dimanche 2 juin 2024

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Musique Concrète/Acousmatique

Traversée

à propos du sonore

, Marcel Frémiot et Nicolas Fremiot

C’est une rencontre artistique et humaine, un lien dans TK-21 entre un artiste marcheur et un musicien acousmatique.
Nicolas Frémiot est photographe, Marcel Frémiot était musicien. Il a composé une œuvre acousmatique pour une des « Traversées » de l’espace périurbain par son fils. Il a aussi écrit ce texte pour lui.

Toute exposition est essentiellement visuelle.

À celle-ci, Nicolas Frémiot a voulu lui associer des éléments sonores ; des éléments dont le rôle ne devrait pas être de renforcer le réalisme, l’anecdotique de l’image ni même l’esthétisme de sa réalisation.

Ici, le sonore devrait permettre d’attirer l’attention vers ce sur quoi le visiteur n’irait peut-être pas s’attarder, vers ce sur quoi l’exposition, en tout cas, aimerait qu’il se laisse aller.

Aussi le sonore quitte-t-il rapidement le réalisme pour suggérer de possibles imaginaires, passés, présents, voire futurs.

Ces imaginaires sont, au premier abord, ceux que l’image peut suggérer à celui qui la regarde. Ce sont aussi ceux que l’on peut attribuer à l’objet-même ou à la situation que la photographie met en valeur.

Au désir de voir, de découvrir, proposé au visiteur par le photographe, s’ajoute l’appel à l’intention d’entendre. Il ne s’agit pas ici d’un spectacle dont il faudrait décoder les intentions des créateurs.

Face à une « monstration » unie à un « donné à entendre », le visiteur est libre d’appréhender cet ensemble comme un reportage, comme une juxtaposition d’éléments épars, voire comme une œuvre.

Encore faut-il préciser que cette œuvre ne peut être que celle de ce visiteur ; et selon le cheminement, le tempo, les arrêts qu’il aura choisis, les regards qu’il aura portés ici ou là.

Est-il vraiment libre, ce visiteur ?
Il serait exagéré de le prétendre ?

Mes photographies, dit le photographe, ne sont pas des tableaux esthétisants. Simplement, elles font apparaître ce que l’on a négligé, ce que le passant ne voit plus lors de toute traversée coutumière.

En une certaine similitude, je suggère que tout bruit familier ne soit pas ici l’indicateur de pratique courante. Je suggère qu’il soit reçu en tant que porteur de sensible imaginaire. Un bruit de moteur d’avion ne pourrait-il, au-delà de nous dire l’avion qui passe, évoquer telle ou telle heureuse rêverie de pays lointains ; rêverie manifestée — et c’est, par exemple, le cas ici — par l’allusion à une musique traditionnelle de ce pays.

Ainsi un tas de granulat stagnant au bord d’un chemin — autre exemple — ne pourrait-il pas suggérer le temps où il dansait sur le tapis roulant de la sablière de ses origines ?

Dernier point, strictement technique : le photographe, Nicolas, le photographe, se refuse l’image numérique : il crée « en argentique ».

Par cohérence, le sonore s’abstient, ici, de tout son « numérique », de synthèse et ne joue, donc, qu’avec des sons « concrets », d’origines « acoustiques ».

Traversée, création sonore, Marcel Frémiot