dimanche 28 décembre 2025

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Portrait du photographe en « road runner »

Maciej Markowicz et sa Camera Obscura en mouvement

, Jean-Paul Gavard-Perret

Maciej Markowicz ne prend pas des photographies, il les reçoit : « prendre » implique le contrôle, la possession, l’extraction. « Recevoir » suppose la collaboration, l’humilité, la présence. Sa routine est un rituel de présence : il entre dans la Camera Obscura plongée dans le noir et dans mon propre esprit, dans cet espace de subconscient où le noir révèle au lieu de dissimuler.

Il accroche le papier photographique dans l’obscurité totale — c’est une sorte de danse, guidée par la mémoire et le toucher plutôt que par la vue. La performance qui se joue à l’intérieur de la Camera Obscura n’est pas destinée à un public. Selon lui, « c’est une relation de parenté avec la lumière ». À ce titre, Maciej Markowicz compte huit secondes — ni sept, ni neuf. Huit secondes sont son portail personnel vers le moment présent. « Parce que savoir que je pourrais ne plus être là demain, rend chaque tranche de huit secondes sacrée. » précise-t-il.

Pendant ces huit secondes, le créateur devient immobile. Il respire, il sent le mouvement. Il devient une partie de la Camera Obscura en mouvement, une partie du lieu, une partie du voyage de la lumière depuis le Soleil.
Puis le papier est développé et l’autobiographie de la lumière se révèle. L’auteur ne la manipule pas, ne la « corrige » pas dans Photoshop, n’essaie pas d’améliorer ce que la lumière a écrit. « Ce qui s’est passé s’est passé. Le temps a coulé, la lumière a dansé, et j’étais présent pour en être le témoin. » écrit-il
Dans ce but l’artiste demande à la nouvelle génération de photographes expérimentaux de cesser de s’intéresser à la photographie. L’objectif est de s’intéresser à ce qu’ils veulent révéler. Une fois qu’ils auront exploré en profondeur votre engagement envers votre sujet, leurs outils deviendront secondaires.

Pour lui, son but reste de faire une chose avec une telle dévotion qu’elle en révèle l’infini. « Ma grand-mère m’appelait roadrunner. Puis j’ai failli manquer de temps », écrit-il. Mais cette prise de conscience a tout changé. Elle a rendu chaque instant précieux. Chaque photo est sacrée. Chaque tranche de huit secondes est un cadeau. La thérapie réside dans la pratique, non dans la reconnaissance.

Le roadrunner a donc découvert que, pour rattraper le temps, il faut d’abord cesser de courir. La Camera Obscura apprend que huit secondes d’attention totale ne donnent pas moins et donnent tout. Elles offrent une fenêtre infinie à l’intérieur de chaque moment ordinaire. Il faut se consacrer à le révéler, et pas seulement à le photographier.

Maciej Markowicz : « Above the River and Under the Sky, » galerie Innsitu, Innsbruck, à partir de janvier 2026.