lundi 5 mai 2025

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Sous X

Guillaume Basquin, roi maudit

, Jean-Paul Gavard-Perret

En poussant un peu, « Tweet n°1 » peut se présenter comme un « film tourné tout entier en studio avec des décors filmés de paysages sous la neige projetés derrière ou tournant sur un “cyclorama“ et un gros plan fixe sur la Princesse X de Brancusi fichée sur un socle tournant, est-ce la figuration de Marie Bonaparte ou un phallus » écrit Guillaume Basquin. Abuse-t-il d’un surplus de sexuel ? Non, car il a bien mieux à faire d’un tel concassage poétique abasourdissant.

Poète, littérateur, démiurge, l’auteur caresse un scandale littéraire et nous y sommes (sous X ?) bien. Jaillit la lutte interne des multiples impossibilités où se débat le « roman ». Il devient le sujet même du livre, même s’il semble se toucher en un immense tweet.

Ce nouveau genre (obèse plus que jamais) accorde au réel son recommencement puisque ici, sous les yeux de l’auteur, il vacille. Et, cerise sur le gâteau, la philosophie n’a pas besoin de maillots d’équipes.

Absolument imperméable à toute idéologie et à toute certitude et immuable à la fois catholique & gnostique et leurs « métaphore spermatique » rien ne vaut qu’une telle audace d’un pur scripteur, dont l’importance n’est pas d’être, mais de devenir en désordre tout en amenant la parole à la parole de la toute puissance face à celui « du Créateur & ces malheureux penchants vous ont égaré vous ne voyez pas qu’ils ne sont que des effets de cette nature corrompue & criminelle ». En lieu et place tout complotisme est de mise.

Mais un tel livre dans son fleuve mène vers moins un débordement cataclysmique qu’une sortie de crise. Cette prose pourrait étouffer dans sa masse, mais de fait, elle organise une genèse respiratoire. Nous pouvons juger Basquin climato-sceptique eu égard à la littérature. Mais ce qui est sûr reste le déboitement de toute orthodoxie. À sa manière, loin du Bing Bang comme du livre d’Emmanuel Leroy Ladurie, Basquin est un Viking de la littérature pour mener mots de vie à la comment peut-aller la terre. Greenland ou désert ? Le rouge est mis.

En héritage du « Paradis » de Sollers (son plus beau livre) Guillaume Basquin fait donc éclater le discours littéraire dans un corpus compact ignorant, points, virgules, etc. S’y joue le jeu du monde dans le ciel de la démesure à partir du lieu premier : « au commencement n’était ni le Verbe ni l’image, au commencement était le tweet & Dieu vit que c’était bon le X était partout cui-cui & même si le petit oiseau bleu s’était envolé ». Exit le cogito de Descartes et autres piliers desdites sagesses.

Le livre est fondu au noir aussi paradoxal qu’il puisse paraître. Comme Dante, Basquin n’était pas un poète de l’imagination mais des rapports entre les choses. Le tout dans un effort carnavalesque pour déchiffrer la réalité, là où une telle œuvre n’est plus détachée de l’existence. Guillaume Basquin marche et piétine sur la vie, j’ai successivement marché sur les plates bandes de créateurs et y rencontre au besoin phallus et Comtesse X donc sous X comme un film du même nom. De ses compatriotes de bien de temps, l’auteur poursuit ce que certains estimeraient (à tort) un délire verbal et physique.

Affirmant continuer la guerre par d’autres moyens, son « texte-limite » qui accueille « tous les mots en x bizarres comme, par exemple, xénarque qui était le commandant d’une xénagie, soit d’une phalange de mercenaires étrangers dans l’Antiquité grecque ». Lui-même en est un pour dire le monde anormal et concentré en très peu de mains.

Voici en quelque sorte un livre phalange et machine, fourmillant, riche, obtus, plus ou moins affirmé (en habile créateur) « sous x » qui semble s’écrire tout comme les bandes de celluloïd de film qui se dévideraient comme des bandelettes Velpeau.

Sous symbole de téléscripteur, le livre accumule les folies d’un verbe libre qui rappelle « Paradis » (déjà cité) et « Télex n°1 » de Jean-Jacques Schuhl. Ici tout se prête à croire, à proliférer et « envahit la tête pour devenir teXte » qui au besoin pour parfois pratiquer biffes et chiasmes optiques pour renverser le monde perçu. Rien de plus puissant qu’un tel livre.

Guillaume Basquin, « Tweet n°1 – classé X », Tinbad, Paris, 2025, 116 p., 16 €