mardi 27 novembre 2012

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Berlin - Ringbahn

Antoine Tricot

, Antoine Tricot

Berlin - Ringbahn est une exploration fugitive de la capitale allemande à partir de la ligne de RER/S-Bahn qui la ceinture. Une tentative de définition de cette ville insaisissable en cheminant sur sa frontière transparente.
Antoine Tricot – Berlin, Février-Juillet 2010.

Ringbahn.


Un train qui fait sa ronde autour de Berlin. Qui contourne. Qui circonscrit.
Une ligne circulaire qui limite et définit.
1h pour faire le tour. Quatre quarts. 15 minutes. 15 minutes. 16 minutes. 14 minutes. À la minute près.
L’unité du chiffre rond et du mouvement régulier.

Un train nommé S 41 ou S42.
Dans un sens et dans l’autre.
« S 42 nach Ring » affiches-tu sur ton front.
Nach Ring. C’est ta direction. Nach Ring, C’est nach nulle part. Nach Ring, c’est à côté. C’est là. Ici. Nach Ring, c’est ton ombre que tu poursuis. Et répètes. Nach Ring.

J’entre dans cette ronde comme si c’était mon chemin.
Je me laisse porter alors que je ne vais nulle part. Je tourne autour d’elle. Tout autour de cette ville, de ses lumières, de ses ciels et de ses constructions. Je tourne sur moi même, en flânant. Une circulation régulière qui me ramène plusieurs matins, plusieurs soirs, plusieurs jours dans la même giration.
Aller au travail. En revenir. Y retourner. Aller autre part. Et encore revenir.

Passant. Passager.
Nous voyageons sans ailleurs.
Je te retrouve encore et encore. Chaque jour au même endroit. Je te retrouve là. Toujours un peu plus loin. D’un côté puis de l’autre. Toi, diverse multitude.
Sur ma route pour Berlin. Sur ma route à Berlin.

Du temps est passé.
Le mur est tombé.
L’Est et l’Ouest se sont offert une alliance. Un anneau. Un Ring.
Un train qui englobe a succédé à un mur qui ceint, qui ferme et qui coupe.
Toi, ville sans centre, privée de cœur historique, tu t’es sertie de cette frontière poreuse.
Salle des pas perdus.
Là où, tous se croisent. Et se retrouvent dans le présent. Voyageurs en rond. Cercle infini.

Berlin,
Au loin dans le temps, il reste des traces de tes noms divers.
Je te regarde de loin.
Amputée, tu repousses.
Caïn enterré dans ce sillon. Tu es la cité d’Abel. Tu es une cité nomade. Tu bouges. Tu avances. Rien ne te retient.
Même cette frontière n’en est pas une et tu joues à la traverser.
Vers l’ailleurs, le plus loin. Un long voyage qui se répète et te ramène ses petits. Dans un sens est dans l’autre. D’un côté comme de l’autre.

Berlin, encerclé de candeur sombre. De la saveur dérangeante de l’impromptu. Berlin…
Suicidée parmi d’autres, je te tue encore un peu plus. Un palais d’Eden, dont les fenêtres débordent, de vide, de silence, de l’amour de l’inutile et des grands riens. Ça résonne.
Tout résonne d’un écho si léger sur des murs si graves.