lundi 2 février 2026

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Un programme pour l’écoute, la dance et le plaisir…

C’est du jazz latino 44

les pianistes

, Pedro Alzuru

Le rôle du piano dans le jazz latino est fascinant car cet instrument fait office de pont unique, répondant aux exigences rythmiques de la musique latine tout en explorant les profondeurs harmoniques du jazz.
Dans la composition de jazz latino, le piano repose immédiatement sur la structure rythmique définie par les percussionnistes — la clave, la basse et les congas). La clave — le motif rythmique qui donne son nom au genre — est l’axe, et le piano remplit les espaces autour de ce point d’ancrage.

Le piano [1], dans le jazz latino, n’est pas seulement un instrument d’harmonie, mais aussi un élément fondamental de la section rythmique. Son rôle est celui d’une dualité constante : il doit être suffisamment percussif pour ancrer le rythme, et simultanément, suffisamment libre et harmoniquement riche pour permettre l’improvisation. La beauté du genre réside dans la manière dont le pianiste gère cette tension.

La contribution latino-américaine à la composition pour piano se caractérise par la création de structures répétitives et fortement syncopées : le montuno cubain en est peut-être l’exemple le plus emblématique. Il s’agit d’une courte phrase mélodique et rythmique répétitive (un ostinato) jouée principalement par la main droite, souvent dans le registre aigu. Sa fonction n’est pas celle d’un vamp de jazz, mais plutôt celle d’une percussion harmonique. Le montuno génère l’énergie et l’atmosphère hypnotique nécessaires à des genres comme le mambo ou le son. Son motif est conçu pour interagir rythmiquement avec la ligne de basse (tumbao).

Le pianiste latino-américain est invité à ne pas jouer « sur » le temps, comme dans le jazz traditionnel. Il doit plutôt jouer dans les espaces ou en marge de la clave. Ceci crée un jeu de tension rythmique essentiel à la fluidité et à la spontanéité de la musique.

Dans le jazz brésilien, la composition requiert du piano des motifs rythmiques plus doux et moins percussifs que le montuno afro-cubain. Le pianiste utilise souvent des harmonies plus complexes pour créer le rythme (choro ou bossa nova), tout en conservant une assise rythmique solide à la main gauche, en interaction avec la batterie et la basse.

Le jazz offre un écrin de sophistication harmonique et formelle sur lequel se déploie le rythme latin : une harmonie enrichie et altérée. Le jazz dote le piano d’une palette harmonique étendue. Le pianiste utilise des accords avec des extensions (neuvièmes, onzièmes, treizièmes) et des altérations (quintes augmentées ou diminuées) peu fréquentes dans la musique latine traditionnelle. Ces harmonies servent à colorer les montunos et à créer une tension avant la résolution d’une phrase. Les compositions de latin jazz adoptent souvent la structure du morceau de jazz (par exemple, la forme AABA à 32 mesures) pour le thème mélodique et son développement, suivis d’un long passage d’improvisation libre sur le montuno ou le groove rythmique.

Jouer du piano dans le latin jazz est un exercice de schizophrénie musicale maîtrisée, où le pianiste doit passer instantanément d’un rôle à l’autre. Dans la section rythmique, la main gauche du pianiste abandonne sa fonction traditionnelle de gratter la basse ou de jouer de larges accords pour endosser le rôle du tumbao de la ligne de basse (parfois en le doublant ou en le complétant), en privilégiant la syncope rythmique au swing mélodique. Les notes ne sont pas tenues ; elles sont attaquées. Le son doit être précis, articulé et rythmique, imitant l’impact d’une batterie ou d’une cloche, ce qui renforce le groove. Le pianiste est constamment à l’écoute du percussionniste pour moduler son montuno. L’objectif est que le piano et le percussionniste sonnent comme une seule entité rythmique.

