lundi 5 mai 2025

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Poésie

Cadavres exquis III

, Francesca Dal Chele

Il est si facile de disparaître dans le monde virtuel où tout manque de consistance et s’oublie très vite.


avec Alexandre

Dans la poussière de l’oubli, je compte ouvrir le temps,
courir derrière son ombre opaque pour la saupoudrer d’écrans hâves.
Suis-je autre chose que ce veilleur de chagrin, le front aux vitres
de vos corvéables fantasmes, fuyant en boucle leurs regards encore plus verts
sortis du trou noir de votre âme héliotrope ?
Echiquier stupéfait par un jeu dans la douceur du ciel rose,
la Femme triste avance telle une réclame bleuâtre
louant désirs glissants et dérobades décapantes.
Scrutateur, l’esprit plane au loin sur les eaux, il tournoie vers la lumière,
le voulant sans le vouloir, ménestrel d’une brûlante illusion.
Nos corps s’étreignant dans le noir, le désir, mort malgré le cri de la chair, s’illusionne,
ouvre ses yeux grisés sur le bord invisible de l’Azur, éteint sa lampe insatisfaite,
évoque un corps-violon dans sa prison de roses où l’ange d’albâtre sourit,
et la musique s’arrête.

avec Roger

Dans la poussière de l’oubli, je compte ouvrir le temps
qui vient à nous comme une fleur râleuse,
mettre en désordre frissonnant notre plénitude
pleine d’espoir craintif dont les yeux impalpables
fixent notre détermination implacable.
Écharde fichue dans une illusion, ma volonté de fer
saura m’aider, alors qu’autiste, je saisis tes périlleux sauf-conduits.
Si l’exercice eut été périlleux, la dentelle de mon inconscient menotté
aurait frémi afin de m’alerter pour mieux sauter mon tour expiatoire.
Extravagance nue qui m’a libérée de mes a priori.
Incarcérés par une hésitation illisible,
les désirs plus que naturels
se verront un jour récompensés…

avec Jean-Pierre

Dans la poussière de l’oubli, je compte ouvrir le temps
pour tracer le chemin sur mon arc d’espérance impénétrable,
flèche-vertige parmi les sphères, tu es blés et soleil, eau et coquelicots, métamorphose de zizanie moite et de zéphyr.
Reste la mer qui secoue mon âme esseulée et sauvage,
délicat carrousel cinglant vers de subtiles folies,
et les souvenirs bleutés s’éveillent au creux des vagues,
ex-voto déments qui me giflent
de leur regard brillant emprunté aux étoiles et aux douceurs du miel.
Lieux immatériels où folâtrent nos langueurs virtuelles
au cœur d’un énigmatique texte d’amour sans nom.
Manuscrit d’irrésolus désirs, tantôt chimères, tantôt phénix,
mémoire de cette rose ténébreuse et troublante
dont je m’enivre avec volupté, comment braveras-tu l’oubli sidérant,
souffrance parallèle trop rance... !!!
J’appelle l’espérance pour retrouver des ailes.

Adaptation du jeu surréaliste du cadavre exquis à un échange par écrans interposés, ces poèmes en prose ont été créés avec quelques hommes rencontrés via un site, intrigués ou amusés par ma proposition.
Réaliser les images formant un triptyque avec chaque texte était pour moi
une invitation à explorer les thématiques de l’intime et du fantasme.
D’autres cadavres gisent exquisement dans les numéros 161 et 163 de TK-21.
Livraison finale.