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Arles
Lumière et infini
autour de l’œuvre de Béatrice Helg
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Au sein de la commanderie pluriséculaire des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean, dans ses salles petites ou grandes et parmi tout un tas d’œuvres néoclassiques, modernes et contemporaines, Béatrice Helg a disséminé divers fragments du Multivers, et par là de l’Hyperespace, sous la forme de plaques sombres ou tachetées et de disques d’ambre jaune se détachant sur un fond de particules explosives, ou bien de nuages d’hydrogène moléculaire, ou bien encore d’un vide tout dégoulinant des atomes de Démocrite.
« Un monde est une portion du ciel enveloppant les astres, la terre et tout ce qui apparaît, qui constitue une section prélevée de l’infini, se terminant par une limite ténue ou dense…en rotation ou au repos, et de contour rond, ou triangulaire, ou de toute autre forme… Que de tels mondes soient infinis en nombre, on peut le concevoir, comme aussi le fait qu’un monde de ce type puisse naître aussi bien dans un monde que dans un intermonde, c’est ainsi que nous appelons un espace intermédiaire entre des mondes, dans un lieu en grande partie vide... »
Tout comme le stylo de celui qui écrit, pour Béatrice Helg la lumière est un ébauchoir avec lequel elle sculpte l’espace et la matière, révélant ou dissimulant des formes et des fonds. La lumière se substitue aux mots. Sans la lumière rien n’existe et rien ne peut évoluer sans elle. C’est la lumière qui permet à Helg de mettre en scène les mondes multiples qui meublent son imaginaire, rudes et glacés comme des plaques d’acier, lisses et translucides comme des feuilles de verre, lumineux et brûlants comme des soleils, presque toujours en suspension mais dérivant parfois sur un océan de métal aux chatoiements aqueux, univers de Thales. Pluralité et même infinité possible des mondes telle que prédite par Euclide, héritier de Leucippe et Démocrite, idée reprise bien des siècles plus tard par Nicolas de Cues et son prolongateur, le téméraire et indomptable Giordano Bruno, comme oubliée par la suite car sous la surveillance ténébreuse de l’Inquisition et les préoccupations guerrières, avant sa renaissance, aujourd’hui, dans diverses spéculations de haute mathématique, principe holographique, transposition moderne du mythe de la caverne, univers-bulles résultant du modèle inflationnaire, et beaucoup d’autres dont et surtout la théorie des cordes ou plus précisément son extension, la théorie M au M si mystérieux. Et rapidement, avec la Physique et l’Astrophysique contemporaines, on glisse de la Science à la Métaphysique puisque rien ou presque n’est vérifiable empiriquement et encore moins observable. Giordano Bruno, lui, posait la question sur le plan théologique mais avec une logique imparable. Ainsi, dans l’un de ses trois grands dialogues, son avatar préféré, Filoteo, demandait : « Pourquoi la capacité infinie doit-elle être frustrée, anéantie la possibilité des mondes infinis, et amoindrie l’excellence de l’image divine qui devrait resplendir dans un miroir illimité et selon le mode de son être infinie et immense ? ». Dieu a une puissance d’agir et une bonté, un amour, infinis, pourquoi se contenterait-il de les limiter à un univers fini et à un seul monde ? Ce serait attenter à la nature, à l’esprit même du divin, douter du sacré en tolérant le vide car Filoteo le dit : « En lui pouvoir et faire ne font qu’un » [2].
