dimanche 2 juin 2024

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Biennale de Venise

Laure Molina

trois performances à Venise

, Laure Molina

Laure Molina a présenté trois performances lors du vernissage de la Biennale de Venise 2024, consistant à iriser plusieurs canaux par la libération de pigments naturels et de composés chimiques sans aucun danger pour la biodiversité et l’environnement. L’artiste s’inspire de l’acte du pionnier environnemental Nicolas Garcia Uriburu, qui avait coloré le Grand Canal en vert en 1968.

Pour dénoncer la pollution, Laure Molina multiplie, modernise et revisite l’activisme écologique en posant la question : où en est l’écologie depuis le geste marquant d’Uriburu, et comment percevons-nous son évolution ?

Revendications

Laure Molina est avant tout une artiste engagée luttant contre les guerres, de plus en plus fréquentes dans le monde actuel, mais également pour davantage de rapidité quant aux prises de décisions gouvernementales portant sur l’écologie et le développement durable. De par son origine paternelle (pied-noir espagnol), Laure Molina a également un fort attachement à la défense des minorités au travers de son art. C’est donc tout naturellement que, lors de ses différentes performances artistiques, elle porte un message fort au public vénitien et à tous les internationaux présents pour la Biennale de Venise.
 

« Je supporte leurs guerres depuis des décennies, ils supporteront ma guerre de couleurs en trois actes. La première revendication, c’est le rouge pour toutes les victimes innocentes des guerres, je demande l’arrêt des guerres ! Je suis moi-même fille d’immigrée de guerre, je sais que la blessure se communique entre générations et détruisent cœurs et vies entières. N’est-ce pas là, l’origine du terrorisme ? Cette biennale porte en elle, ces immigrations sur la terre depuis le début de l’histoire humaine ! Stop ! »

« L’orange pour toutes les cultures natives du monde qui ont été conquises trop violemment et qui n’ont pas pu partager leurs clés, je demande qu’elles soient valorisées, surtout celles du Nouveau Monde et de l’Australie, dont certaines informations essentielles devraient être intégrées dans l’éducation des enfants occidentaux ! Le statement sur ce projet est multiple et me semble correspondre à la complexité du monde, que j’identifierai par la couleur du jaune, pour toutes les contradictions en lien à l’environnement. Il y a le traditionnel vert lié à l’écologie, repris par nos chères ONG. Il y a aussi une revendication quant au positionnement de l’artiste et de la culture dans la société, qu’on peut identifier en bleu. Quel serait le violet ? Peut-être l’appropriation et le positionnement du public qui était présent lors de la performance, quant à l’environnement et l’écologie ! Je souhaite que toutes les consciences se transforment et qu’on guérisse les blessures des guerres. Culture de l’irisation, officiel ! »
 

L’irisation de l’eau comme procédé artistique

L’irisation est un phénomène physique, optique et scientifique inspirant l’industrie, l’artisanat et l’art. On évoque l’irisation quand une surface change de couleur, quand il y a effet miroité. L’irisation est la production le plus souvent d’arc-en-ciel apparaissant sur la surface de certains corps. Son étymologie latine est en lien avec le mot « iris », qui signifie arc-en-ciel. L’iris est aussi un composant essentiel de l’œil et confirme le positionnement de l’irisation comme phénomène autant physique que plastique, inscrit à la base de la vision, en quelque sorte responsable de tout ce qui est visuel. L’irisation sous-tend une complexité optique, elle est le résultat d’interactions imbriquées entre la lumière et la structure de la surface à laquelle elle est exposée. Les effets de couleur peuvent varier en fonction de l’angle de vue, de l’éclairage et d’autres facteurs environnementaux, créant ainsi des moments de grande admiration, de splendeur et de beauté éphémère.
 

L’irisation est devenue le dénominateur visuel de tout le travail artistique de Laure Molina, depuis son retour en Europe en 2004, entre l’étape 4 et 9. Il y a dix étapes en tout.
« L’irisation représente en premier lieu un rêve, que je faisais étant enfant. Ce rêve se répétait, et parfois, je l’imaginais. Je quittais le monde matériel et physique et j’évoluais dans des pièces colorées. Ce rêve, je l’ai retrouvé dans les légendes des cultures natives que j’ai pu approcher, comme les Blackfeet en Amérique du Nord, j’ai même retrouvé l’irisation chez les aborigènes. Il a fallu presque quinze années de recherches et de développement d’une vingtaine de séries avant que la culture de l’irisation émerge. Mettre en relation l’irisation avec la culture permettrait d’envisager une identité de même nature, mais qui laisserait l’espace pour varier et évoluer dans son expression, comme les couleurs de la peau qui créent les différentes communautés et cultures qui peuplent la terre. L’irisation pourrait être l’étendard visuel de ce qu’est la Déterritorialisation dont parle Gilles Deleuze. Il l’évoque en donnant l’exemple de la diaspora, des mouvements de la population à travers le monde, des personnes qui emportent avec eux leur culture, leurs langues, leurs traditions dans de nouveaux contextes, comme le mouvement de la longueur d’onde qui, dans le monde physique, donne une couleur, un composant ».

Une prise de risque artistique

Après une première performance artistique le 17 avril 2024 sur le pont Giardini della Biennale, Laure Molina et son principal partenaire, ont été interpellés lors de la dernière représentation par les forces de police locales aux alentours du pont dell’Accademia après avoir libéré les différents flux de couleurs dans le Grand Canal de Venise. Une arrestation sans aucune conséquence judiciaire puisque l’artiste détenait avec elle un registre complet des différents pigments et composés chimiques utilisés, justifiant ainsi d’une totale inoffensivité environnementale. Il est également important de souligner que Venise est une terre historique de prise de risques artistiques et de revendications environnementales En effet outre le facteur du contexte de la biennale idéale pour exposer son œuvre, l’artiste a également choisi Venise, car la cité des Doges est en proie à de fréquentes montées des eaux, conséquence directe du réchauffement climatique et d’un tourisme de masse venu par paquebot.
 

Retrouvez l’intégralité des visuels et des vidéos des performances via les liens suivants :
Acte 1 - 17 avril 14h, pont du jardin de la biennale – version intégrale https://youtu.be/h1MZ6MeR4T8
Acte 1 - Version courte https://youtu.be/LrSY6Fj5u2Y?si=CJMWYFpR3vipb9mJ
Acte 2 - 19 avril 15h – Pont du Grand Canal - https://youtu.be/mgXYYcQ3VLM
Acte 3 – entre le 15 et 19 avril - Arsenal https://youtu.be/U3QfpdlE71k