dimanche 2 novembre 2025

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Nazanin Pouyandeh et les femmes

, Jean-Paul Gavard-Perret

Nazanin Pouyandeh fut reçue à l’École des beaux-arts de Paris en 2000, où elle intégra l’atelier du peintre Pat Andrea. Depuis, sa virtuosité technique pousse au paroxysme la dimension vériste de sa peinture. 

Elle puise dans toutes les sources d’images disponibles, puisque les frontières entre les arts, les époques et les cultures sont aujourd’hui devenues perméables. De tels rapprochements, comme des jeux de disproportion entre les figures, résulte un sentiment d’étrangeté formelle qui a beaucoup à voir avec le rêve.
 
Principalement, la créatrice interroge les représentations collectives de la femme, mais aussi les thèmes de l’érotisme et de la violence. Surgissent de la sorte des fragments de discours amoureux mouvementés, parfois à la frontière de l’horrible.
 
Les variations de tessitures par orientation progressives étaient en germe dans l’énorme fichier de sources iconographiques datées et conservées dans des boîtes, chemises, etc…, par l’artiste qui trouve ainsi les sucs de sa pensée en marche et de sa peinture. À ce titre, il se peut que pour les générations futures, ce soit là l’essentiel de cette œuvre en liberté qui fait face peu à peu avec lucidité à son parcours « intime ».
 
Il y a là divers types de désir de séduction qui pour chaque toile procède d’un choix culturel initial. Mais tout se situe toujours à la frontière, tout est une histoire de peau et d’os, de nudité et de vêtement — légers les vêtements. Entre des zones neigeuses ou épaisses et sombres émerge une sorte de fracture : douceur et douleur, apaisement et écrasement, l’épars et l’homogène, le flux persistant, la dispersion insistante. Ainsi l’image fait fondre les ressemblances. Reste en chacune d’elle un seuil d’égarement, une errance.
 
Dans chaque tableau, quelqu’une ou quelque chose nous regarde, nous tend un miroir. On ne s’y terre pas, on voudrait en resurgir. Et l’on comprend que l’ambition de l’artiste est de grande envergure sans qu’elle soit à l’image par exemple d’une femme albatros dont les ailes de géant l’empêchent de marcher.
 
Nazanin Pouyandeh ne se laisse pas avoir ni empaler ou réduire aux discours de séduction ou de punition que lui proposent les cultures ambulantes où les sentiments des femmes ne sont le plus souvent que du matériel de récupération et de contention.
 
Mais il en faut plus pour entraver la liberté de création d’une artiste dont les connaissances et l’intelligence forment la garde rapprochée de son imaginaire. Elle crée des espaces hybrides, absolument optiques, pour la confection d’images « pieuses » mais dont le code symbolique ne renvoie plus à la vulgate apprise.
 
À nous de forger notre religion, notre foi. Les codes des œuvres de l’artiste ne sont plus chargés de rassurer bien au contraire. À ce titre, les inserts de certaines d’entre elles ne laissent aucun doutes mais elles permettent de réorganiser nos propres images mentales, de comprendre de quoi elles sont faites (douleur et joie, perte et espoir).
 
C’est pourquoi, dans leur simplicité, dans leur silence, de telles images nous assourdissent de l’intérieur. Non seulement on passe entre les choses mais entre les lignes et les surfaces. On voit dedans. Bref, l’artiste invente un univers dans lequel intérieur et extérieur, dehors et dedans de la représentation perdent leur sens. Une possible conversion (d’où le terme images « pieuses ») est donc possible à qui veut faire l’effort de plonger dans de tels miroirs au sein desquels même lorsque des objets sont visibles, c’est la présence d’une matière-corps qui parle.

Nazanin Pouyandeh, Exposition du 27 avril à juin 2025, Bruxelles