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Extimité
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Ryan Trecartin et Lizzie Fitch sont tous deux nés entre un four à micro-ondes et un micro-ordinateur, en plein milieu de l’ère des micros si on peut dire, la « société de jouets » dénoncée par le dramaturge Edward Bond, mais si « nos jouets se moquent de nous, s’ils rient de nous, s’ils nous déshumanisent », eux, Trecartin et Fitch, ils n’ont de cesse de s’amuser avec, les jouets, et aussi les humains et les transhumains.
La société de consommation, sous la forme d’une cagette de légumes ou d’autres choses plus conséquentes, peut-elle être orgasmique ?
NON !
Edward Bond [1] l’a énoncé fermement : « La société de consommation est une couronne posée sur nos sépultures futures. »
Il faut en permanence garder ceci à l’esprit !
Ryan Trecartin et Lizzie Fitch sont tous deux nés entre un four à micro-ondes et un micro-ordinateur, en plein milieu de l’ère des micros si on peut dire, la « société de jouets » dénoncée par le dramaturge Edward Bond, mais si « nos jouets se moquent de nous, s’ils rient de nous, s’ils nous déshumanisent », eux, Trecartin et Fitch, ils n’ont de cesse de s’amuser avec, les jouets, et aussi les humains et les transhumains.
En première approche rien n’a vraiment de sens, les images, les discours, le tout à profusion mais mélangé, à toute vitesse, des flots continus, débordements logorrhéiques, excessifs, de sales gosses des pays riches, mômes de la « classe moyenne », pas supérieure, jeunesse assez dorée et pas du tout désenchantée...en apparence. « Fuck ! », l’un des très rares mots qui soient compréhensibles mais « Fuck ! » c’est aussi tous les Etats-Unis, leur essence même, et « Fuck you ! » c’est la déclaration d’amour des Etats-Unis au Monde. Pour le coup ce pourrait être aussi ce qui nous vient tout naturellement à l’esprit et à la bouche devant ce que nous donnent à voir et à entendre Trecartin et Fitch, « Fuck ! ». Aucune réalité montrée, même si l’on peut parler de « Reality Show » à certains moments, dans l’inspiration, mais pas de fiction non plus qui supposerait une narration à peu près linéaire, en fait pas de narration du tout. Juste Trecartin et Fitch, et leurs copains et leurs copines, qui se pressent, qui se bousculent, devant la caméra ou tout ce qui peut prendre des images, juste pour se montrer, pour se faire voir, faisant des mines et prenant des poses, pour occuper l’écran, juste un moment. Extimité ! Warhol, il l’avait bien prédit dit-on : « In the future, everyone will be world-famous for fifteen minutes », à l’avenir chacun aura sa renommée mondiale durant quinze minutes.
C’est là tout l’objectif…Enfin, pas uniquement. Là-dedans, il y a plein de relents de Pop Art, de Pop tout court, de Dada, de Fluxus, de presque actionnisme aussi, de télé-réalité états-unienne, mais surtout ça renvoie aux vidéos pas artistiques du tout que les trois-quarts du Monde postent sur le Web jusqu’à plus soif, nouvelle humanité de « vloggers » [2]. C’est d’un kitch baroqueux mélangé à un minimalisme de supérette, le témoignage d’un goût plus que douteux, celui d’une middle-class gavée de consommation, qui se veut branchée et totalement déjantée, de vieux ados androgynes qui s’enthousiasment de se découvrir une puberté bizarre et pas mal de fric en poche, de quoi satisfaire leurs caprices, pas tous mais beaucoup. Saturation totale de l’espace physique et sonore. Le premier choc passé, on comprend parfaitement que c’est totalement antisystème, politiquement, socialement et sexuellement incorrecte, une réponse proportionnée et tout à fait possible à cette époque insupportablement vulgaire et indécente et surtout à ce tas de beaufs puritains dégorgeant la « Budweiser ». C’est absolument réjouissant, complètement jubilatoire !