Pour en revenir à Béatrice Helg, avec ou sans l’aide de Dieu, elle se « contente » d’effectuer des prélèvements dans l’Hyperespace, de capturer les univers errants puis de les retenir dans des boîtes de ferraille sans couvercle et dont elle aurait découpé trois côtés afin de les offrir en représentation tels des comédiens campés sur les tréteaux d’un théâtre ô combien cosmique. Plus prosaïquement elle fouille avec méticulosité les décharges des chantiers de construction afin de récupérer les matériaux qu’elle juge intéressants, plaques de métal, vitrages et fer à béton, matières devenues quasi-organiques car ravagées par le Temps, les intempéries et l’inconséquence des hommes. Puis elle réalise à partir de ceux-ci des sculptures que certains qualifient de minimales, mais ils ont tort car le minimalisme n’existe pas, ou plutôt que des sculptures de véritables maquettes architecturales qu’elle soumet ensuite à l’arbitrage d’une lampe pilote, halogène ou autre, et qui lui permet de définir ses sources et ses angles d’éclairage. Enfin, par la coordination d’une batterie de flashs, elle prend des photographies, au départ uniquement à la chambre, travaille ensuite en cibachrome, pour la pureté de son expression bien sûr, et aujourd’hui essentiellement en numérique ce dernier lui ouvrant de nouvelles perspectives, lui apportant un nouveau regard ainsi qu’un réel confort car les images numériques sont des matrices de chiffres que l’on peut triturer à son goût, selon ses intentions. Une fois les photographies prises, les installations sont détruites ce qui interdit toute répétition et insuffle une dynamique dans la création. Chaque image est une nouvelle installation. Helg affirme qu’elle a toujours l’image en tête ainsi qu’un format avant de la créer. Elle déclare aussi qu’elle n’a pas de recette, pas de règles, pas de méthode, car tout ceci limite l’exploration. Voilà pour la technique, la méthode, quoiqu’elle puisse en dire il y en a bien une, mais c’est ici une description très sommaire du fait de mon insuffisance criante en ces matières car pour moi tout ceci relève purement de l’alchimie, voire de la magie !
La toile de fond de ce théâtre de l’incommensurable, le mot « théâtre » est essentiel pour Helg, est comme un bout de drap tout noir qui aurait été déchiré, un morceau infime de l’Infini, du Vide. Mais, à l’inverse du Néant qui est le grand Rien, le Vide est une mer passablement agitée, une bouilloire toujours au bord de l’ébullition. Le Vide n’est donc pas vide mais empli d’énergie, une énergie à peu près calme, minimale, appelée « énergie du point zéro ». Dès qu’il y a énergie il y a naissance de particules et, dans le même élan, de leurs antiparticules. L’antiparticule d’une particule présente les mêmes propriétés que cette dernière, même masse, même spin, c’est-à-dire même mouvement, le « moment cinétique », mais elle a une charge électrique strictement opposée. Toute particule a son antiparticule et dès qu’elles sont en contact elles s’annihilent, elles s’évanouissent dans un éclair de lumière, ce qui fait que ces paires particules-antiparticules meurent aussitôt que nées, d’où leur nom de « particules virtuelles ». Le Vide, tous les vides, les poches de l’espace-temps, ceux de notre environnement, ceux de nos corps, au cœur même des atomes, grouillent de particules virtuelles. Par accumulation en un certain endroit elles peuvent déclencher le Big bang ou faire s’évaporer un trou noir, quand même. On appelle ça des « fluctuations quantiques du vide », ou de la « mousse quantique » selon la jolie image de John Wheeler, « le physicien des physiciens » comme le nommaient ses pairs. La toile de fond du théâtre de Béatrice Helg, dans ses séries « Éveil », « Cosmos » ou encore « Transparence », « Espace-lumière », est souvent constellée de points plus ou moins lumineux, taches soulignées par les flashs de lumière qu’elle a orchestrés, pour moi flashs des explosions de particules virtuelles saisies dans leur instantanéité par son appareil. D’autres, beaucoup plus terre-à-terre, diront que c’est seulement la révélation des taches d’oxydation de l’acier prématurément vieilli.
En préambule, j’ai également évoqué la présence dans certaines œuvres de nuages d’hydrogène moléculaire et de dégoulinures d’atomes, imperfections de l’acier, bavures de rouille, pour les susdits. Les nuages moléculaires renvoient à l’espace de notre univers dont celui de notre galaxie qui en est rempli. Ce sont des concentrations de gaz qui peuvent par endroits s’effondrer sur elles-mêmes du fait de la gravitation et donner naissance à des étoiles et des planètes, grumeaux de gaz qui gravitent autour d’elles, les étoiles. Les points plus ou moins lumineux qui accompagnent ces nuages pourraient être alors des étoiles nouvelles-nées. Pour Leucippe et Démocrite, il n’y a que deux éléments dans l’univers, le Vide et les Atomes, de toutes tailles et de toutes formes qui sont en chute libre dans le Vide, d’où une pluie, des dégoulinures, et qui, pris dans un tourbillon, finissent par s’amalgamer, temporairement, pour former la matière inerte ou vivante. C’est là tout l’univers de ces philosophes ! Pour faciliter, accélérer, le rapprochement des atomes, donc leur amalgame en corps divers, Épicure ou Lucrèce, son disciple et rapporteur, on ne sait pas trop, introduira un nouveau phénomène qu’il nommera « Clinamen » consistant en une légère déviation des Atomes dans leur chute.
