mardi 28 novembre 2017

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Cheminement et institution

Troisième partie de l’entretien avec Vincent Debiais

, Hervé Bernard , Jean-Louis Poitevin et Vincent Debiais

TK-21 LaRevue a pour ambition d’être un lieu de réflexion sur les images aujourd’hui. Et en effet quoi de mieux pour les approcher et les comprendre, ces images d’aujourd’hui, que de faire un retour arrière vers le Moyen-Âge, surtout lorsqu’il est présenté avec maestria par Vincent Debiais l’un de ses meilleurs connaisseurs aujourd’hui en Europe, qui dans ce dernier entretien, évoque en particulier les relations entre images et textes. Il n’oublie pas non plus d’attirer notre attention sur certains aspects de cette relation telle qu’elle se joue aujourd’hui, par exemple sur les écrans des télévisions.

Instituer

Les images au Moyen Âge vont rarement sans les mots. C’est en tout cas ce point essentiel d’une relation inévitable qu’évoque dans ce dernier entretien Vincent Debiais. Les images, par exemple des sculptures sur les chapiteaux des églises romanes, ou des fresques dans les mêmes églises, ou encore celles qui courent sur les pages de livres, toutes travaillent à l’élaboration d’une relation complexe entre l’homme et le monde. Et si cela est possible, c’est que comme l’a aussi remarqué Pierre Legendre, en particulier dans son livre Dieu au miroir, les images « instituent ». « Il s’agit d’instituer ce qui semble être. L’entreprise de montrer relève de la confrontation de l’entreprise sociale du pouvoir avec l’exigence métaphysique du paraître. » (op. cit., p. 27). Cette puissance d’instituer loge tout entière dans la relation, directe ou indirecte, qu’elles entretiennent avec les noms, les mots, les lettres.

Le nom est ce qui vient lever toute ambiguïté lorsque l’on fait face à une image représentant une personne. Le visage de tel ou tel saint, qui le connaît. Mais si cette image est accompagnée, comme dans les icônes, de son nom, alors là tout est clair.

Cette puissance d’instituer dont disposent les images vient de leur capacité de faire exister l’altérité, que ce soit celle du diable ou des animaux, de la nature ou de Dieu même dans la mesure ou cette altérité est garantie par des mots.

C’est aussi parce que les images ont une matérialité, parce qu’elles s’incarnent dans des matériaux, bois ou pierre essentiellement, mais aussi fresques et mosaïques, qu’elles ont la capacité de capter, de retenir en elle le divin, lui offrant ainsi une sorte de station émettrice par où s’établit la communication avec les hommes.

Cheminer

Car ce qui importe le plus c’est de permettre à chacun de cheminer, d’effectuer par l’imagination des voyages spirituels. Et sans les mots les images ne permettraient pas à de tels voyages d’avoir lieu. Les mots écrits déclenchent l’imagination, ils transportent littéralement l’âme vers la contemplation dont l’image est médium et permettent à l’esprit, à l’intellect de comprendre. Ce cheminement peut aussi se faire à l’intérieur même de la lettre, dans la mesure où nom, forme et son se trouvent liés de manière indéfectible dans le nom ou le mot. Le Moyen Âge savait donc parfaitement que l’écriture avait la capacité de faire apparaître quelque chose et que l’image était au moins autant un support pour déclencher l’imagination que pour la retenir, la fixer.

Chrisme

Dans cet entretien Vincent Debiais s’exprime aussi un moment sur certains aspects des images contemporaines. En effet la relation image texte est par exemple dans le cinéma tout à fait visible dans les génériques. Il évoque aussi les bandeaux qui courent sous les images des présentateurs sur les télévisions d’information, pour constater qu’outre provoquer une déperdition tragique d’information de ce qui est dit, montré ou écrit, ils ne président à aucune mise en relation de la pensée.

Le Moyen Âge a su, par contre, certes sur un temps long, faire en sorte que les mots et les images entrent dans une relation d’intensification ou de densification, les mots renforçant les images et les images permettant aux mots de prendre corps. C’est pourquoi durant les cinq siècles qu’il évoque dans son ouvrage, il apparaît qu’il a été possible de « tout » montrer au sens où, la souplesse et la solidité de la relation images-mots permettait toujours de trouver une solution sans que jamais il faille « sacrifier » les puissances des unes aux ouvertures mentales que permettaient les autres.

Titulus