jeudi 2 février 2017

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Image et désontologisation

Frontières de l’être, photographies de Jean Guy Lathuilière, Olivier Perrot, Martial Verdier

, Jean-Guy Lathuilière , Jean-Louis Poitevin , Martial Verdier et Olivier Perrot

Les images, toujours, oscillent entre confirmation de l’existence des choses et des êtres et tentation de leur effacement. Trop rarement, les photographes nous donnent à voir les formes que prend la frontière de l’être à l’instant infini de la durée pure.

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Visite virtuelle de l’exposition

Ici, choses, corps, formes, sont saisis au seuil de leur métamorphose. Ici s’étirent des instants où notre croyance en la durée s’enroule sur elle-même. Un voyage commence, celui qu’effectue notre psyché tendue entre souvenirs à inventer et visions à ratifier.

Jean-Guy Lathuilière extrait du temps la forme d’un rêve de quotidien exotique.
Olivier Perrot descend au cœur de la matière en fusion et en raconte les explosions intimes.
Martial Verdier déplie l’histoire, notre histoire, en décadrant le temps.
La galerie Mamia Bretesché ouvre ses portes à cette interrogation vitale sur la frontière de l’être.

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Olivier Perrot

Foi

Il existe, reprise en chœur par des générations de fidèles aux yeux bouffis par la révélation, une antienne qui est sans doute la prière la plus universelle, car elle est faite par des millions de personnes, partout sur la planète à chaque instant. Mais il ne faut pas s’y tromper, ils ne prient pas le dieu image, ils transforment l’attente de la confirmation d’une promesse en une théophanie active et quasi permanente.

En effet, dans les scintillements des images photographiques, ils ne font pas que voir, ils entendent aussi une voix secrète leur susurrer, texte repris en boucle, que de toute éternité la présence divine y a été attestée et donc qu’ils ont raison de l’y chercher et de l’y trouver. Il n’y a pas d’image qui ne soit pas pieuse. À moins que ...

De Sartre à Barthes et alii, mais aussi de Saint Paul à Eusèbe de Césarée, pour ne citer qu’eux, et finalement de manière permanente au cours de l’histoire, l’image, les images, ont été le support et l’enjeu d’une lutte terrible pour la confirmation de la foi, que cette foi soit directement rattachée à un dieu ou que, comme aujourd’hui, elle soit une fois sans dieu personnifié autre que celui qui apparaît dans les reflets des projections de soi sur l’écran mité de la voûte céleste dont l’ombre vient s’inscrire sur l’ensemble des écrans que nous consultons.

Décroire

L’engagement de certains photographes dans des opérations de décroyance est aussi avéré que la même opération dans le jeu infini des lignes et des traits de dessins de toujours. La réussite n’est pas plus efficace si l’on s’en tient à tenter de mesurer un taux de conversion à l’échelle planétaire. Mais, au cas par cas, on peut voir des images dont on pressent qu’elles ne sont pas entées dans cette foi, ou plus exactement qu’elles la portent au-delà d’elle-même, puisque ceux qui les font se portent eux aussi, ou du moins le tentent, au-delà de cette limite étrange qui fait l’absence et la présence s’épouser et donner naissance au spectre de l’être.

Il y a des images et parmi elles des photographies qui tentent non de nier leur dimension spectrale mais au contraire de l’affirmer, de l’exprimer, de la jouer et de la faire resplendir comme une promesse retournée.

Elles tentent de montrer, retour paradoxal à l’envoyeur, le visible comme ne s’adressant pas directement à nous mais comme s’adressant d’abord à « personne » et ensuite comme pouvant entrer dans l’orbe de la perception. Ce petit écart, cette trace souvent quasi-imperceptible, constitue le ressort de cette décroyance qui, si elle est jouée « dans » l’image, peut se transmettre à celui qui la voit, entraînant ainsi une mise entre parenthèses de l’autre croyance, la croyance en l’être.

Fantomalité de l’être

Ce jeu se joue en fait sans nous, ou hors de nous, et ne nous atteint que parce que ces images sont poreuses, hantées par la dimension fantomale qui est la leur. C’est en tant qu’émettrices de cette dimensionnalité fantomale qu’elles s’inscrivent dans le champ de notre perception. Il est moins question ici d’un doute que d’un suspens.
Mais ces images nous donnent à expérimenter ce suspens, au sortir duquel nous ne sommes pas reconduits à l’adoration post-révélation du dieu-monde ou du petit-dieu-moi, ou encore du tout-petit-dieu-réel peuplé de choses à angles durs qui nous écorchent l’âme.

Elles ne nous reconduisent pas à l’adoration nécessaire qui permit à la phénoménologie de s’imposer comme la religion sans dieu du siècle passé. Elles s’imposent dans un jeu de perception médiatisée comme des affirmations de l’existence concrète d’un suspens possible qui en tant que dimension de l’être creuse un vide au cœur de celui-ci et révèle pour nous sa dimension fantomale originelle.

C’est là que nous conduisent ces trois photographes, sur ce seuil où le phénomène se donne pour ce qu’il n’est pas et est visible comme un rêve. Alors il devient possible de concevoir que le supposé réel apparaît lui aussi pour ce qu’il « est », un angle mort dans la vision de basse intensité dont est dotée la trop vieille conscience, celle qui chante, pour se rassurer, l’antienne de la révélation dont les images sont, pour elle, les plus vaillantes messagères.

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Martial Verdier - Scafati

Vernissage mardi 14 février à partir de 18 h.
Mamia Bretesche Gallery
77, rue Notre Dame de Nazareth - 75003 Paris
Tel. + 33 6 60 87 06 21
Horaires : Mardi à Samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous
mamia.bretesche@gmail.com