lundi 29 septembre 2025

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La Volpina

Kourtney Roy

, Jean-Paul Gavard-Perret

« La Volpina » est une nouvelle exposition de Kourtney Roy réalisée suite à sa dernière résidence artistique à Naples, à la Spot Home Gallery. L’artiste poursuit son exploration de l’autoportrait mis en scène dans cette série inédite où elle plonge au cœur des marges urbaines.

Fidèle à son langage visuel, elle convoque dans « La Volpina » l’imaginaire cinématographique italien tel que « Reality » et « Dogman » de Matteo Garrone, « Mamma Roma » de Pasolini, « Amarcord » ou « Roma » de Fellini, entre néoréalisme et comédies populaires. Kourtney Roy extrait une matière visuelle à la fois fantasque et mélancolique. Loin de tout pittoresque touristique, elle capture une Naples en creux.

La cité, à l’image des personnages de la créatrice, devient ici exubérante et secrète à travers ses interstices de la ville, ses zones d’ombre, ses espaces liminaux. La photographe détourne les clichés et les emblèmes figés là où le personnage La Volpina du « Amarcord » de Fellini prête titre à cette exposition. À travers surgissent des figures féminines dures, drôles, flamboyantes, sévères, mais douces, revêtues de vêtements criards qui deviennent des véhicules d’identités bruyantes et baroques.

Ce travail napolitain prolonge la mythologie personnelle que Kourtney Roy construit depuis plusieurs années. Son univers demeure un monde hors du temps, plein de faux-semblants et de glamour déchu. Cette nouvelle série pousse plus loin les deux séries précédentes : « Trashissima » et « Last Paradise » (Prix Swiss Life en 2024). Ici dans ce voyage en Italie, où le dépaysement est autant intérieur que géographique. Ce récit fragmenté, poétique et ironique interroge bien plus que l’imagerie italienne : les mécanismes de la représentation de soi.

Toute une mémoire, réelle ou imaginaire, est engagée là où se lient l’anecdote secondaire quoique capitale et l’intimité de l’artiste. Elle reste souvent le personnage clé de scènes aussi banales qu’étranges et perturbantes. S’appuyant sur « les caprices du hasard », l’artiste crée tout un jeu grave, mais ludique dans ce qui demeure sans prises pour le regardeur. Tout demeure donc ouvert entre la réalité et le fantastique.

Ici, l’héroïne semble coupée du monde, en sa solitude. Elle rêve sans doute de vivre comme le reste d’une peuplade perdue dans le temps lui-même. Plus encore : au sein de l’espace, chaque personnage est désemparé. On ne sait si la traque ou la fuite tient à une histoire policière ou une histoire d’amour. Mais en un tel filtre contre la réceptivité organisée, l’hospitalité sociale n’est pas forcément de mise. Tant s’en faut.

« La Volpina », Kourtney Roy
Exposition du 6 novembre au 20 décembre 2025,
galerie Les filles du calvaire, Paris.