Réellement intrigué par ces plaques et ces disques en suspension dans le vide tacheté je fis part à Béatrice Helg de ma méditation sur le rapport qu’entretenaient ses œuvres avec certains développements particulièrement audacieux de la théorie des cordes. Elle m’avoua qu’elle n’avait jamais entendu parler de cette théorie mais elle m’indiqua qu’un astrophysicien fameux, Jean-Pierre Luminet, spécialiste des trous noirs mais il y en a plein, remarquable vulgarisateur et là il y en a moins, avait déjà rapproché l’une de ses séries, « Esprit froissés », de quelques réflexions qu’il entretenait à l’époque sur la géométrie de l’Univers et qu’il intitulait « L’univers chiffonné ». Personnellement, je trouvais que Luminet ça s’accordait bien à son obsession de la lumière à elle. « Esprits froissés » ce sont comme des mouchoirs, ou des chiffons, tout blancs, qu’on aurait laissé tomber par mégarde d’un balcon et qui virevolteraient dans l’air, ou alors les âmes des bienheureux de Hieronymus Bosch qui n’arriveraient pas à trouver l’entrée du grand trou blanc se heurtant sans cesse à la grisaille d’une muraille d’acier portées qu’elles seraient par les vents malicieux du Malin évidemment, ou bien encore l’univers chiffonné de Luminet vu sous différents angles et en suspension parce que lui n’est pas très partisan du multivers, à ce que je crois savoir. Toujours est-il, Helg avait placé trois spécimens de ses « Esprits froissés » au milieu des gigantesques grisailles vantant les vertus d’une autre République commises par Jacques Reattu et leurs murailles grisâtres fonctionnaient parfaitement avec celles-ci. Une république vertueuse donc obligatoirement autre ! Les formes blanches froissées sont comme des fragments de la statuaire grecque classique et de ses drapés, corps de la femme merveilleusement moulé, mais en esprit.
La théorie des cordes ! Celle-ci fabrique et consomme des mathématiques et elle invente, mathématiquement, tout un tas d’objets nouveaux à commencer par les minuscules cordes, auxquelles elle doit son nom, qui se substituent aux corpuscules de la physique classique en tant que particules élémentaires. Les cordes sont des sortes de petits élastiques incassables et pleins d’énergie qui vibrent dans les nombreux trous et tunnels de structures géométriques complexes, les « Calabi-Yau », espaces infimes constitués par des dimensions supplémentaires enroulées sur elles-mêmes et toute emmêlées, dimensions supplémentaires dont la théorie avait besoin pour « se purger de certains détails problématiques » qui affleuraient dans les calculs expliquent les « cordistes ». En effet, les mathématiques de la théorie des cordes, et de son prolongement la théorie M, ont révélé un univers doté d’un espace-temps à dix dimensions d’espace et une de temps, donc avec sept dimensions d’espace supplémentaires, et elles ont fait émerger des objets singuliers appelés « branes ». Les dimensions supplémentaires ne sont pas une coquetterie de mathématiciens car le mode vibratoire des particules qui définit leurs propriétés, masse, spin, et charge électrique, dépend de la géométrie adoptée par ses dimensions. En passant des cordes aux branes on passe de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Les branes peuvent avoir une à neuf dimensions, voire plus pour certains chercheurs. Une Une-brane est à la limite une corde mais plus sûrement une ligne. Comme les cordes, les Une-branes vibrent et ondulent constamment dans un univers en continuelle expansion, agitation qui génère des ondes gravitationnelles. C’est à partir des branes à trois dimensions, qu’on va revenir à Béatrice Helg car une Trois-brane peut envahir l’espace dans sa totalité. Une Trois-brane est potentiellement une brane-univers et comme l’espace de la théorie des cordes/théorie M est multidimensionnel, ce que je nomme l’hyperespace, il peut accueillir plusieurs Trois-branes, c’est-à-dire d’autres univers qui, selon certains physiciens, s’entrechoqueraient périodiquement et plongeraient lesdits univers dans un cycle perpétuel de naissance-mort-renaissance, mais ça c’est la théorie « ekpyrotique » qui le raconte. On parle de « scénarios des mondes de branes ». Mathématiquement on a créé plus de dix puissance cinq-cents formes d’espaces de Calabi-Yau, découlant les unes des autres en fait, en toute logique, un suivi de plus de cinq-cents zéros, soit pour les physiciens « cordistes » la possibilité de plus de dix puissance cinq-cents univers, autant dire l’Infini. Métaphysique !
