dimanche 28 octobre 2018

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Locations

Guillaume Dimanche

, Guillaume Dimanche et Laurent Quénéhen

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Fruits de divers séries ou thèmes, l’ensemble des photographies de cette exposition offre un regard en séquence. Elles s’interrogent et se répondent. Elles questionnent sur la réalité de l’histoire, sur la globalisation, sur les différentes attaches qui peuvent se nouer entre chaque sujet.

Guillaume Dimanche travaille la photographie par couches successives, cela s’apparente à la tectonique car il prend des photographies en rafales qu’il superpose les unes sur les autres. Ses images peuvent évoquer certaines œuvres de Francis Bacon qui creusent et étirent le sujet pour en trouver la consistance, le noyau en fusion, c’est une descente dans les profondeurs de l’être. Marcel Proust procédait ainsi dans ses recherches sur les personnalités qui l’entouraient, des strates et des strates, comme dans les analyses freudiennes qui superposent et interprètent dans le présent des sommes d’instants passés.

Les photographies de Guillaume Dimanche ne sont pas linéaires, elles ne racontent pas des histoires dans un temps qui se déroule comme celui de la cinématographie. En ce sens, elles sont peut-être plus proches de la réalité de l’esprit qui superpose des couches de vies à la manière d’un mille-feuille, allant parfois jusqu’au déni de certaines strates.
Il y a dans les photographies de Guillaume Dimanche un mouvement centrifuge qui attire le regard vers le sujet, le centre de la photographie et le noir évanescent qui l’entoure participe de cette aspiration. Mais il y a également un mouvement centripète qui étire l’image et la pousse vers l’extérieure, la fait trembler pour mieux la saisir. L’interprétation poétique du sujet photographié dans ses multiples prises de vues, des centaines ou milliers pour une seule image, ainsi que son étirement formel avec ses lignes et ses effacements de couleurs, permettent d’avoir une subjectivité liée à l’acte pictural, bien plus qu’à l’acte photographique qui est dans le hic et nunc, dans la saisie de l’instant idoine.

Guillaume Dimanche ravive en touches successives l’esprit des choses et des êtres, c’est une forme d’animisme qui pour trouver l’unité, cherche avant tout l’âme des sujets photographiés : « Un souffle immatériel forme l’harmonie ». Lao-Tseu ; Tao-tö-king, XLII - VIe s. av. J.-C.

Guillaume Dimanche works on photography in successive layers, it is similar to tectonics because he shots pictures in bursts and then he superimposes one on each other. His images can evoke some works of Francis Bacon that dig and stretch the subject to find the consistency, the nucleus in fusion, it is a descent into the depths of being. Marcel Proust thus proceeded, in the analyzes, on the personalities who surrounded him, the stratums and stratums, as in the Freudian analyzes which are superimposed and interpreted in the present of the past smugglers.

Guillaume Dimanche’s photographs are not linear, they do not tell stories in a time that unfolds like cinematography. As, they are perhaps closer to the reality of the spirit wich superimpose layers of life in a mille-feuille way, until they shirk.

In Guillaume Dimanche’s photographs there is a centrifugal movement catch the eye to the subject, the center of photography and the evanescent black participate in this aspiration. There is also a centripetal movement wich stretches the image and pushes it outward, makes it tremble to better grasp. The poetic interpretation of the subject photographed in its multiple shots, hundreds or thousands for a single image, as well as its formal stretching with its lines and its erasures of colors, allow to have a subjectivity related to the pictorial act, much more than the photographic act which is in the hic et nunc, in the seizure of the appropriate instant.

Guillaume Dimanche revives the spirit of things and beings in succession, it is a form of animism that seeks unity, looking above all for the soul of photographed subjects : « An intangible breath of harmony ». Lao Tzu ; Tao-tö-king, XLII - 6th century a J.-C.