Lors du solo, le pianiste se transforme en improvisateur de jazz, tout en conservant un ancrage rythmique sous-jacent : le solo est construit à partir des gammes, arpèges et phrases complexes typiques du bebop ou du hard bop (qu’il emprunte au jazz). Le soliste fait preuve de virtuosité, mais souvent avec une articulation rythmique plus marquée et un swing moins prononcé que dans le jazz pur. Le soliste de latin jazz a tendance à intégrer les cellules du montuno ou du mambo à son improvisation, alternant flux mélodique et motifs rythmiques insistants. C’est un dialogue constant entre mélodie et rythme. Même lorsqu’il se contente d’accompagner, le pianiste de jazz latino utilise des harmonies modernes et denses, insufflant la complexité harmonique du jazz à la trame rythmique du groove latino. En conclusion, le pianiste de jazz latino est un jongleur qui doit tenir la clave d’une main tout en lançant des harmonies jazz de l’autre. Son art réside dans une conscience rythmique absolue et dans sa capacité à faire le lien qui empêche le rythme latino et l’harmonie jazz de se séparer.

Norosbaldo Morales[[Les informations biographiques présentées ici sont un résumé des biographies disponibles sur https://en.wikipedia.org/wiki/Main_Page] (4 janvier 1912 – 15 janvier 1964), pianiste et chef d’orchestre, né dans le quartier de Puerta de Tierra à San Juan, à Porto Rico, Morales apprit à jouer de plusieurs instruments dès son enfance. Il joua au Venezuela de 1924 à 1930, avec un conjunto familial dirigé par son père, puis retourna à Porto Rico pour jouer avec Rafaél Muñoz. Il émigra à New York en 1935 et y joua avec Alberto Socarras et Augusto Cohen. En 1939, il fonda avec ses frères Humberto et Eys l’orchestre des frères Morales. Il sortit le morceau Serenata Rίtmica chez Decca Records en 1942, ce qui le propulsa au sommet du monde du mambo et de la rumba ; son groupe rivalisa en popularité avec celui de Machito à New York dans les années 1940. C’est à cette époque que son orchestre jouait pour la discothèque Havana Madrid. Son somptueux album Mambo with Noro, de 1952 est une référence dans la musique latine. Ce classique de la mambo s’inscrit dans la tendance des années 1950 et témoigne de l’influence de Porto Rico sur ce nouveau style.
En 1960, Morales retourne à Porto Rico et joue localement. Il travaille également avec Tito Rodríguez, José Luis Moneró, Chano Pozo, Willie Rosario et Tito Puente.
L’apogée de sa renommée et de sa production discographique est la production de disques de rumba avec son sextuor, après avoir abandonné le big band. Son utilisation du piano, à la fois comme mélodie et comme rythme, est très novatrice à l’époque. « Linda Mujer », « Campanitas de Cristal », « Perfume de Gardenias », « Me Pica La Lengua » et « Silencio », toutes composées par d’autres, comptent parmi ses grands succès.
Il est décédé le 15 décembre 1964 à l’hôpital San Jorge, à San Juan, à l’âge de 53 ans, et a été enterré au Mémorial de Porto Rico (également connu sous le nom de Cementerio Fournier) en Caroline, Porto Rico.
1 Serenata Ritmica, Noro Morales & His Quintet, 1942.

