samedi 30 mai 2026

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Toilettes intime

La photo de charme selon Vivianne Mok

, Jean-Paul Gavard-Perret

La photographie érotique peut aborder le « charme » de bien des manières mais ici, elle part du corps, des manques de l’être, de ces trous béants où circulent les émotions que sa simple « enveloppe » ne peut contenir.

Vivienne Mok fabrique des mondes non seulement avec la nudité mais avec ce qui lui manque : ses belles toilettes – dessus chics.

Cette part ne fait pas défaut, bien au contraire. Le textile ne fait pas tache dans de telles existences féminines ou masculines. Être vêtu, c’est s’accepter, accepter la photographie qui devient la part des jours et des nuits. Le seuil de chaque prise glisse entre le corps et la fluidité de ses habits. Existe un combat entre la réalité pure du corps et son vêtement qui fait de chaque être une fleur. Le « vierge » se transforme en vif car le textile en donne un autre charme.

Il n’est pas le fruit accueilli de la peau mais de la suggestion par des sensations voilées puisque le nu est soumis - et heureux - à la matière qui lui résiste. Être habillé (enfin presque) n’énonce en rien une défaite mais un plaisir de et par la beauté des mises en scène de Vivienne Mok.

L’œil la remercie en un constat éloigné du décevant. La photographe recommence le jeu du charme mené vers la poésie. Ici, elle ne cherche pas les offrandes du ventre. Par ses dessus chics, le corps s’échappe déjà. Il échappe à ce qui était et trouve là des passerelles.

C’est merveilleux par bien des effets d’interstices et de pans.

Une fissure est entre-lâchée en plein jour. Mais va pour la mélancolie. Alors remercions la photographe suissesse chargée d’énergie et de visions non cloisonnées. C’est beau, c’est un beau moment, c’est une photographie riche. Bref chez elle tout est beau - comment peut-on le dire autrement.

Oui, on aime cette œuvre car elle est silencieuse en de telles déclarations.

L’artiste travaille sur le réel dans la dépense du textile qui perturbe et focalise une vue non seulement sur le corps. Il y a là une présence tierce non sans buter sur elle mais pour submerger l’émotion. Le vêtement rassure, protège, enveloppe, attise vers une nouvelle perte de vue ou d’errance. Le textile déborde le corps comme un enfant qui cherche en celui-ci ce qu’il va trouver. Cela fait une image centrée vers le dehors où est ceint un dedans. D’un côté, l’habit, c’est la vue. De l’autre, le corps. La vue ne vient qu’après. Et se projette, s’égare : quelle nécessité et quelle joie, dans cette présence duale où le nouveau charme naît.