Laurent Quénéhen

Locations, titre bilingue puisqu’il peut se lire aussi bien en français qu’en anglais, a un double sens. Il incite à pénétrer dans l’intimité du spectateur pour découvrir une entente aux photographies présentées. Il pose une hypothèse de compréhension des photographies, puisqu’elles montrent un monde dans lequel les humains sont coupés de certaines relations les plus élémentaires. Nous dressons des murs, nous transformons des mers en barrages, nous rejetons des membres de notre espèce. Notre communication est fragmentée, dissociée d’une réalité de tissage de liens. Nous avons oublié le passage du temps, l’éphémère de la vie. Indépendamment les uns des autres, les sujets abordés sont des parties de séries indépendantes. Les paysages, les corps, les natures mortes, en juxtaposant ces regards, nous conduisent vers une approche étendue, un tout complexifié. Les sujets sont liés.

Les paysages sont des constructions. L’objet artificiel, qu’il soit l’emblème d’une nation, le symbole de la naissance d’une société, la marque de la capitale française, montre une sculpture, un signe de la puissance de l’homme sur la nature.

Ou bien il s’agit d’une autre marque, une firme, un autre symbole de la purification organisée. Il n’est plus question d’humain, un vieux rêve parfois tenté, mais de nature, de la nature, de l’ensemble de la composition originelle. Une entreprise de raffinage c’est une verdunisation, une épuration, totale. Les portraits seraient ceux de bénéficiaires de cette puissance. Pourtant, ces hommes blancs sont dirigés dans leurs libertés, appauvris par la puissance de la société, surveillés dans leurs actes par la consommation, l’industrie, la sécurité. L’homme noir lutte pour une survie, enchaîné depuis tellement longtemps, meurtri, torturé, soumis, renommé, il ne peut que rêver de partir pour espérer un souffle de liberté. Le corps de la femme lui a été dépossédé. Il ne lui appartient plus. Depuis combien de temps ? Elle est déchirée, enveloppe d’elle-même, sucée, vampirisée par des dogmes établis et contrôlés. Abandonnés sur un radeau, le sang qui coule en eux est pulsé, origine. Les natures mortes sont ce qu’il reste de chacun de nous. Images et vanités.

Guillaume Dimanche

Fruits of various series or themes, the photographs of this exhibition offer a view in sequence. They ask and answer each other. They question the reality of history, globalization, the different connections that can be made between each subject.

LOCATIONS, bilingual title since it can be read in both English and French, has a double meaning. It encourages to penetrate in the intimacy of the spectator
to discover an agreement with the presented photographs. He poses a hypothesis
of understanding the photographs, since they show a world in which humans are cut off from some of the most basic relationships. We build walls, we transform seas into dams, we reject members of our species. Our communication is fragmented, dissociated from a reality of weaving links. We have forgotten the passage
of time, the ephemeral of life. Independently of each other, the topics are parts
of independent series. The landscapes, the bodies, the still lifes, by juxtaposing these glances, lead us towards an extended approach, a complexified whole.
The subjects are linked.

Landscapes are constructions. The artificial object, whether the emblem of a nation, the symbol of the birth of a society, the mark of the French capital, shows a sculpture, a sign of the power of man over nature . Or it is another brand, a firm, another symbol of organized purification. It is no longer a question of human,
an old dream sometimes seeked, but of nature, the whole nature, of the whole and original composition. An enterprise of refining is a sanitization, a purification, total. The portraits would be those of beneficiaries of this power. Yet these white men are led in their freedoms, impoverished by the power of society, watched in their actions by consumption, industry, security. The black man fights for survival, chained for so long, bruised, tortured, submissive, renowned, he can only dream to leave for the hope of a breath of freedom. The body of the woman was dispossessed.
He no longer belongs to her. Since when ? She is torn apart, enveloped by herself, sucked, vampirized by established and controlled dogmas. Abandoned on a raft,
the blood flowing in them is pulsed, origin. The still lifes are what’s left of each one of us. Images and vanities.

Guillaume Dimanche

Exposition à « La ville a des Arts »
du 6-17 novembre 2018
Vernissage le mardi 6 novembre à partir de 18h00
15 rue Hégésippe Moreau - 75018 Paris
Ouverture : lundi - vendredi de 15h00 à 20h00 samedi et dimanche de 13h00 à 19h00
Commissariat : Laurent Quénéhen