dimanche 2 novembre 2025

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Prune Nourry, de la douleur à la beauté

, Jean-Paul Gavard-Perret

L’artiste présente pour la première fois son projet Vénus, né de sa rencontre avec Ghada Hatem, gynécologue obstétricienne, fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, centre d’aide et d’accompagnement pour les femmes victimes de violences.

Après quatre expositions personnelles à Bruxelles (2017 et 2022) et à Paris (2019 et en 2021), Prune Nourry réinvestit la galerie Templon dans la lignée de ses projets liés à la place de la femme dans la société à travers la symbolique de la matière terre, « Terracotta Daughters », « Mater Earth » et « Statues Also Breathe ».
 
L’artiste a rencontré huit femmes qui ont accepté de poser nues, en dépassant avec courage leurs tabous et traumas. Prune Nourry renoue avec la tradition du portrait et a sculpté ici dans un contexte encore plus intime. À partir de leur histoire unique — chaque femme partage son parcours durant les séances de pose. Et de leur forme de corps variées, l’artiste a modelé en terre leur buste à la manière des vénus préhistoriques. Leurs mots, autant que les détails de leur corps, inspirant chaque œuvre. Réalisé à taille humaine ou en petit format, le portrait a ensuite été moulé, puis tiré en bronze recouvert d’une peau de terre, ou tiré en terre cuite.
 
Surgit un lien fort entre le passé et le présent, entre le personnel et l’universel. Les mythes de création et la matière terre sont également au cœur du travail de Prune Nourry et ils sont antérieurs aux religions monothéistes écrites.
 
De telles femmes nues, appesanties au sein des lumières des stratégies scénographiques de l’exposition, ne sont pas qu’un simple objet du désir. D’une certaine manière, il reste dans l’ombre. Il n’est pas question que la coque du scarabée éclate. L’œuvre trouve un sens précis là où le corps n’est en rien englouti mais est donné à être contemplé, pour réfléchir à tous les sens du terme et bien au-delà d’un simple plaisir d’autosuffisance.
 
Les Vénus deviennent le sujet pour une quête générale, existentielle. Elles vont du défini à l’infini : ceux du corps, ceux du sens de la vie, là où tout semble enveloppé des parois du silence, au-delà du choc, la sensation n’est pas purement érotique.
 
Prune Nourry cherche à pénétrer les cercles d’un centre jamais atteint par différents moments qu’elle met en scène afin de se montrer/cacher. Il existe dans cette exhibition paradoxale la violence d’exister avec tout ce que cela comporte de doute et de beauté, d’absence et de présence, d’ouverture et de fermeture, de sensibilité et de douleur infligée.
 
Mais l’harmonie demeure toujours présente. Elle circonscrit l’inexprimable, lui donne toute sa puissance. Entre la technique et l’instinct, l’artiste propose ce qui la dépasse, qui dépasse le langage. Ses images précèdent sa pensée, l’anticipent, pénètrent l’intimité tout en refusant la monstration pétrifiante par ce qui proposerait un excès de fantasmes. La ligne de fracture est mince mais l’artiste tient en équilibre dessus.
 

Prune Nourry dans son atelier à Saint-Denis.
Photo © Eléa-Jeanne Schmitter, 2024

 Prune Nourry, « Vénus », Galerie Templon, rue du Grenier-Saint-Lazare, Paris 11 janvier – 1er mars 2025

Cette exposition inaugurée en juin 2024, a été pensée en lien avec la commande Les Vénus dionysiennes pour le Grand Paris Express dans la gare Saint-Denis – Pleyel en tandem avec l’architecte Kengo Kuma. Cette commande, portée par la Société des grands projets, sous la direction artistique et culturelle de José-Manuel Gonçalvès avec le CENTQUATRE-PARIS et l’agence Eva Albarran & Co., sera installée en 2026.