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Poésie
Cadavres exquis II
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Il est si facile de disparaître dans le monde virtuel où tout manque de consistance et s’oublie très vite. Nouvelle livraison de cadavres exquis dont les deux premiers sont parus dans TK-21 LaRevue n° 161.
Ces cadavres exquis sont des poèmes en prose créés entre moi et des hommes ayant croisé ma vie grâce à mon incursion sur un site de rencontres. Fréquenter un site de rencontres s’était finalement révélé une histoire profondément humaine. Pour en savoir plus : TK-21 n° 161.
Le cadavre exquis avec Bernard
Dans la poussière de l’oubli, je compte ouvrir le temps,
et alors que le monde s’embrase dans un futur proche,
mes émotions, chimères éraillées, divaguant
dans une Antarctique expiatoire, distanciées de l’enjeu,
contemplent les albatros chorégraphes.
Spectres, mes désirs congelés butent, quand soudainement propulsés
au cœur de la flamboyante canopée, ils s’envolent en lucioles transgressives.
Sillons incandescents aux boulimiques utopies qui dansent du ventre,
les chamans vomissent tripes et boyaux ardents.
Salmigondis embrasé par une volupté immatérielle, mes pensées, insultes extravagantes, sont tissées par des araignées magiques.
"Songe-creux !", me hurlent les vaisseaux fantômes en errance
de mes neurones débranchés : les racines du soupçon en lévitation
téléguidée, je retourne inexorablement vers un lointain passé.
Le cadavre exquis avec Thierry
Dans la poussière de l’oubli, je compte ouvrir le temps.
Toutes ailes battantes, flap, flap, flap,
de jour et de nuit, ce temps à pic dans mon cœur opaque
convoite la bigarrure que requiert l’opéra buffa.
Astrologue daltonien d’un avenir en transhumance vers
les terres intérieures, convoitant la sagesse des étoiles
et la démence des sens désemparés.
Saillie fougueuse d’une vaticination discordante
par mon désir ermite dont le mérite, en dépit
de nos chapelles respectives immolées,
brûle une rose des vents garde-fou.
Utopie ancienne ou réalité nouvelle d’une cosmologie
gnostique, la croupe de mon esprit chiromancien
transcende ontologiquement l’intuition universelle.
En séduisant un semis d’arcs-en-ciel, le satrape cosmique,
maître et possesseur de la nature,
universalise la poésie comme le réel absolu.