Bebo Valdés, est un pianiste de jazz et compositeur né à Quivicán dans la province de Mayabeque, Cuba, le 9 octobre 1918 et mort à Stockholm le 22 mars 2013. Son œuvre est associée au jazz latino et au jazz afro-cubain, dont il fut l’un des créateurs. Son fils Chucho Valdés est également un pianiste de jazz de renommée internationale.
Petit-fils d’esclave, n’oubliant pas ses racines africaines (et espagnoles par sa mère). « Mon grand-père, esclave, s’était enfui avec un ami en emportant seulement une machette pour se défendre des chiens lancés aux trousses des "nègres marrons". Je sais tout cela par ma grand-mère, morte à 109 ans », confie-t-il à un journaliste en 2005.
Bebo connaît un certain succès dans les années 1940 et les années 1950 en tant que pionnier du jazz afro-cubain. « Je suis de la génération du mambo », explique-t-il, « une musique qu’a créée mon ami le contrebassiste Cachao en 1937, en désarticulant la dernière partie du danzón. Pendant dix ans, cette musique n’a été dansée que par les Noirs. Et puis le chorégraphe cubain Rodney a créé une danse pour Las Mulatas de Fuego, un groupe de six danseuses. Quand elles sont parties au Mexique, la mambo a connu son apothéose. » Il est alors directeur d’un cabaret chic de La Havane, le Tropicana, avant que la révolution castriste n’éclate. C’est un compositeur et chef d’orchestre reconnu. Il accompagne notamment le grand chanteur cubain Benny Moré. Il grave le premier album de jazz cubain en 1952, Con Poco Coco. Il est également le premier à introduire le batá dans ses orchestres. Et il multiplie les rencontres, Sarah Vaughan, Nat King Cole, Woody Herman, Milt Jackson, Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Chano Pozo, etc.
Parti vivre au Mexique puis en Suède après la révolution, il se marie dans ce pays nordique au début des années 1970. Pendant quarante ans, il gagne sa vie dans l’anonymat, avec des cours de danse le jour et en œuvrant au piano-bar d’un hôtel chic le soir. Il réapparaît sur la scène internationale à 76 ans, lorsqu’il enregistre en Allemagne avec le saxophoniste Paquito d’Rivera.
Après un long séjour à Stockholm, il vient vivre en Andalousie. Il participe au film de Fernando Trueba, Calle 54 où on le voit notamment jouer en duo avec son fils Chucho. Il enregistre ensuite El arte del sabor (2001) avec Cachao et Patato Valdés, album qui reçoit un Grammy. En 2002, il accompagne le chanteur flamenco Diego el Cigala pour le disque Lágrimas negras, succès international également récompensé par un Grammy. En 2010, il compose la bande originale du film de Fernando Trueba et Javier Mariscal, Chico et Rita. Un autre fils de Bebo Valdés, Rickard, joue dans le groupe de timba suédois, Calle Real.
En février 2013, devant l’aggravation de son état de santé, ses enfants le rapatrient en Suède. Il y meurt quelques mois après Rose-Marie, son épouse.
2 Con poco coco, Bebo Valdés, album Con poco coco, 1952.

Rubén González Fontanills, né à Santa Clara le 26 mai 1919 et mort à La Havane le 8 décembre 2003, est un pianiste cubain, diplômé du conservatoire de Cienfuegos (1934). Entre les années 1940 et sa retraite dans les années 1980, il joue avec les artistes les plus célèbres de Cuba, dont Paulina Álvarez, Arsenio Rodríguez, Orquesta América del 55, Orquesta Riverside et Enrique Jorrín.
À l’âge de six ans, il a déménagé avec sa famille à Encrucijada. Dès son plus jeune âge, il avait un penchant pour l’étude du piano. Il a étudié à Cienfuegos avec le professeur de piano Amparo Rizo. De retour à Santa Clara, il obtient son diplôme d’enseignant primaire, puis il étudie quatre ans de médecine à l’Université de La Havane mais est vite attiré par la musique. Il enregistre avec Arsenio Rodriguez, puis rejoint l’Orquestra de los Hermanos, un groupe au sein duquel figure le percussionniste cubain Mongo Santamaría.
Dans les années 1940 et 1950, il fait partie d’un trio de pianistes virtuoses (avec Luis ’Lili’ Martínez et Peruchín) qui aide à créer la base de la mambo en mariant des rythmes africains avec la liberté d’improvisation du jazz. Après une période prolongée au Panama et en Argentine, pendant laquelle il joue avec des musiciens de tango, il revient à La Havane et joue avec de nombreux groupes de cabaret. Entre 1957 et 1961, il a travaillé au Venezuela. Il a voyagé à travers les pays d’Amérique latine. Il a enregistré un LP avec des instrumentaux de piano. Au début des années 1960, Rubén González rejoint l’orchestre d’Enrique Jorrín, l’inventeur du cha-cha-cha, et y reste jusqu’à la mort de Jorrín. Il reprend ensuite la direction de l’orchestre mais, officiellement pour cause d’arthrite, il doit prendre sa retraite.
Après avoir effectivement déjà mis un terme à sa carrière dans les années 1980, il fait un retour en force en 1997 avec l’album Buena Vista Social Club produit par Ry Cooder et le documentaire de 1999 de Wim Wenders du même nom, qu’il réalise également en Europe et aux États-Unis. Avec Ry Cooder, Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Eliades Ochoa et Omara Portuondo. Il sort ensuite (Introducing, Ruben González, puis Indestructible, (Egrem, 1998), Estrellas De Areito, (Eden, 1999), et Chanchullo (2000).
Il donne ses derniers concerts au Mexique et à Cuba en 2002. Il meurt le 8 décembre 2003 dans sa maison de La Havane, à 84 ans.
3 Cumbanchero, Ruben Gonzalez, album Chanchullo, 2008.

