lundi 30 juin 2025

Accueil > Les rubriques > Cerveau > On focus

On focus

Gaëtan Viaris de Lesegno

, Gaëtan Viaris de Lesegno et Martial Verdier

Gaëtan Viaris de Lesegno mène, depuis 1987, une recherche visuelle sur l’interprétation photographique en noir et blanc argentique de la sculpture et de la peinture de l’art occidentale, du XVIᵉ au XIXᵉ siècle. Il est depuis longtemps régulièrement présent dans TK-21 LaRevue.
À l’occasion de son exposition à la Maison nationale des artistes, à Nogent-sur-Marne, nous présentons une réflexion sur une partie de son travail.

Il utilise son appareil photographique comme un outil d’introspection esthétique d’œuvres picturales et cherche à en renouveler la perception à travers de nouvelles lectures. Ses recadrages soulignent la plasticité des corps et nous invitent à redécouvrir l’œuvre.

« Vos photographies plus récentes où vous faites appel à la solarisation me paraissent approfondir cette démarche dans la mesure où l’image obtenue suscite une poétique neuve, fondé sur des effets de matière et de lumière, invente un objet esthétique paradoxal — une sorte de bas-relief photographique, dont la réussite plastique est remarquable ».
 
Daniel Arasse, historien de l’art
 

Angélique et Médor d’après Toussaint Dubreuil
Musée du Louvre. Prise de vue argentique n/b, 6 x 6 1989
Présenté en triptyque. Tirage baryté noir et blanc 60 x 60 cm, 2008
©Gaëtan Viaris De Lesegno. ADAGP 2025.
©Gaëtan Viaris De Lesegno. ADAGP 2025.

Gaëtan Viaris de Lesegno propose également une analyse visuelle par capture d’écran, « le regard séquentiel » (concept emprunté à Valentine Robert, historienne du cinéma), à partir du défilement du film sur support vidéo, présenté en séquences montées sous forme de triptyques.

En 2019, Gaëtan Viaris s’intéresse au cinéma en proposant une création photographique en noir et blanc fondée sur le principe de la « cinéplastique » d’Élie Faure, qu’il intitule Le voyeurisme à l’œuvre dans Psychose [1]. À partir d’une séquence du film Psychose d’Alfred Hitchcock, il réalise des saisies photographiques numériques depuis un DVD et établit un lien avec son travail sur la peinture, notamment grâce à la présence, dans cette séquence, de deux tableaux de la peinture ancienne : Suzanne et les vieillards de Van Mieris et Vénus à la fourrure du Titien.

Gaëtan Viaris de Lesegno met le voyeurisme en relation avec la problématique du regard du spectateur face au tableau, à travers la représentation picturale ; il fait émerger un judicieux questionnement : qui est le voyeur dans cette iconographie de Suzanne et les vieillards, le peintre lui-même ? Le spectateur dans le tableau ? Le modèle lui-même ? Le spectateur regardant le tableau ?

La mise en scène de l’attente angoissée est redevable à la puissance du regard : le suspense hitchcockien ne procède pas, comme chez D. W. Griffith ou Orson Welles, d’une accélération et d’une violence imposée à la durée par le montage, mais d’un ralentissement et d’une décomposition du temps naturel obtenus par le découpage. Le mécanisme n’est pas « le montage parallèle ou alterné, mais bien le champ-contrechamp, qui fait jouer le regard [2] » écrit Pascal Bonitzer.

« Le photographe redécoupe en quelque sorte le découpage initial et le détaille dans ses créations photographiques. L’œil, figure métonymique de la connaissance de l’autre et symbole du créateur, met en jeu le regard. Le point de vue du voyeur nous est livré et nous regardons ce qui nous ne regarde pas. Les saisies numériques de Gaëtan Viaris gravitent autour du jeu du regard, celui des personnages comme celui, indiscret, du spectateur : il visualise et fait ressentir une circularité incessante entre l’image et notre œil ».
 
Lydie Decobert, essayiste du cinéma et spécialiste d’Alfred Hitchcock

Le choix fatal de la clef de la chambre n°1 quatriptyque de 28’42 à 28’
à partir d’une séquence de Psychose d’Alfred Hitchcock

(Extraits de la plaquette de présentation)

Notes

[2Pascal Bonitzer, Cahiers du cinéma B - Spécial Alfred Hitchcock [1980], p. 14

« On Focus », Gaëtan Viaris de Lesegno, exposition jusqu’au 24 août 2025, Maison nationale des artistes
Tous les jours 14h - 18h, entrée libre
Maison nationale des artistes
Fondation des artistes
14, rue Charles VII - 94130 Nogent-sur-Marne, 01 48 71 28 08
www.fondationdesartistes.fr

Image d’ouverture : D’après Toussaint Dubreuil, Angélique et Médor, Musée du Louvre. Tirage de l’auteur, 1989 ©Gaëtan Viaris De Lesegno. ADAGP 2025.