Le décor le plus fréquemment utilisé est une sorte d’hybride de loft, de garage, de supermarché et de studio-télé, encombré d’électronique, de matériel de fitness, de mobilier Ikéa, en un mot d’un ramassis de choses pas bien belles, une accumulation de ready-mades consuméristes d’inspiration vaguement duchampienne. Au milieu de tout cela circulent et se trémoussent des types en salopette et au crâne rasé, ou à la chevelure multicolore, des blacks avec des perruques blondes, des folles intégrales en casquette et au visage peinturluré, tandis qu’une armée de nanas en short kaki se prélasse sur des balancelles de jardin ou des lits à gros édredons aux couleurs criardes et couverts de coussins, et que d’autres, filles et garçons, ont pris pour sièges un alignement incongru de cuvettes de WC, référence à Duchamp encore, et même à un moment il y en a un qui exhibe l’image photocopiée de Fountain, la fameuse pissotière avec la signature « R. Mutt ».
C’est tout de même bizarre cette manie de coller du Duchamp partout ! On ne leur apprend que cela dans les écoles d’art ? Non ! Ils doivent aussi réciter par cœur Benjamin. « Fuck ! ». Bon ! Tout ce petit monde fait vraiment beaucoup de bruit, en jacassant continuellement avec des voix stridentes comme des personnages de dessin animé sur un fond de musique hybride, riffs de guitares électriques totalement défoncés, techno, hard-rock, variétés états-uniennes pour midinettes de couleur, le tout ponctué de sonneries de téléphones portables et de sirènes de flics, et tout ceci peut être soumis à de terribles accélérations, surtout les faux dialogues des gens, cadences infernales du verbe, au point qu’un états-uniens moyen, garçon de ferme du Midwest aussi bien que beugleur de Dixie, bidouilleur de la Silicon aussi bien que garçon de course à Wall-Street, peut-être totalement désorienté. Donc si on n’y comprend pas grand-chose, en dehors des « Fuck ! » et des « Sexy Pictures ! », il ne faut pas désespérer, un états-unien n’en comprend pas beaucoup plus. Les linguistes nous ont enseigné que le langage s’organisait selon deux axes, syntagmatique et paradigmatique. Avec Trecartin les deux axes entrent en collision constante, télescopage permanent, c’est-à-dire, en gros, qu’il se fout complètement de l’accrochage des mots les uns aux autres et qu’il les vide de leur sens jusqu’à l’absurde, un mot pouvant sans problème en remplacer un autre, mais tout ce fatras constitue quand même une sacrée musique qui contribue au rythme effréné des vidéos. Et on ne cesse de glisser sur les merdes laissées dans tous les coins du Monde par l’ultralibéralisme, « Success Story », « Market », « Money », « Enhancement », stimulateur de tous les fantasmes pour la bourgeoisie cosmopolite et acculturée, friction continuelle entre son corps et son imaginaire fictionnel. Et il y a aussi plein de slogans qui apparaissent à toute vitesse sur l’écran, pubs pour boissons énergisantes, déclarations programmatiques ou politiques, imploration de l’amour des autres et aveu de son angoisse existentielle, « Why do they hate me ? », bouts de messages SMS, on ne sait vraiment pas car tout cela va trop vite, intentionnellement.
On pourrait parler de « néo-beckettisme », le Beckett du « Pas moi », dans ce caquetage frénétique des nanas en soutifs de plage, et qui portent de grosses oreillettes en peluche rose, seulement déchiré par leurs éclats de rire tonitruants. Toute cette cacophonie de poulailler ne serait-elle alors que du « beckettage » ? Pourtant, Trecartin et Fitch, avec ces voix transformées, suraigües, sur fond de synthétiseur, avec cette nervosité qui semble sans cause ni objet autres que ceux de se montrer, s’imposer, balayent tout un tas de sujets fondamentaux pour leur génération tels la globalisation, le consumérisme frénétique, la famille et ses psychopathologies, voire ses franches psychopathies, la pénétration et la métastatisation des technologies de communication dans la société, « I want your fucking e-mail ! », l’identité, la culture de la performativité, et puis des questions tout à fait intemporelles, par exemple qu’est-ce que l’Art ? qu’est-ce-que la Beauté ? et bien d’autres sujets et questions encore. Donc, sous une apparente futilité, un infantilisme généré et entretenu par la « société de jouets », l’extimité agressive, le potachisme cannibale, il y a pas mal de matière à penser chez Trecartin et Fitch, comme un gros puzzle de l’esprit à démolir et à reconstruire. C’est absolument réjouissant, complètement jubilatoire !