Clare Fischer (22 octobre 1928 – 26 janvier 2012) était un claviériste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre américain. Diplômé de l’Université d’État du Michigan (dont il recevrait un doctorat honorifique cinq décennies plus tard), il devint pianiste et arrangeur du groupe vocal Hi-Lo’s à la fin des années 1950. Fischer travailla ensuite avec Donald Byrd et Dizzy Gillespie, et se fit connaître pour ses enregistrements de musique latine et de bossa nova dans les années 1960. Il composa le standard de jazz latin « Morning » et le standard de jazz « Pensativa ». Régulièrement cité par le pianiste et compositeur de jazz Herbie Hancock comme une influence majeure (« Je ne serais pas moi sans Clare Fischer »), il a été nommé pour onze Grammy Awards au cours de sa vie, remportant un Grammy pour son album phare, 2+2 (1981), le premier des disques de Fischer à intégrer l’écriture vocale d’ensemble développée pendant ses années Hi-Lo’s à sa déjà importante discographie de jazz latin ; c’était également le premier opus enregistré d’une collaboration de trois décennies entre Fischer et son fils Brent. Fischer a également remporté un Grammy à titre posthume pour ¡Ritmo ! (2012) et pour Music for Strings, Percussion and the Rest (2013. À partir du début des années 1970, Fischer s’est lancé dans une carrière parallèle (et beaucoup plus lucrative), devenant finalement un arrangeur très recherché, fournissant des « édulcorants » orchestraux pour des artistes pop et R&B tels que Rufus (avec Chaka Khan), Prince (un client régulier à partir de 1984, et de loin le plus fréquent de Fischer dans la musique pop), Robert Palmer, Paul McCartney, Michael Jackson et bien d’autres.
4 Pensativa, Clare Fischer, album So Danço Samba, 1964.

