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Chronique de Longwy au XXIe siècle
Longwy était…
le livre
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La photo est l’art de l’imparfait.
On ne photographie que du passé, et les images que l’on regarde nous parlent d’instants qui ne cessent de s’éloigner du présent.
Ce projet, qui a été initié avec Xavier Pinon et que l’on retrouve dans TK-21 sous le nom de « Longwy 40 ans après », est une recherche photographique et poétique sur la disparition de la mémoire ouvrière.
En 1952, la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) planifie la disparition des mines et aciéries dans le nord et l’est.
En décembre 1978, c’est le début de la fin de la sidérurgie à Longwy. Les promesses politiques de 1981 n’y changeront rien. À partir de 1986, les sites industriels sont rasés.
Les usines de boulons tant espérées ne sont jamais arrivées.
Juste quelques « usines en carton », venues aspirer les subventions européennes avant de disparaître.
N’en reste encore que des friches.
Alors comment alors photographier le vide ?
Cette série fait partie d’un ensemble plus vaste, Les monstres.
C’est une recherche sur le paysage urbain et industriel, ces entre-deux, ces « non lieux », oubliés de l’urbanisme, parking, zone ou friche industrielle rayonnante sous le soleil ou désespérante sous la pluie, centrales nucléaires, usines pétrochimiques… La démarche n’est pas celle de l’urbex, même s’il peut y avoir des croisements, en partie parce que je m’intéresse surtout à une industrie en activité.
Une photographie en plan large
Techniques historiques, calotype, sténopé, photographie argentique, pellicules périmées, pseudo-autochromes, procédés amateurs, alternatifs, parallèles et décalés, images enchâssées, format carré, moyens formats, panoramique, reflex numérique, chambre photographique grand format, autant d’outils que de regards pour multiplier les points de vue.
Si mes images évoquent le passé, elles questionnent le présent, le futur et le temps qui passe. Cela provoque un décalage par rapport au sujet et crée une sorte d’uchronie de la représentation.
Je fais en fait du cyberpunk ! Le temps de la prise de vue, le temps du sujet et le temps imaginé ne sont pas en phase, ils ne se correspondent pas.
Mes calotypes sont « assistés » car aujourd’hui, je les scanne pour travailler la couleur qui apparaît dans les défauts du procédé et de la numérisation. Je peux faire des tirages sur une multitude de supports (bâches, toiles, papier…) et des grands formats impossibles avec la technique traditionnelle par contact. Il y a synthèse de deux mondes.
Mes calotypes sont aussi assistés parce que je considère la photographie comme un ready-made, une forme préexistante qui a besoin d’une petite aide pour devenir une œuvre.
Les fabricants d’appareils nous vendent la perfection sans cesse renouvelée de leurs produits, mais, comme la lessive qui lave de plus en plus blanc depuis 50 ans, ils ne font que renouveler les défauts.
Mon travail se pose de multiples questions sur la pratique, la production et la « consommation » de la photographie.
« LONGWY, était… » de Martial Verdier, ou l’histoire d’une ville que la désertion industrielle a rendue fantomatique. Il est, ici, encore question du passé, mais l’auteur s’en sert pour mieux nous interroger sur ce que nous faisons et ferons du futur…
Participer au livre :
https://www.corridorelephant.com/longwy
Voir en ligne : Souscription




