lundi 27 novembre 2017

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Quand l’image fixe l’instant, la lumière et la matière sont déjà ailleurs et c’est cet « ailleurs » qui donne la vitalité d’instant au réel. Si le réel disparaît, si le sujet n’est plus, le rapport que l’on entretient avec lui est éternel. »

Achill Island — Isabelle Gressier

Série réalisée au Heinrich Böll Cottage
Achill Island. Co Mayo. Irland, en résidence du 27 décembre 2014 au 10 janvier 2015

Derrière la maison à Achill Island, en pleine étendue de désert humide, la tourbe s’est transformée en tableaux de nature morte, en couches superposées de mémoire, en temps stratifiés, gravés dans le sol. Comme pour marquer les superpositions de nos passés et de nos apparitions dans ce temps qui file, poussé par le vent qui mélange tout. À l’intérieur le déclencheur souple m’arrimait à l’appareil photo, dehors les lignes s’accrochaient aux paysages. Je suivais les lignes. J’essayai de comprendre le sens, mon sens.

Le jour, je marchais dans le vent ; dedans le temps s’écoulait, je cherchais. J’ai trouvé un sens, celui du non-sens, de la colère, le soir du 7 janvier, soir de l‘attentat de Charlie Hebdo. J’étais loin de tous, perdue sur cette île et mon corps était seul pour combattre cette fracture dans le temps. J’ai pris mon bâton pour combattre l’accident, celui qui coupe la vie, qui nous atteint sans aucune mesure. Fracture dans ce que l’on croit être universel, dans ce que l’on croit faire lien entre nous-même et les autres. Les photographies ne parlent pas, elles essaient de nous faire parler. L’imaginaire se met à fricoter avec le réel et nous meurtrit.

« Disparitions » — Kim lan Nugyen Thi

Résidence Anis Gras, le lieu de l’autre (Arceuil), 2016.

https://www.youtube.com/watch?v=iMdv5-CWSSY

installation disparitions (c)KimlanNguyênthi
www.youtube.com

Texte de la video :

« Le 7 Mai 2015,
à 12 heure et 10min,
mon père nous a quitté de mort subite.
Nous étions au printemps.
le 13 mai,
une cérémonie organisée au crematorium du val de bièvre rassembla environs 200 personnes,
une photographie, portrait de mon père, Tâm, fut distribuée a chacun des invités.
La même.
Pour tous.
3 jours plus tard,
ma mère et moi sommes retournées au crematorium,
chercher les cendres de mon père.
Le poids de l’urne était de 3 kilos et 800 grammes.
Soit 53 kilos et 400 grammes de moins que ce que pesait le corps de mon père au moment de sa mort.
Je m’interroge depuis sur ce poids disparu.
Cette installation, j’aurais pu l’appeler pèse-personne. »

#LAPS — Hélène Langlois

« J’aime observer la lumière, c’est une question qui convoque l’essence même de la photographie. Il s’agit alors d’observer ce qui se trame au quotidien, lorsque cette lumière révèle, cache, ou englobe le sujet, en prolongeant le regard au-delà du neutre dans un laps de temps très précis. Ce laps de temps laisse alors s’échapper des brillances ou des détails lumineux que je tente de capturer, un peu comme les pies, qui chipent des objets pour les ramener dans leur nid.

Quand l’image fixe l’instant, la lumière et la matière sont déjà ailleurs et c’est cet « ailleurs » qui donne la vitalité d’instant au réel. Si le réel disparaît, si le sujet n’est plus, le rapport que l’on entretien avec lui est éternel. »

Partant du constat que la représentation des femmes artistes reste trop limitée et que cette représentation est à la hauteur de la place qui leur est réservée dans la société en général, l’association a vu le jour en 2016. Basée sur la mutualisation d’outils de diffusion dédiés à la photographie contemporaine, FemmesPHOTOgraphes a pour but de favoriser la représentation de travaux photographiques produits par les femmes. Leur engagement se veut empreint d’altérité et d’intersubjectivité.