Gerry Weil (Vienne, 11 août 1939 - Caracas, 16 novembre 2024), est un musicien, avec une carrière importante en tant que pianiste, compositeur, interprète et éducateur. Son œuvre musicale est considérée comme l’une des plus vaillantes au sein du génie jazzistique du Venezuela, il sera catalogué comme « Le maestro du jazz vénézuélien ».
Son premier contact avec la musique (en particulier avec le jazz) a débuté au 6 ou 7 ans, après la victoire des Alliés en Europe, au cours des derniers jours de la Seconde Guerre Mondiale. Le jazz ramené par les troupes nord-américaines a été quelque chose qui a capturé son attention, il a été fasciné par la musique de Glenn Miller et le Swing.
L’éducation musicale du maestro a débuté après son immigration au Venezuela en 1957. À l’âge de 17 ans, il a commencé à recevoir des cours de musique avec Tito Fuentes, Eduardo Cabrera et Rubén Jacpo. Une grande partie de sa formation musicale pour ces moments est autodidacte. Il a ensuite suivi des cours par correspondance avec la prestigieuse université Berklee College of Music. En 1970, il fonde la Bande de Gerry Weil, avec qui édite l’album The Message. En 1972, forme (La Banda Municipal, laquelle mixe musique traditionnelle vénézuélienne avec des rythmes contemporains.
Entre 1974 et 1981, il déménage avec sa famille dans une finca à Mérida. À la fin de cette période, il s’est rendu à Caracas pour finir sa carrière musicale, travaillant également comme professeur de musique. En 1982, accompagné de son groupe, il participe au festival de Jazz de Berlin. Depuis 1983, il se consacre à l’élaboration de sa musique avec des instruments électroniques numériques, en utilisant la technologie MIDI. Il a également été chargé de produire des disques pour María Rivas, Desorden Público et Tulio Chuecos, etc. Il a donné des cours a musiciens tels que Ilan Chester, Otmaro Ruiz, Lorenzo Barriendos, Huáscar Barradas, Pedro Eustache, Prisca Dávila, Luis Perdomo, Silvano Monasterios, Joseph Costi, entre autres.
En 2008, lui a été attribué le Premio Nacional de Música et en 2009 l’Ordre du Mérite de la République d’Autriche. En 2020, il a publié son album Sabana Grande coproduit par Alfredo Guerrero, avec lequel il a remporté le prix Pepsi pour sa chanson « Ananda ». Weil considérait le Venezuela comme sa seconde patrie, et il est là une icône de l’identité nationale contemporaine. Il mort dans la nuit du 16 novembre 2024.
5 Trompo, Metra y Papagayo, Gerry Weil, Pablo Gil, Nene Quintero, album Empatía 2024.

Monty Alexander, né le 6 juin 1944 à Kingston, Jamaïque, est un pianiste de jazz. Son style est marqué par l’influence des rythmes caribéens, ou peut s’inspirer d’Art Tatum, Oscar Peterson, Wynton Kelly, ou Ahmad Jamal. Né de parents mélomanes mais non musiciens, il découvre seul le piano à quatre ans, reçoit ses premières leçons de piano classique à six ans, mais n’en supporte pas la sévérité (coups de règles sur les doigts), se forme donc seul dès l’enfance et opte pour le jazz à quatorze ans.
Deux ans plus tard, il dirige l’orchestre de danse Monty and The Cyclones, avec lequel il se produit dans des clubs de Kingston. Il reçoit les conseils de Wynton Kelly. Il part s’installer avec ses parents à Miami en 1961 puis à New York en 1962 où il se produit au Jilly Rizzo’s Jazz Club. Il y accompagne Frank Sinatra, et se lie d’amitié avec le bassiste Ray Brown et le vibraphoniste Milt Jackson. Il enregistre son premier disque Alexander The Great en 1964 en Californie, pour le label Pacific Jazz Records.
II enregistre avec Milt Jackson en 1969, puis, en 1974 avec Ernest Ranglin, puis en Europe la même année, avec Ed Thigpen entre autres. Ses tournées et ses enregistrements européens deviennent habituels ; son choix orchestral aussi : le classique trio, avec quelques échappées récentes vers des combos plus importants et quelques duos. Il accompagne également quelques chanteuses (Ernestine Anderson, Mary Stallings) et d’importants leaders (Dizzy Gillespie, Benny Golson, Jimmy Griffin, Frank Morgan, entre autres).
Son jeu robuste est tout imprégné d’influences tropicales, mais laisse transparaître d’autres influences, toutes plutôt expressionnistes : celles de son premier mentor Wynton Kelly, mais aussi d’Art Tatum, de Gene Harris, d’Ahmad Jamal. Son jazz est facile d’accès, d’un swing joyeux, expansif, sans drame. Il tourne également avec Ernest Ranglin et Sly and Robbie, trois musiciens jamaïcains avec lesquels il donne des concerts alliant jazz et reggae.
6 Well You Needn’t (Live at the Paris Philarmonie), album Monty Alexander Wareika Hill Rastamonk Vibrations, 2019.

