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Faire Front
images d’un imaginaire de la résistance
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Au moment où le monde s’enfonce dans des guerres plus ou moins larvées, les valeurs humanistes essentielles sont mises à mal, il faut faire front, il faut résister.
Woke devient une insulte ! Alors que la prise de conscience est indispensable.
Sans qu’ils soient forcément directement impliqués dans la problématique, un certain nombre d’artistes travaillent sur une vision de la nature et la place de l’homme.
Faire front c’est résister, à l’adversité, à l’oppresseur, à la bêtise ambiante, à la communication/propagande…
Faire front c’est montrer l’incurie, mettre en avant les micros résistances, ne pas être passif, créer, bouger et ne pas faire frontière, mais les rendre poreuses.
Faire front, comme le front des arbres d’une forêt qu’ils gardent tel un mur de soldat de la nature.
« […] Il y a une affinité fondamentale entre l’œuvre d’art et l’acte de résistance. Malraux dit une chose très simple sur l’art : " C’est la seule chose qui résiste à la mort ". Alors on pourrait dire, oui, l’art c’est ce qui résiste.[…] » Gilles Deleuze [1].
Cinq photographes font front.
Francesca Dal Chele
Même si j’aime parfois faire un pas de côté dans ma relation à la photographie, je me considère surtout photographe documentaire critique. D’où vient ce bruit à l’horizon ? est le troisième volet de ma trilogie interrogeant les dégâts sociaux et environnementaux dans la Turquie du capitalisme globalisé. Ici, il s’agit de la gentrification de Tarlabaşı, quartier déchu au cœur de l’Istanbul historique en proie à un projet de « régénération » urbaine.
Christophe Galatry
De la hauteur d’une frondaison naît un front ? À sa largeur qui fait se confondre une densité et une limite des bords de la photographie.
Une confrontation de la coupure.
L’image n’est pas de bois, elle peut signifier, et je marche à travers ces arbres qui donnent sens à ma présence en tant qu’humain les photographiant.
Le regard porté sur ceux-ci est un révélateur de notre propre humanité altérée. Leur représentation fait acte.
Arbres et végétations denses dans leur frontalité viennent à moi tel un mur.
Forme de résistance ultime à l’abattage. Les arbres peuvent tomber, l’image doit rester, frapper et réarmer l’esprit de « nature » sensible qui nous englobe.
Katell Paillard
À la recherche de chimères, d’objets énigmatiques, de rencontres étonnantes qui surgissent de l’ombre et des clairs-obscurs, je photographie le plus souvent lors de longues marches nocturnes en solitaire. La vision est souvent déjà capturée et il me faut parfois quelques secondes pour me rendre compte de ce que j’ai réellement devant les yeux.
J’ai réalisé cette série en étant emportée par des sentiments contradictoires. Pourquoi sortir la nuit pendant des heures ? Est-ce le goût du risque ? Celui de la peur ou encore du hasard ? Qu’est-ce qui me hante ? Pourquoi ce besoin de solitude infinie ? La nuit, la vie est en suspens, les sens sont en éveil. J’ai le sentiment de disparaître dans la nuit et de plonger au plus profond de moi-même, d’être parfois absorbée par le néant.
Je photographie sans forcément d’idées préconçues. Dans ce travail commencé en 2021, j’ai découvert que ces photographies font écho à ma solitude face à mes angoisses et la peur du vide. Peu à peu, je me suis rendu compte que mes états intérieurs semblent être retranscrits au travers du prisme photographique.
Sophie Patry
« Sophie Patry propose une photographie poétique, allusive et rêvée, lointaine et fragile, d’allure fantastique ou fantasmée, et d’extrême présence. Elle fouille à vif les mystères du visible. »
Christian Noorbergen, critique d’art et conférencier
Mon travail photographique s’inscrit dans un territoire incertain : le flou. À la prise de vue la perte de netteté devient un langage sensible, espace de respiration et de poésie. Le flou ouvre des images qui suggèrent plus qu’elles ne montrent, laissant affleurer une perception fragile, mouvante, proche de la mémoire, du rêve ou de l’oubli.
Dans ces zones instables, la photographie ne cherche plus à saisir le réel, mais à l’approcher, à en éprouver la vibration. Elle interroge la frontière entre apparition et effacement.
Olivier Perrot
Deux ans de manifestations 2023-2025
Dire NON
Plus de 493 photographies couleur (9 x 13 cm)
Les images donnent à voir des slogans, des invectives, des suppliques, des mots, des phrases, des jeux de mots, des rimes, des insultes, des métaphores… qui se juxtaposent pour former une nébuleuse de manifestations verbales du refus. Un refus collectif qui s’exprime dans la rue. Tous ensemble.
Le parti pris est de ne pas montrer les visages mais seulement les mots, ceux qui circulent de mains en mains sur des cartons portés à bout de bras. Mises bout à bout, les images constituent une fresque de papier qui raconte une histoire ; celle des 13 journées de manifestations de l’année 2023 contre la réforme des retraites. 13 journées pour dire et redire son opposition. Le dire avec humour (cette politesse du désespoir) ou détermination. Le dire pour s’élever contre la violence et l’injustice d’un choix politique présenté comme raisonnable. Faire front, ce n’est pas seulement s’opposer. C’est tenir ensemble. Et, dans le tumulte, ouvrir une brèche.
Martial Verdier
Des arbres de haute futaie font front devant un essart. Image de la résistance.
Sur leur colline, il dominaient la route, je passais devant eux plusieurs jours et leur image s’est inscrite doucement dans mon esprit, jusqu’à ce que la photographie s’impose comme une évidence. C’est une métaphore de notre état, se tenir droit devant ceux que l’on a couché. Derrière eux la forêt les soutient et ils la protège.
Ou bien traverser à guet pour changer de pays, se perdre ensuite dans les arbres dans la lumière du couchant.
Résister c’est aussi être solidaires et unis.
Les évènement pendant l’exposition :
Rencontre avec les artistes jeudi 19 février, de 19 h 30 à 21 h 30
Signature des livres de Franscesca Dal Chele, Katell Paillard et d’Olivier Perrot. mardi 10 mars 19 h 30 à 21 h 30
Jeudi 12 mars 2026 de 19 h à 22 h. Jean-Jacques Sarfati, philosophe, « Faire front, favorise le lien, ou au contraire brise le lien ? »
Lundi 9 mars lecture de portfolios par Alain Bernardini (renseignements : https://immixgalerie.fr/lecture-portfolios/)
Notes
[1] DELEUZE_Qu’est-ce que l’acte de création, Extrait de la conférence « Qu’est-ce que l’acte de création ? » donnée dans le cadre des Mardis de la fondation Femis, 17 mai 1987