Pour ce qui est de la démolition les copains et copines de Trecartin et Fitch, et Trecartin lui-même, s’en donnent à cœur-joie. Dans l’une des vidéos, ça commence par la casse du pare-brise d’une voiture à coup de skate-board, puis à la masse pour finir, tandis que des types font des sauts périlleux arrière sur le capot, puis s’empoignent et se donnent des coups de boules sous le regard admiratif de filles maquillées jusqu’au nombril qui portent des tee-shirts avec « Witness » écrit dessus et qui sirotent des boissons indéterminées dans des grands gobelets en plastique rouge. En général les tee-shirts et les hauts de survêts à capuche sont arborés comme des banderoles de manif, « Waste », le gaspillage programmatique, « Money », il leur en faut pas mal, l’inévitable « Fuck you », « London, Paris, New-York, Athen etc… » pour la globalisation, et plein d’autres idioties du même tonneau qui valent bien notre « Fly Emirates » porté par des mecs qui ne sont peut-être jamais allés plus loin que la Bretagne, et encore ! Dans la même vidéo, ou dans une autre, des gars slaloment sur une planche, ou en rollers, entre des parpaings qu’ils éclatent en tirant dessus au pistolet.
Pendant ce temps, tout le monde tripote des portables, avale des quantités de gélules de vitamines, et chacun y va de son discours déstructuré et échevelé en se faisant prendre en gros plan, visages recouverts de peinture et lunettes de soleil toujours posées sur le haut du crâne, par des smartphones ou des mini caméras-vidéos. Ainsi, ils grappillent quelques minutes de « World-famous » sur le web. Il y a des moments de totale colère, ou de complet défoulement, où tout le mobilier Ikéa y passe. Des appartements sont entièrement dévastés. Les lampadaires servent alors de punching-ball, des rangées de verres et d’assiettes s’écrasent en cascade sur le sol, les chaises volent à travers les pièces, les sommiers des lits sont démantelés à coups de masse, jusqu’aux cloisons de placoplâtre qui sont broyés, pulvérisées à coups de poings, de pieds ou de batte de baseball, un déchaînement de violence incroyable, enfièvrement de jeunesses nombrilistes et hystériques, d’androgynes et de travestis délirants, mais toujours dans l’optique de remplir l’espace virtuel, celui du Net in fine, de sa présence au monde et de sa personne singulière.
Il y a beaucoup de transes et de « trans » chez Trecartin et Fitch, transgenre, transidentité, transracial, transhumanité, transdisciplinarité artistique. Chaque acteur incarne plusieurs personnages, tout un éventail d’identités outrées, fille, garçon, ou entre les deux, de véritables freaks parfois, les yeux presque exorbités par des lentilles de couleurs sous de très longs faux-cils, et l’un des avatars privilégiés de Trecartin est un transsexuel qui arbore deux cicatrices à l’emplacement des seins. La sexualité est évidemment un thème important mais ici elle est surtout verbale, et quand il y a acte c’est tout au plus un simulacre rapide car les Etats-Unis se montrent bigotement pointilleux sur la manière d’aborder la question. Souvent la chose se cantonne à un long baiser ce qui est très fleur bleue compte-tenu du style et du contexte. Il y a bien une fille, une vraie et jolie, visiblement apeurée, ou simplement hébétée, que tous les autres, armés de gros marqueurs, couvrent intégralement d’épais traits noirs jusqu’à pratiquement la mettre à poil, mais c’est presque un enfantillage à l’instar des batailles épisodiques au plâtre, à la mousse ou au ketchup. Une très grosse femme roule du ventre telle une danseuse d’Istanbul, tandis qu’un type énorme et barbu comme un camionneur montre son cul en se tortillant telle une stripteaseuse de saloon. Les gens ne sont pas tous très beaux, certains le sont mais pas tous, chez Trecartin et Fitch.