Papo Lucca (né le 10 avril 1946) est un multi-instrumentiste portoricain reconnu pour ses talents de pianiste. Ses principaux genres musicaux sont la salsa et le latin jazz. Il compte, avec le regretté Charlie Palmieri, parmi les meilleurs pianistes de latin jazz et de salsa. Il est le cofondateur, avec son père Don Enrique « Quique » Lucca Caraballo, du groupe portoricain La Sonora Ponceña. Il a également joué et enregistré avec les Fania All-Stars, Hector Lavoe, Willie Colón, Celia Cruz, Johnny Pacheco, Bobby Valentín, Ismael Quintana, Gloria Estefan, Adalberto Santiago, Andy Montañez, Pablo Milanés et Rubén Blades. C’est également un arrangeur musical reconnu. Grâce à son jeu de piano dynamique et à son approche unique de la salsa, Papo Lucca a propulsé son groupe, La Sonora Ponceña, au premier plan de la musique latine. Héritier du groupe de son père, Lucca a continué d’inspirer La Sonora Ponceña par son jeu innovant. Originaire de Ponce, ville de la côte sud de Porto Rico, il a commencé à étudier à l’École libre de musique de la ville à l’âge de six ans. Outre sa formation en solfège, il a étudié le piano, la clarinette, le saxophone. Un mois après son inscription à l’école, il a interprété un morceau classique sur une radio locale. Parallèlement, Lucca a suivi des cours particuliers avec le pianiste Ramón Fernández. Jouant avec La Sonora Ponceña à huit ans, il a fait ses débuts sur disque trois ans plus tard, lorsque le groupe a accompagné les chanteurs de boléro Felipe Rodriguez et Davilita sur leur album Al Compas De Las Sonoras. À l’âge de quatorze ans, Lucca devient membre officiel de l’orchestre.
Malgré son emploi du temps chargé, il trouve le temps de poursuivre ses études. Diplômé de l’Université de Porto Rico, il poursuit ses études au Conservatoire de musique de Porto Rico. Sa première occasion de révéler son talent se présente en 1976, lorsqu’il coproduit l’album de La Sonora Ponceña, Musical Conquest/Conquista Musical, avec Louie Ramirez. Deux ans plus tard, il produit seul l’album du groupe, Explorando. La même année, il remplace le pianiste Larry Harlow au sein des Fania All-Stars. Il continue de jouer avec le groupe jusqu’au milieu des années 1990.
Lucca atteint son apogée professionnelle en 1979. Avec La Sonora Ponceña, il collabore avec l’influente chanteuse latine Celia Cruz sur l’album La Ceiba, et apparaît avec Cruz dans un documentaire télévisé, Salsa. La même année, il participe à l’album Habana Jam, enregistré avec les Fania All-Stars lors d’un concert à Cuba. Lucca enregistre également un album solo au piano, Latin Jazz, en 1993.
En 2014, Lucca et La Sonora Ponceña se produisent au Lehman Center for the Performing Arts de New York pour célébrer leur 60ᵉ anniversaire.
7 Bombeando, Papo Lucca, album (Latin Jazz, 1993.

