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La consolatrice
Frank Smith entre l’image et l’écriture
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Ecrivain et poète, vidéaste et réalisateur, Frank Smith poursuit ses pratiques artistiques de « guérillas poétiques » afin de produire une œuvre où livres, films, performances et installations font alliance. Créateur du « Bureau d’investigations poétiques » il explore jonctions et disjonctions entre poésie, politique et image.
Le livre « Mer x Soleil, vers un impossible cinéma de poésie » se déploie sous la forme d’un abécédaire qui relie textes et images. Il devient un livre-album qui réactualise le concept de « cinéma de poésie » que Pier Paolo Pasolini avait défini lors d’une conférence prononcée en 1965 au Festival du nouveau cinéma de Pesaro : « Peut-on voir ce que l’on dit et peut-on dire ce que l’on voit ? »
Désormais à l’heure, et comme il l’écrit d’une « novlangue technofasciste et d’une imagerie dystopique dévastatrices », Smith repense le dicible et le visible à partir de l’art vidéo. Elle devient, précise-t-il encore, « une promesse consolatrice ». Dans une approche à la fois critique et prospective, le créateur reprend l’histoire expérimentale du cinéma au gré de l’œuvre comme déplacement et impossible définition qu’en plateaux.
La conception éditoriale du livre est assurée par Rodolphe Perez, critique littéraire et universitaire. Son travail scientifique interroge la notion de la mort de l’auteur et de l’autorité intellectuelle depuis la relecture de Nietzsche par Georges Bataille jusqu’aux manifestations auctoriales numériques. Celui-ci rejoue la cartographie cinéma versus poésie en déjouant la pagination et l’ordre convenu de la lecture, tout en procédant par « acentrement » entre les énoncés, sans hiérarchie. Si bien que ce livre devient un « adventice », sans sujet ni objet fixes, résolument non attribuable.
Franck Smith donne ici à ses semblables et frères (sœurs idem) remarques et conseils — même si l’impératif de chaque segment pourrait faire penser à des désordres sous forme d’ordres. Le tout sous l’égide d’une injonction capitale : ne pas se conformer à un usage — soit-il prétendu bon — et fonctionner par intersections ou croisements de trajectoires. C’est une manière de se dégager de l’image et de la poésie là où la déroute est préférée à la route — ligne droite et générale — s’extraire des exercices d’imbécillité que toute règle implique.
De fait Smith rêve d’une vidéo qui ne raconte pas d’histoire et qui n’a rien à dire — surtout quand la scène finale ramène à la scène liminaire ne prévoyant de rien. Au milieu, la vidéo se déroule, elle a lieu, juste là, sortant de la fausse alternative entre fiction nécessairement mensongère et du documentaire forcément vrai. La vidéo en conséquence se refuse à lui, pour mieux montrer son vertige et il renverse l’imagination dans une succession d’images en absence de sens et de non-sens sans jamais prendre parti entre les deux. Cela permet de savourer le temps sans actions, sans propos, dont les prises sont des déprises.

