lundi 5 mai 2025

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Smaris Elaphus

L’armée de l’art

, Pier Paolo Patti

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Recourant avec une grande aisance à différents supports, des plus traditionnels à ceux liés à la reproductibilité technique et à la nouvelle productibilité numérique, pratiquant souvent une habile interpénétration entre eux, Pier Paolo Patti déploie un discours riche en sollicitations et en niveaux de lecture, en procédant constamment à l’attaque des traumatismes de l’actualité et de ses facettes, à commencer par ceux liés à la relation entre réalité et représentation.

Face à un monde aux coordonnées de plus en plus floues et incertaines, où toute critique semble faire des ravages ces derniers temps, l’artiste — comme le critique baudelairien — prend position. Il ne dédaigne pas son discours politique, mais le fait en essayant d’ouvrir les horizons de sens les plus larges possibles, car la politique qui tend vers le bien et l’égalité n’a pas peur des conflits et des différences, des contradictions et des échecs.

Les œuvres de Patti ont donc la dimension d’un voyage dans le temps qui a toujours devant lui, toutefois, l’urgence du présent. Toute une série de références à nos racines, celles judéo-chrétiennes, mais aussi, plus tard, celles encore plus anciennes et plus profondes qui rassemblent les peuples de la Méditerranée et du Moyen-Orient — malgré les conflits apparemment irréconciliables dont nous sommes particulièrement conscients aujourd’hui — arrivent en effet à éclairer l’aujourd’hui et son (in)sensibilité.

Si, d’une part, l’excavation dans l’histoire — qui n’est cependant pas une histoire morte et enterrée, mais plutôt une histoire qui, bien que déplacée, dégénérée, renversée, continue à vivre parmi nous — éclaire les fils diachroniques et synchroniques des tragédies d’aujourd’hui ; d’autre part, la vision claire du chemin parcouru au cours des siècles — à travers des erreurs et des discontinuités inévitables, consubstantielles à la nature humaine et aux processus historiques — révèle une lueur d’espoir dans la perspective que certaines blessures seront un jour, sinon guéries, du moins apaisées.

À ce propos, c’est la récente production de l’artiste qui est emblématique : en net désaccord avec ceux qui considèrent les différentes cultures, et en particulier les religions, comme les causes premières des guerres, Patti démontre que c’est précisément la méconnaissance de la culture de l’autre — et souvent de la même culture à laquelle on se réfère — qui est l’obstacle, car, au moment où elles se dévoilent dans leur nature problématique, il est également possible, sous réserve du désir de paix, de trouver dans les traditions, même si elles ne se recoupent pas, des traits communs — peut-être tels parce qu’ils ont perduré il y a de nombreux siècles, avant que le même arbre ne se ramifie en de multiples ramifications — sur lesquels fonder une fraternité renouvelée.

Traduction Stefano Taccone