Tania Maria (née le 9 mai 1948) est une artiste, chanteuse, compositrice, cheffe d’orchestre et pianiste brésilienne, chantant principalement en portugais ou en anglais. Sa musique est principalement vocale, parfois pop, souvent jazzy, et comprend de la samba, de la bossa, de l’afro-latino, de la pop et du jazz fusion.
Née à São Luís, dans l’État du Maranhão, au Brésil, Tania Maria a commencé le piano à l’âge de sept ans et est devenue cheffe d’orchestre à 13 ans, lorsque son groupe de musiciens professionnels, organisé par son père, a remporté le premier prix d’un concours de musique local.
Elle a ensuite joué dans des bals, des clubs et à la radio. Son père, métallurgiste, guitariste et chanteur talentueux, l’avait encouragée à étudier le piano afin qu’elle puisse participer à ses jam sessions du week-end. C’est là qu’elle s’est imprégnée des rythmes et des mélodies de la samba, du jazz, de la pop et du chorinho brésilien. Depuis, elle n’a jamais travaillé dans un autre groupe. Diplômée en droit, elle s’est mariée jeune et a eu des enfants.
Le premier album de Maria, Apresentamos (Nous Présentons), est sorti au Brésil en 1966, suivi d’Olha Quem Chega (Regardez Qui est là !) en 1971, mais c’est son installation à Paris, en France, en 1974, qui l’a propulsée sur la scène internationale. Lors d’un concert en Australie, sa formidable précision musicale et son esprit libre ont attiré l’attention du regretté guitariste américain Charlie Byrd, qui l’a recommandée à Carl Jefferson, fondateur de Concord Records. L’album Come with Me, sorti en 1983, a marqué le début de sa percée internationale, la chanson-titre devenant un classique des dancefloors des années 1980, fréquemment reprise depuis. Un an plus tard, en 1984, son album Love Explosion contenait le titre Deep Cove View, promu par Robbie Vincent lors de ses émissions soul du dimanche soir sur Radio 1. L’album Made in New York, sorti en 1985, a encore accru sa popularité internationale. Maria a joué dans pratiquement tous les grands festivals de jazz du monde et a participé à d’innombrables émissions de télévision et de radio. Elle a enregistré plus de 25 albums et a été nommée aux Grammy Awards en 1985 dans la catégorie « Meilleure performance vocale jazz féminine ». Elle a joué avec des artistes tels que Steve Gadd, Anthony Jackson, Sammy Figueroa et Eddie Gómez.
8 Come with Me, Tania Maria, album Come with Me, 1983.

Hilton Ruiz (New York, 29 mai 1952 – Teaneck, New Jersey, 6 juin 2006) était un pianiste et compositeur de jazz américain. Il débute comme pianiste à l’âge de 8 ans, avec un concerto pour piano de Mozart. Plus tard, jusqu’à l’âge de 14 ans, il se spécialise dans l’orgue d’église, tout en se formant à la musique latine et au jazz, suivant des cours avec Cedar Walton. Dans les années 1960, il joue avec les orchestres d’Ismael Rivera, Ralph Robles et d’autres. Habitué des clubs de jazz et d’un atelier dirigé par Joe Newman, il rencontre Mary Lou Williams, Roy Haynes, Barry Harris, Roland Hanna et d’autres au début des années 1970, formant un duo stable avec Frank Foster et travaillant avec Clark Terry et Jackie McLean. Plus tard, il accompagne également Freddie Hubbard, Joe Henderson, Sonny Stitt, Art Blakey et Marion Brown, entre autres.
Il a enregistré plusieurs albums avec le groupe de Roland Kirk, dont il est devenu le leader après la mort du saxophoniste. Il a effectué des tournées en Europe et au Japon, avec son propre groupe et ceux de Paquito D’Rivera et Pharoah Sanders. Son premier album en tant que leader a été enregistré en 1975 pour le label SteepleChase. Dans les années 1980, il a joué avec son propre trio et un octuor comprenant, entre autres, Lew Soloff, Steve Turre et Ignacio Berroa, avec lesquels il a connu un succès commercial considérable.
Le style de Ruiz synthétise les influences du free jazz et des pianistes latino-américains, ainsi que celles de McCoy Tyner, sa principale influence.
Il a coécrit un manuel de musique, Jazz and How to Play It. Il a participé à la bande originale de Crimes and Misdemeanors de Woody Allen. Le 19 mai 2006, Ruiz a été retrouvé inconscient sur Bourbon Street à La Nouvelle-Orléans, où il s’était rendu pour tourner un clip vidéo destiné à promouvoir un projet récemment enregistré avec M27 Records au profit des victimes de l’ouragan Katrina, intitulé « Goin’ Back to New Orleans ». La police a déposé un rapport indiquant qu’il s’était blessé lors d’une chute accidentelle. Hospitalisé dans le coma, Ruiz est décédé sans avoir repris connaissance une semaine après son 54e anniversaire. Ruiz résidait à Teaneck, dans le New Jersey. Il a été enterré au cimetière Saint-Raymond de New York.
9 Sweet Cherry Pie, Hilton Ruiz, album Songbook, 2003.