C’est dans cette infinitude que puise à volonté Béatrice Helg. Le cerveau d’un artiste, un vrai, pas un autoproclamé, est déjà un univers en soi qui ne saurait être forcé mais que l’on doit approcher lentement, humblement, avec sensibilité, avant de tenter d’y pénétrer. L’artiste vrai est un aventurier dont le cerveau lance continuellement des défis, à ce qui pourrait être un système, à la matière, à la forme, à la lumière, et aussi à la gravitation. Le graviton, la particule hypothétique vecteur de cette dernière, est l’unique corde « fermée » donc qui ne saurait être attachée à une brane spécifique, alors que toutes les autres dites « ouvertes » le sont. Aussi le graviton se déplace-t-il librement dans l’hyperespace du multivers. Helg ne saurait se contenter de « simples » Trois-branes, comme le sont les univers rectangulaires et circulaires jusqu’alors prélevés, mais elle recherche des dimensions supplémentaires pour ses nouvelles captures, par exemple des univers qui présentés sous un certain angle, dans une position instable, rappellent les statuts archaïques cycladiques. C’est là la série « Équilibre ». « Tout équilibre, dit-elle, contient son déséquilibre ».
Et puis elle joue avec l’ekpyrosis [3], rapprochant des plaques de toutes natures, sombres ou translucides, pour qu’elles finissent, avec la gravitation « multiverselle », par se percuter. C’est ce qu’elle appelle des « architectures éphémères », titre chapeautant différentes séries. Conflagration ! « Éclats » ! Précisément, en le considérant attentivement, l’un de ces « Éclats », tout rond qu’il était et présentant plein de déchirures bleuâtres, ou de morceaux d’univers éclatés, sur un fond tout blanc, me renvoyait à un tondo de Simon Hantaï. Le blanc du fond c’est le rayonnement de cet éclat, la lumière qui se propage dans l’hyperespace suite à l’entrechoquement de deux ou plusieurs univers. La toile de fond du cerveau de l’artiste vrai est constellée d’images, de références artistiques plus ou moins conscientes. C’est ce que m’a confirmé Béatrice Helg, toute ravie qu’elle était du rapprochement de son œuvre avec celle d’Hantaï, artiste qu’elle déclare adorer.
Ce sont là des images, des impressions, des réactions sensuelles, stockées dans le subconscient et qui se bousculent pour arriver à la conscience. Helg est toute imprégnée de l’esprit des avant-gardes de la première moitié du vingtième siècle et surtout du Suprématisme, pour sa volonté d’envol vers l’espace infini, comme le proclamait Malevitch, « une tentation de l’espace...une envie puissante de décoller de la terre », mais aussi du Constructivisme, pour la rigoureuse matérialité de ses sculptures, et bien sûr du Bauhaus, pour la synthèse qu’il a fait de tous les arts au seul profit, il est vrai, de l’architecture, mais elle n’a pas évoqué le néoplasticisme de Mondrian pourtant un contaminateur absolu de l’espace... absolu.
L’Art de Béatrice Helg est un art frontière, on l’aura compris. Ils se situe aux confins de l’architecture, de la sculpture, de la peinture, de la photographie, de la scénographie théâtrale, et de la musique aussi qu’elle a pratiqué dans son jeune temps et dont on perçoit parfaitement les échos silencieux dans sa série « Résonance », juxtaposition et entrecoupement purement malévitchiens de plaques de métal brunes ou grises, mais de différentes nuances de brun et de gris, formes géométriques abstraites, « nuances, ou couleurs, formées » qui, du fait de leur seule mise en contact, entrent en vibrations... silencieuses.
Reste le théâtre, non pas ses auteurs, mais ses metteurs en scène et particulièrement ceux qui travaillent avec la lumière, ainsi Helg ne tarit pas d’éloges à l’égard de Bob Wilson, un génie selon elle, et de Claude Régy. « Quelle est cette lumière hors de la mesure du temps qui naît du silence et agrandit l’espace ? [...] Il ne faut donc pas montrer la lumière de ce qui est, mais rester dans la lumière infinie de ce qui serait possible, hors des limites du temps... » a écrit ce dernier [4]. Il y a déjà pas mal d’années elle a construit des architectures qu’elle nomme « Théâtre de la lumière » où précisément elle la met en scène dans des compositions mêlant ces plaques d’aciers et ces feuilles de verre à des épures montrant le plus souvent des escaliers qui ne mènent nulle part si ce n’est dans des ciels dignes du Lorrain ou de temps d’Apocalypse.
