrière nationale et internationale en 1986 avec différents groupes tels que : Orchestre symphonique des Jeunes de la Méditerranée, Diabloson, Zumbao, Fatal Mambo avec lesquels il a fait des tournées dans la moitié du monde...
Fondateur du groupe République Démocratique du Mambo ; projet musical où il développe ses compétences d’arrangeur. Tout au long de sa carrière, il participe à divers enregistrements avec des groupes tels que : Fatal Mambo, Diabloson, Akenaton, Democratic Republic of Mambo (RDM), La Guagua, Yomira John, Cojunto Masalia, Kontigo, Alain Ortega, Gonzalo Palacio, Pibo Márquez and his Hot Hands (Faseró), La Descarga Criolla, Marcial Isturiz, Pablo and his Charanga, Orlando Poleo, Tribute to Cheo Navaro, Troy, El Oso entre autres...
De même, il a l’occasion d’accompagner des musiciens de la stature de : Chet Baker, Sarah Vaughan, Shirley Bassey, Ray de la Paz, Jimmy Bosch, Franky Vásquez, Nene Quintero, Orlando Watussi, Larry Arlow, Adalberto Santiago, Cano Estremera, Tito Rojas, Orlando Poleo Tito Allen, Hana Kobayashi, Valentina Becerra etc.
IL est le fondateur du big band Waraira Repano et du studio d’enregistrement Sonido del pueblo, et professeur de trompette dans le système orchestral vénézuélien (Big Band de Caracas). [8]
Le thème éternel de Toots Thielemans, revisité par Alain Henriot dans le latin jazz.
9 Bluesette, Alain Henriot et Waraira Repano big band, 2021.
Sylvain Luc (Bayonne,1965 – Paris, 2024) était un guitariste de jazz français. Il étudie le violon et le violoncelle au Conservatoire de Bayonne, et suit des cours de guitare classique. Il joue dans des groupes avec des membres de sa famille dès son plus jeune âge et avec ses frères, il enregistre des albums de musique basque en 1974 et 1977. Il a par ailleurs joué avec ses propres groupes.
Installé à Paris, il accompagne des chanteurs tels que Georges Moustaki (1988), Philippe Léotard, Romain Didier, Catherine Lara (1993) et Michel Jonasz. En 1988, il joue de la basse dans le trio de l’accordéoniste Richard Galliano. Avec le batteur Francis Lassus, il enregistre l’album Piaia Naia en 1998.
En 1993, il sort son premier album solo, Piaia (voyage). En 1994, il enregistre l’album en duo Petits Déja avec le guitariste Louis Winsberg. En 1999, il forme le Trio Sud avec le batteur André Ceccarelli et le contrebassiste Jean-Marc Jafet. Il joue au festival de jazz de Marciac en 1999 avec Elvin Jones et en 2000 avec Wynton Marsalis.
À partir de 2006, il joue régulièrement en String Quartet avec Didier Lockwood, Victor Bailey et Billy Cobham. Il forme également un duo avec Biréli Lagrène, avec qui il avait déjà enregistré l’album Duet en 1999. En 2003 sort son album solo Ambre et en 2006 l’album Joko, enregistré avec Michel Portal et Jacky Terrasson, entre autres. En 2015 sort un album enregistré avec Galliano. En 2008, il reçoit un Django d’Or (France) et en 2010 un Prix Django Reinhardt du musicien français de l’année. Luc est décédé le 13 mars 2024 à l’âge de 58 ans. [9]
10 Flor de Luna, Sylvain Luc, album Simple Song, 2023.
Notes
[1] Originaire de la Nouvelle-Orléans en Louisiane et du sud des États-Unis de la fin du XIXe siècle, le jazz connait un important succès aux États-Unis, en particulier avec l’ère du jazz américain et les big bands, des années 1920 aux années 1940, puis avec le bebop, jusqu’à l’avènement du rock ’n’roll des années 1950.
Les français découvrent la nouvelle mode parisienne du swing-jazz, et du Charleston, symbole de la culture américaine émergente d’alors, des Années folles et des Roaring Twenties, avec les premiers groupes de jazz Nouvelle-Orléans et de blues américains, arrivés avec succès à Paris avec l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale et le débarquement de l’armée américaine en France (en particulier avec les jazzmen des Harlem Hellfighters du 369e régiment d’infanterie de New York). Le swing-jazz américain se fait également connaitre en France avec les nombreux succès des premiers standards de jazz en disque 78 tours de stars américaines internationales de l’époque, dont Louis Armstrong, Duke Ellington, Cab Calloway, Joséphine Baker, Sidney Bechet, Ella Fitzgerald, Benny Goodman, ou Glenn Miller... et par le succès de leurs passages en concert à Paris lors de leurs tournées européennes.
Paris devient alors un des hauts lieux de jazz mondial, avec ses nombreux clubs de jazz parisiens des quartiers des Champs-Élysées, Pigalle, Montmartre, Montparnasse, Saint-Germain-des-Prés, et Rive gauche dans le Quartier latin, avec notamment Le Bœuf sur le toit (1922), le Hot Club de France (1932), et sa revue La Revue du jazz (1929), La Roulotte (1943), Le Club Saint-Germain (1948), Le Caveau de la Huchette, (1948), Le Vieux Colombier (1949).
Le jazz influence de nombreux compositeurs de musique française depuis l’entre-deux-guerres, dont Maurice Chevalier, Ray Ventura, Django Reinhardt et Stéphane Grappelli et leur jazz manouche du Quintette du Hot Club de France, le jazz zazou des années 1940 (inspiré par Cab Calloway, avec Johnny Hess et Charles Trenet, Boris Vian, Henri Salvador, Eddie Barclay...), Claude Nougaro, Manu Dibango, Michel Legrand, Michel Jonasz, Michel Petrucciani, Thomas Dutronc.
À la suite de son triomphe au Festival de jazz de Paris de 1949, la star de jazz américaine Sidney Bechet décide de s’installer définitivement en France avec ses partenaires français Claude Luter et André Réwéliotty. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jazz_fran%C3%A7ais
C’est du jazz latino épisode 36 (France)
Un espace pour l’écoute, la danse et le plaisir…
1 Mayari, Joséphine Baker et Les Lecuona Cuban Boys, Columbia BF.30-Paris, 1936.
2 Choucoune, Alain Jean-Marie, album Piano Biguines, 1969.
3 Libertango, Richard Galliano, album Laurita (feat. Michel Portal, Didier Lockwood, Toots Thielemans, Palle Danielsson & Joey Baron), 1994.
4 La Cumparsita Patrice Caratini, album La Bordona, 1996.
5 Mas Que Nada, Marc Antoine, album The Very Best Of Marc Antoine, 2001.
6 Caraqueñita, Laurent Lecuyer, album Reflets, 2004.
7 Troublant Bolero, Biréli Lagrène Gipsy Project, album Move, 2004.
8 Soné Ka-La, Jacques Schwars-Bart, album Soné Ka-La, 2006.
9 Bluesette, Alain Henriot et Waraira Repano big band, 2021.
10 Flor de Luna, Sylvain Luc, album Simple Song, 2023.