Oscar Hernandez (Manhattan, New York, 22 mars 1954) est un musicien, arrangeur et producteur portoricain, principalement spécialisé dans la salsa. Sa famille avait émigré de Porto Rico aux États-Unis dans les années 1940, dans le ghetto du sud du Bronx, à forte densité latino-américaine, à New York. Il fréquentait les clubs où jouaient Ray Barretto, Eddie Palmieri et Richie Ray. Après la mort tragique de son frère d’une overdose, il quitta le ghetto. En 1966, il commença à jouer de la trompette. Deux ans plus tard, quelqu’un offrit un piano à son frère, et il apprit à en jouer.
Oscar Hernandez commença à jouer dans quelques groupes locaux. En 1972, il joua avec Ismael Miranda, puis avec Ray Barretto et les jazzmen Charlie Parker et Dizzy Gillespie. Après six ans avec Barretto, il rejoignit le groupe de Rubén Blades. Hernandez a étudié à la City University de New York, où il a obtenu une licence de musique. Il a joué avec Tito Puente, Celia Cruz, Julio Iglesias, Juan Luis Guerra, Willie Colón et Oscar D’Leon. Il a également produit des albums pour Rubén Blades, Willie Colón, Daniel Ponce, Rafael Dejesus, Eddie Torres et Phil Hernández. Hernandez a fondé et dirigé le Spanish Harlem Orchestra après avoir rencontré Erin Levinson, productrice de disques sous contrat avec Warner Bros. Le groupe a reçu un Grammy Award du « Meilleur album de salsa » en 2002, un Billboard Award de l’« Album de salsa de l’année » en 2003 et un (Grammy du « Meilleur album de salsa » en 2005.
10 The Art of Latin Jazz, Oscar Hernandez et Alma Libre, album The Art of Latin Jazz, 2017.

Notes

[1Le piano est un instrument de musique polyphonique, à clavier, de la famille des cordes frappées. Le son est produit lorsque l’on appuie sur des touches noires ou blanches, grâce à l’action d’un marteau tapant la corde correspondant au placement de la touche et au son désiré. Il comporte 52 touches blanches et 36 touches noires, soit un total de 88 touches. Il y a deux sortes de pianos :
les pianos droits, avec les cordes verticales, intégrant les pianos girafes ;
les pianos à queue, avec les cordes horizontales.
Il existe également des pianos numériques, qui ne possèdent pas de cordes.
Le nom de l’instrument provient d’une abréviation de piano-forte, son ancêtre du XVIIIᵉ siècle, décrit par Scipione Maffei comme un « gravecembalo col piano e forte », c’est-à-dire un clavicorde ayant la possibilité de nuancer en intensité le son directement par la frappe des touches. Jouer progressivement de la nuance piano (doucement) à la nuance forte (fort) n’est pas possible avec des instruments comme le clavecin, l’épinette ou l’orgue. https://fr.wikipedia.org/wiki/Piano

C’est du jazz latino 44 (pianistes)
Un espace pour l’écoute, la danse et le plaisir...

1 Serenata Ritmica, Noro Morales & His Quintet, 1942.
2 Con poco coco, Bebo Valdés, album Con poco coco, 1952.
3 Cumbanchero, Ruben Gonzalez, album Chanchullo, 2008.
4 Pensativa, Clare Fischer, album So Danço Samba, 1964.
5 Trompo, Metra y Papagayo, Gerry Weil, Pablo Gil, Nene Quintero, album Empatía, 2024.
6 Well You Needn’t (Live at the Paris Philarmonie), Monty Alexander Wareika Hill Rastamonk, Vibrations, 2019.
7 Bombeando, Papo Lucca, album Latin Jazz, 1993.
8 Come with Me, Tania Maria, album Come with Me, 1983.
9 Sweet Cherry Pie, Hilton Ruiz, album Songbook, 2003.
10 The Art of Latin Jazz, Oscar Hernandez et Alma Libre, album The Art of Latin Jazz, 2017.