dimanche 15 décembre 2013

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Abysses

sur des photographies de Laure Vasconi

, Jean-Louis Poitevin et Laure Vasconi

Le monde, construit par les éclairages, dans lequel sont disposés ces décors est désormais perceptible comme un univers irréel de points lumineux sans appartenance, de formes sans consistance. L’image photographique, ici, déploie un propos analytique sur une réalité devenue fantomatique.

Noir, ce qui compte, ici, c’est le noir, le noir couleur si cher à Marguerite Duras, le noir de la nuit du monde, le noir brillant des tirages, le noir de l’oubli, le noir du monde englouti par la nuit de l’image, le noir impénétrable des abysses.

Et sur ce noir, dans ce noir, à travers lui, comme surgissant du plus profond des mystères, des éclats lumineux, pointillés bravaches dessinant des formes que parfois l’on croit connaître, que l’on est certain d’avoir vues, que l’on doute soudain de reconnaître tant elles sont troublantes par leur évidence et troublantes aussi à cause de l’impossibilité où l’on se trouve de savoir d’où elles viennent, de quelles abysses elles sortent, par quels étranges et impensables animaux elles sont produites.

Des images des animaux qui vivent au-delà de la zone où le soleil pénètre, permettent de découvrir des êtres capables sans photosynthèse de produire des luminescences aux multiples fonctions, attaque défense, camouflage ou simplement manifestation sans réserve du je suis j’existe qui porte chaque être vivant.

Ces images de Laure Vasconi, des décorations de noël sur des façades de maisons quelque part dans l’immensité des USA, sont en fait un voyage dans cette nuit de l’imagination qui envahit l’esprit des hommes quand tombe la nuit de l’hiver.

Décrire ici ne sert à rien tant on comprend de quoi il s’agit, mais voir plonge dans une stupeur sans appel. Est-ce moi aussi, cela ? La réponse tombe, implacable. Oui, je suis cela aussi. Ou plutôt, oui, c’est le monde dans lequel je vis et que je contribue à faire exister, volontairement ou non. Oui, à défaut d’être cela, j’existe dans ce monde où à certaines heures « on » émet des signaux paradoxaux.

Ces signaux, qui ressemblent à des visions baroques d’un soir de réveillon trop arrosé, signalent un habitat décoré par l’imagination de tout le monde. Ils semblent nous dire la banalité de l’existence, mais ils expriment tout autant la revanche de l’anonyme sur la voix dominante de ceux qui pensent avoir raison. Signaux lumineux, ils dessinent des désirs qui n’ont pas la forme des nues mais expriment la communauté psychique qui porte les désirs de chacun et les transforme en rêve.

C’est Noël dans la nuit du temps. C’est Noël pour toujours. C’est ce toujours que l’alliance brillante et magique de ce noir couleur et de ces lampions d’une fête intime et terrible célèbre, pour l’éternité du regard, dans les images de Laure Vasconi.

Galerie Sit Down
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