samedi 31 mars 2018

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La floulosophie

, William Radet

Il faut jouir d’un esprit singulièrement ouvert pour ne point s’adosser à la certitude avant de glisser vers le doute comme le dit Wittgenstein…

Mais partir de l’incertitude et du flou apprivoisé sans crainte, se laisser noyer délibérément dans l’impensé, l’impensable, l’improbable, pour se faire explorateur de l’ineffable et laboureur de l’absurde, de l’immense presque rien et des intenses fulgurances de la langue.

D’une suite de légendes dites réellement surréalistes soulignant des photos de rues et d’un flot continu d’aphorismes poétiques, graves ou déjantés, une évidence s’est dégagée, une certaine Floulosophie issue de ces mots flous – qui ne craignent ni la complexité ni la position d’homme sans qualités – dans une observation sans bornes et sans préjugés où on laisse la part belle au doute tranquille, à l’ironie bénéfique, à la raison sans violence, à la sagesse sans désespoir.

la floulosophie
pourquoi ?

La raison a ses limites…
Dans un monde ou l’avenir dépend plus que jamais du trouble et du flou, l’incertitude doit se vivre avec bonheur.
Il est donc nécessaire de dépasser le raisonnable qui stagne aux frontières de l’imaginaire, de survoler l’indéfini possible pour supposer rencontrer l’impensé qui mène à la sérénité…

la floulosophie
la méthode

Avec la plus grande netteté, la plus grande lucidité…
définir d’abord l’objet, la forme, l’image, le son, l’idée…
Puis avec l’improbable liberté des joies sauvages s’appuyer sur des mots flous, des idées traversantes impensées…
Au-delà des préjugés et des apparences.

la floulosophie
à quelle fin ?

Il n’y a pas de réponses parfaites dans un monde qui change… mais le flou, ironique infini, participe à sa façon à la recherche du mieux vivre dans le fini commun.
Osons penser à une utilité réelle des textimages floulosophiques.
La fin de toute chose
est d’abord de ne pas avoir de fin…

la floulosophie
un mouvement ?

Un mouvement encore immobile.
Sera considéré comme floulosophe (est-ce considérable ?) celle ou celui qui osera plonger avec moi dans l’inconsidéré.
Il ne craindra ni le flou ni la complexité et sera animé d’une ironie joyeuse ou mordante, mais pacifique.

différences notables entre…

un philosophe se veut singulier
un floulosophe est vraiment pluriel

un philosophe s’appuie sur la raison
un floulosophe ose l’imaginaire

un philosophe n’aime pas le flou
un floulosophe se méfie du net

un philosophe fait des recherches
un floulosophe fait des trouvailles

La haute définition fige le monde…
La floulosophie vous ouvre à d’autres définitions

être floulosophe

Le floulosophe évolue à son aise entre le savoir absolu et l’ignorance inconnue.
— 
Le floulosophe se tient parfois à la frontière de la folie pour observer ce qui se passe de l’autre côté de la frontière… Tout comme c’est à la lisière de l’ombre qu’on regarde le soleil
— 
Le floulosophe n’aborde ses recherches dans les zones indéterminées qu’après avoir avec cynisme et dérision terminé l’analyse du sujet.
— 
Il est hors de doute que le floulosophe ne doute de rien… Il ose se servir du net pour exprimer ses véritables incertitudes.
— 
Le floulosophe n’est jamais en phase avec l’emphase.
Il pense tout bas, ses idées prennent de la hauteur.
Il devient l’auteur muet qu’on lit en silence.
— 
Le floulosophe s’ingénie (sans génie parfois mais avec un rare sens du jeu) à traduire en combinaisons floues ou surréalistes tout ce qu’il voit…
Mais on peut supposer qu’il ne tente jamais l’ekphrasis par excès de dilettantisme…
ou parce que l’ironie est parfois une urgence.
— 
Qui se dit floulosophe doit sans cesse prouver qu’il est très net dans sa démarche.
— 
Le flou est sans limites…
Ce qui fait vivre en permanence le floulosophe est l’invasion des mots dans sa tête et la folie des doigts sur un clavier.
— 
Le flou est cet espace où se construit le possible.
— 
Bien décidés à changer de monde des sages s’étaient réunis.
Tout le monde était d’accord…
On n’allait pas refaire ce monde mais le remplacer, en créer un autre.

Un floulosophe posa la question de l’élimination, du lieu de stockage où de l’évaporation miraculeuse du vilain monde actuel…

Les sages quittèrent la salle en silence…
Depuis, certains tiennent un garage où ils font commerce d’outils sensés rafistoler le présent.
— 
On ne sait plus ce qu’on ne sait pas…
On ne voit plus ce qu’on voit mal…
On ne sent plus ce qu’on sent trop…
On n’entend plus que l’hallali…
On ne lit plus que la lie…

Il y a donc urgence à penser autrement !
Mais comment ?

Conseils à ceux dont le rêve flou est d’intégrer le Laboaléatoire de floulosophie

Si une idée vous sort de l’esprit…

Tentez vite de la rattraper car elle est capable d’aller n’importe où.
Imaginez
qu’elle tombe sous les yeux ou dans les oreilles de quelqu’un…
qui la détourne, qui la déforme, qui la salisse, qui la piétine
qui la monte en épingle, qui vous la pique
quelle tombe sous le sens… et qu’on ne sache pas lequel
qu’on ne sache plus dans quel sens il fallait l’entendre

Que va-t-elle devenir ?
Vous n’en savez rien. Vous la connaissiez à peine ! Elle est partie si vite !
Imaginez
qu’on la maquille un peu pour que vous ne puissiez pas la reconnaître
qu’on s’en saisisse et qu’on la place dans un petit livre bien vendu
qu’elle passe pour une folle idée jusqu’à devenir une idée folle
qu’elle vous revienne à l’esprit sans prévenir
que vous ne sachiez que faire pour la mettre en avant
qu’elle ne soit finalement qu’une arrière-pensée
qu’elle devienne une idée gênante
qu’elle devienne une grande idée !

De toute façon, si le monde adopte une de vos idées
il y aura toujours un opportuniste pour en revendiquer la paternité.
Et peut devenir un principe qui portera un nom qui ne sera pas le vôtre.

Comment prouver que cette idée est née dans votre esprit ?
Et seulement dans votre esprit !

Le prochain numéro de la revue TK-21 publiera quelques… Eléments résumés des recherches du Laboaléatoire de Floulosophie qui oriente ses recherches au-delà du raisonnable (puisque la raison a ses limites) pour y trouver des possibles perdus ou cachés, fragiliser les significations courantes pour jouer avec éthique sur les métamorphoses indéfinissables emprisonnées par les préjugés et opérer une spéculation intellectuelle aux frontières de l’absurde réfléchi.


Textes et photos de William Radet
(sauf pour la photo de J.-L Godard)

Ouvrage en version papier broché ou téléchargeable sur Amazon.fr