jeudi 2 février 2017

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Nicole Sottiaux – Du module à la figure

Texte de Jean-Louis Poitevin – Avant-propos de Christophe Henry

, Christophe Henry , Jean-Louis Poitevin et Pierre Benielli

Les Éditions TK-21 viennent de publier le livre Nicole Sottiaux Du module à la figure et en proposent un aperçu.

Un parcours

Construction 21, D’Équerre 5, huile sur toile, 73 x 60 cm, 2013, collection privée Paris

« Nicole Sottiaux procède par une recherche permanente, mais c’est une recherche plastique, qui absorbe les matériaux dans un vortex où ils perdent leur étiquette, leur identité, la précision de leurs contours et de leur signification. Et cela est d’une impérieuse nécessité si l’on désire que la production de cette mécanique anthropophage donne lieu à quelque chose qui échappe à l’analogie avec le monde connu tout en en rappelant de façon plus ou moins certaine les codes et les normes [1] ».

L’Objet 3, huile sur toile, 81 x 100 cm, 2013

« C’est en particulier avec les œuvres intitulées L’Objet, le mot objet étant suivi d’un numéro que s’est imposée la présence d’une sorte d’élément figural à partir duquel et autour duquel le tableau allait se construire. Le monde minéral des profondeurs de la terre, d’abord converti en minéral à angles aigus comme ceux des pierres si chères à Roger Caillois, est devenu un monde d’êtres singuliers ni humains ni objets et pourtant tous investis de cette puissance propre au vivant, celle de se métamorphoser [2] ».

Melancholia, La Bande à Gazza, 50 x 165 cm

« Et en effet, dans ces tableaux, on est plongé dans un univers sombre aux tons marron, à la palette restreinte, aux angles noirs pénétrant la chair du monde avec insistance. Parfois des tons bleutés viennent comme libérer cette charge chtonienne de ses pesanteurs affectives. Car singulièrement, ici, tout est à la fois géométriquement orienté, emporté par des déséquilibres savants et aspiré par la tentation de voir enfin quelque chose sortir de ces limbes chaotiques et qui serait peut-être ni une chose ni une forme mais une manifestation de “l’être” [3] ».

L’Orant Chaissac, huile sur toile, 92 x 73 cm, 2016

« Au tremblement des zones colorées répond donc une ligne vibratile qui s’impose comme le vecteur de propagation des forces que l’œuvre mobilise. On ne peut pas ne pas associer cette forme qui rappelle un personnage de Chaissac dans sa fragilité même de poupée aux prises avec le grand théâtre du monde, avec celle d’un homme. Mais on perçoit tout autant par la double masse noire centrale et les tons qui s’étirent dans l’espace, combien peindre c’est inventer ce que l’on conquiert. Cette toile quoique intitulée L’Orant Chaissac, est pour elle son hommage à Poliakoff, l’indépassable.
Tête, tronc et bras sont saisis ici au moment de leur émergence même, non pas comme élément d’un embryon mais comme formes en devenir à partir d’un projet général d’envahissement de l’espace [4] ».

L’Orant borroméen avec rejeton rouge qui regarde un coin de la mer bleue, 146 x 97 cm, 2016

« Au croisement d’une interrogation traversée par la triple présence de l’inconscient et des dessins mathématiques, de la peinture comme geste interdit et finalement autorisé et de la croyance en la puissance du geste créateur comme réponse à l’impossibilité de la foi, l’œuvre de Nicole Sottiaux fait littéralement « figure » dans le triple sens que l’on a donné à ce mot, celui figural de forme plastique échappant à la mimesis, celui figuratif de manifestation de l’humain échappant à l’identité et enfin celui de concept-clé de l’acte créateur même, articulant les trois plans de l’existence en une unité paradoxale mais vivante.
Le prodige de l’art actuel de Nicole Sottiaux, c’est de parvenir à coordonner ces forces contradictoires et à les faire toutes participer à l’élaboration, tant picturale que psychique et spirituelle, d’un devenir-acte du geste [5] ».

Sfumato, huile sur toile, 60 x 73 cm, 1983, collection privée, Paris

« Mon arsenal de droites et de courbes, le marquage par le cubisme, le goût du sfumato et autres embruns de térébenthines, l’attirance pour les chiffres de l’art, l’exigeant office des proportions répondent à la nécessité qui s’impose à mes peintures : architecturer l’objet. L’aligner même, comme à Carnac, le figurer comme à l’Île de Pâques, le lever comme à Stonehenge ..., l’« érechteioniser » comme à Athènes.
L’abstraction géométrique des objets levés que je peins assure mon regard d’un dressement toujours véritable de l’être. L’objêtre : j’ai besoin de lui. Dès lors, mes dernières peintures « cariatident » l’objet. C’est ça « les figures » du critique. Il faut et il suffit de reconnaître que j’exprime là la tentative d’approcher ce chiffre φ des proportions dont l’intransmissibilité de la révélation a déchiré la vie devant mes yeux sur le site de Pæstum. J’inaugurais alors ma vie adulte. C’était en 1960 [6] ».

Notes

[1Adolescente forcenée, Avant-propos de Christophe Henry, p. 11.

[2Texte de Jean-Louis Poitevin, p. 18.

[3Texte de Jean-Louis Poitevin, p. 26.

[4Texte de Jean-Louis Poitevin, p. 63.

[5Texte de Jean-Louis Poitevin, p. 67.

[6Biographie, Nicole Sottiaux, p. 74.

© Nicole Sottiaux, 2016.
isbn 978-2-9527260-2-3 –
92 pages – 52 illustrations – 18 x 23 cm – prix 15 €.
Disponible :
- à la Librairie Wallonie-Bruxelles, 46 rue Quincampoix 75004 Paris – www.librariewb.com
- chez l’auteur : nicole.sottiaux@free.fr