vendredi 30 octobre 2026

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Soviet

photographier les souvenirs non vécus

, Irène Jonas

Entre effacement et persistance, histoire collective et mémoire personnelle, « Soviet », le nouveau livre d’Irène Jonas, fait revivre ce qui n’est plus. Par l’ajout de peinture qui transforme le document photographique, réel et fiction s’entremêlent dans une temporalité et un espace volontairement incertains.

« J’ai cinq ans, une petite robe en velours vert et une broche en forme de hérisson. Direction le Palais des sports pour assister à mon premier concert… Les chœurs de l’Armée rouge. C’est peut-être ce soir-là, en voyant le visage lumineux de mon père chantonner dans une autre langue, que la notion d’exil s’est pour la première fois frayé un chemin dans mon imagination enfantine. » 
 

Extrait du journal de ma tante – Moscou 1917

« Une fois la guerre terminée, Moscou est devenu beaucoup plus violent avec la révolution d’Octobre. Je n’étais encore qu’une enfant. Je ne vais pas écrire à propos de cette période car je ne me rappelle que très peu de choses. J’ai eu tellement peur cet hiver 1917. Certaines nuits, on entendait continuellement le crépitement des mitraillettes et des bruits de verre brisé. (…) La famine a commencé. Les écoles étaient fermées. Il n’y avait plus de nourriture, plus de pain, plus de fioul. L’hiver est arrivé et cela devenait très difficile de vivre en ville. Il faisait un froid glacial et on ne trouvait plus de bois. Un soir, on a cassé le piano à coups de hache et on l’a brûlé. Un autre jour avec ma sœur, nous nous sommes précipitées dans la rue, des couteaux à la main après la chute d’un cheval. De la viande, cela faisait des mois que nous n’en avions pas mangé. »

 

« Soviet », Irène Jonas
Préface de Hervé Le Tellier
Éditions de juillet (novembre 2026)
136 pages, 35 €