Elle m’a confirmé que Moritz Escher faisait bien parti de sa toile de fond cérébrale.
Tout ceci me remet en tête une conversation que nous avons tenue il y a bien des années le Maître en modernité et moi à propos d’Escher, le maître, lui, des géométries et des architectures impossibles. Précisément, il était question ce jour-là d’escaliers et de lumière.
Dans les architectures d’Escher, me disait-il, il y a des escaliers partout et on peut s’interroger sur leur symbolique. Peut-être ne cherche-t-il qu’à représenter la dynamique du Monde ? Tout est toujours en mouvement, partout, dans tout le reste, mais seul l’escalier parvient à imprimer une dynamique à un élément aussi statique que l’objet architectural. L’escalier impose son mouvement vertical. Quand on est devant, soit on monte, soit on descend.
Ce sur quoi je réagissais. L’architecture véritable n’est que vibrations, tensions et souffles, par le découpage de ses façades et la scansion de ses volumes. Elle n’est jamais statique. Si l’architecte est le compositeur, le chef d’orchestre de l’architecture c’est la lumière et ses jeux. L’escalier n’est qu’un interprète parmi d’autres, même si Escher dans ses images lui accorde bien souvent, trop souvent peut-être, la place de soliste. Mais l’escalier est un bon outil pour les géométries complexes et les illusions optiques, s’il consent à travailler en collaboration étroite avec la lumière ».
Enfin, « Natura » ! La Nature défunte ne peut plus être honorée qu’au travers d’icônes à fond d’or froissé comme le papier d’emballage d’un cadeau négligemment ouvert et malencontreusement cassé.
Curieusement, Béatrice Helg ne parle jamais de Philosophie, donc pas de Métaphysique, pas de Théologie, et non plus de Science, donc pas de Physique, pas d’Astrophysique. Elle dit simplement que toutes les interprétations sont possibles et donc autorisées.
Moi, quand on me donne carte blanche pour interpréter, j’interprète !
C’était le soir et à la fin de cette visite érudite, je montais au premier balcon de la vieille commanderie des chevaliers de Saint-Jean, l’un des très rares lieux que j’affectionne au cœur de cet ex-joyau de la Provence, Arles. Assis sur une stalle ecclésiale, je portais mon regard par-delà la rambarde de pierre ouvragée surmontée de l’arc majestueux d’une voûte en géométrie « la chaînette » inversée, les murs crénelés ou aboient encore mais silencieusement les vieilles gargouilles aux têtes sauvages qui en ont vu passer des choses, je plongeais mon regard dans le beau ciel de Provence que le soir tombant commençait à peine à rosir. En ce lieu, en cet instant, il eût été bon de se dissoudre.
« Aucune douleur, rien que de la douceur, ou une douleur dissipée dans un lait de tendresse...Et puis cette disparition complète de l’envie d’autre chose, de l’oubli même d’autre chose que cette sensation... »
Juillet 2025
Notes
[1] Lettre à Pythoclès in Diogène Laërce - « Vies et doctrines des philosophes illustres » (Bibliothèque des textes philosophiques - Librairie philosophique J. Vrin - 2020).
[2] Giordano Bruno, « L’infini, l’univers et les mondes ».
[3] Le mot grec « Ekpyrosis » signifie conflagration et/ou embrasement d’où la théorie ekpyrotique.
[4] Claude Regy, « L’état d’incertitude », 2002, in Béatrice Helg, Géométries du silence (Arles - Musée Réattu - 2025).
[5] Extrait de mon poème « Missolonghi » déjà donné dans le texte « Transverbération, tessellation, désacralisation ».
Voir en ligne : https://beatricehelg.com
Toutes les photos du texte et concernant son œuvre sont de Béatrice Helg. Avec l’aimable autorisation de l’artiste à l’auteur.
Image d’ouverture, de gauche à droite : Profondeur I, 2007. © Béatrice Helg.
GÉOMÉTRIES DU SILENCE
Exposition de Béatrice Helg
Arles Les Rencontres de la Photographie 2025
Musée Réattu
Exposition jusqu’au 5 octobre 2025. 10H00 - 18H00. Fermé le lundi.
« Béatrice Helg – Géométries du silence »
Catalogue de l’exposition
Textes de David Campany, Nathalie Herschdorfer and Daniel Rouvier
Editeur Illustria – Librairie des musées, France.









