samedi 30 mai 2026

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L’outre voir

Cécilia Jauniau

, Jean-Paul Gavard-Perret

Cécilia Jauniau s’attache à des individus, à des personnalités. Elle a étudié la peinture et les arts plastiques à l’Université Paris 8 puis au Queen’s College de New York. Elle y a découvert la photographie et plus particulièrement le portrait et le nu féminin. Pour autant elle n’est pas à proprement parler féministe.

Au début se sa carrière, s’appuyant sur des images chinées, Cécilia Jauniau recherchait des visages durs et sévères afin d’y discerner les femmes qui se cachaient derrière. Leur retenue avait trait à leur histoire personnelle et familiale. Ces femmes étaient montrées corsetées mais - et conséquence - tout autant déshabillées. Il s’agissait de désenclaver celles qui étaient prisonnières de l’enfer de leur propre représentation. « Les libérer passe par le désir, l’envie de suivre leur instinct. Elles sont prises en tenaille par la société et les convenances, j’ai envie de les débrider » écrivait l’artiste. Le nu lui a ouvert un nouveau champ. Il libère moins l’image qu’une « parole » murmurée ou muette. Le corps y reprend ce qui lui a été confisqué. Il peut assumer ses désirs. En ce sens Cécilia Jauniau reste passionnée par les corps morcelés de Bellmer, le fétichisme de Molinier, la puissance figurale de Nan Goldin et la crudité d’un Saudek et ses corps de femmes abandonnés, crus, dégoulinants, façonnés, pervers. « Ce sont des démonstrations presque monstrueuses » proclame l’artiste. Elle a découvert là le grand chemin de sa recherche. Ne choisissant jamais des modèles professionnels, elle trouve ses femmes par annonces puis elles discutent longuement. Comme l’écrit l’artiste, « elles relèvent un défi la plupart du temps. Leur démarche est liée à leur histoire personnelle. Ce passage à l’acte, cette mise à nu est quasi thérapeutique. Elles ressentent le besoin de s’affirmer pour maintes et maintes raisons, comme une rupture familiale, une culture trop oppressante. Leur geste va contre leur éducation où les brimades qu’elles ont pu subir ».
 
Dans « Place Dauphine », Cécilia Jauniau garde l’art de pratiquer des raisons subliminales. Ses photos influencent la vision des voyeurs (et voyeuses) voire leurs songes naissants dans ses jeux non du hasard mais du réel (parfois légèrement caviardé). À sa manière elle réinvente un chant de Maldoror là où la pensée d’autrui veut s’infiltrer dans son sexe ouvert ou « épinglé ». La photographe par ses propres mises en scène, collages et sensations, découvre là où généralement reste du manque d’être son intimité. Existe là forcément un chapelet de désirs parfois agrafés dans un impensable dont il faut aimer le rêve de l’impudeur et de sa « fatale » beauté. Il s’agit toujours de regarder le sexe en face dont son honneur peut être parfois ouvert entre deux chaises. Il n’existe pas pour lui de mauvais profil. Celui-ci est toujours bon dans son long sillage. Et nous faisons bien des culbutes à travers ce miroir qui ne joue que très rarement avec son ombre. Et quoique marqué, le rose ne subit jamais d’ecchymoses. Nous sommes pleins de cette vision où certains ou certaines pensent que leur cerveau prend l’eau. Et ce sexe parfois aussi. C’est un origami crocheté ou qui s’envole. Pour Cecilia Jauniau son sexe est plus que sa dauphine, sa muse et ranime nos flammes qui débordent de sa propre salive du fond de sa galerie. Tout reste fascinant, non sans humour discret, vériste. C’est l’éloge du secret. Éric le souligne.

Cécilia Jauniau et Eric, « Place Dauphine », non paginé, à commander à La Musardine (Paris) ou sur son facebook et Instagram.