Donc « Sexy Pictures », un peu mijaurées, désuètes parfois, mais de nature à provoquer quand même l’Amérique bien-pensante. Énormément de matériel est utilisé, le plus souvent de façon incongrue, casques et boucliers de flics anti-émeutes, canots pneumatiques, raquettes de tennis, rouleaux de papier hygiénique que l’on déroule complètement, gants de boxe, plein de meubles que l’on escalade, perceuses, ventilateurs, déchiqueteuses à papier, boîtes de congélation et méga-bouteilles d’eau, des animaux en peluche partout, et à un moment il y a même un cheval bien réel et tout à fait paisible que tous ceux qui sont présents viennent caresser ou tirer par les oreilles et la queue. Liberté d’acheter et de gaspiller effrontément revendiquée qui est partie intégrante de l’imaginaire fictionnel de la classe moyenne états-unienne contemporaine, avec celle illusoire nourrie par la surmultiplication des médias. On pourrait peut-être parler de néo-punk, de culture punk d’un nouveau genre, beaucoup plus propette que celle des « Sex Pistols » tout de même, nouvelle trace de rouge à lèvres que Greil Marcus devrait intégrer dans son histoire de la subversion artistique [3].
La présence récurrente de l’eau, eau des baignoires, eau des piscines, eau des océans au soleil levant, constitue un possible retour du refoulé, de désirs que l’on ne voudrait en aucun cas s’avouer, et surtout qu’il faut à tout prix cacher aux autres, regret de la pureté originelle par exemple, de l’anonymat sécurisant malgré tout, « It’s very hard to be transparent », transparence de l’eau et de la personne, et que l’on tente de dissimuler encore par des activités ludiques, car dans l’eau, toujours le liquide amniotique, il se trouve qu’on joue beaucoup. On y jette des tas d’objets en plastique, gonflables ou non, on y plonge au milieu des dauphins, les États-uniens adorent les dauphins, à la télé et dans les parcs d’attraction c’est bien connu, et on y organise des batailles d’oranges qu’on se balance gaiement, bizarrement. Retour au paradis perdu de l’enfance, à l’innocence primordiale si chère à ce grand rousseauiste d’Edward Bond (1). L’avant-naissance peut être hyperactive aussi et dans le ventre à géométrie variable d’une mère en devenir, dans le liquide amniotique, il se passe des choses vraiment étranges et bouillonnantes, coups de pieds et de coudes pour au plus vite paraître au Monde, désir frénétique de « créer le buzz » dès ses premières minutes, « Present yourself ! », une vraie politesse en fait.
Mais l’adolescence fragile est déjà rongée par la société de consommation et le narcissisme, et les très jeunes filles de l’entourage de Trecartin et de Fitch ne sont que des Lolitas destructrices, éperdument amoureuses de leurs images, et noyées dans des torrents de consommation. Dans toute cette superficialité et artificialité, la nature et tous ses végétaux ne peuvent apparaître qu’en posters ou en tableaux, domestiqués dans des pots minuscules pour orner des bouts de tables ou de bureau, cactus nains et plantes grasses, arbres en plastique dans des pots plus grands en plein milieu des « malls », ou imprimée sur les couettes et les couvre-lits ouvertement ringards. En définitive, ce qui est donné à voir ici c’est un certain état de la société postindustrielle, son côté décadent, chez une frange de la population états-unienne, la jeunesse urbaine friquée mais pas trop.
Ils en étaient encore à s’éclater les points noirs sur les divans des surprises-parties, lorsque Ryan Trecartin et Lizzie Fitch se sont trouvés pris dans un second filet technologique, celui de la numérisation et de la synthèse de l’image. Au premier regard on a une impression d’un quasi amateurisme, d’un style bricolé un peu à la va-vite, mais dans les faits tous les plans sont extrêmement travaillés. Si l’esthétique apparente est celle de shows et de séries télévisuels, avec des couleurs archi-saturées héritées du Pop Art, de jeux vidéo souvent, avec un mélange d’images infantiles, poussin, caniche blanc, balle de tennis jaune, l’objet qui ressemble le plus à un poussin, il y a plein d’incrustations des copines et copains de Trecartin et Fitch qui lâchent leurs discours en rafale avec les voix de Blanche-Neige ou de Mickey Mouse, qui font des mines et prennent des poses, qui vident en une gorgée des canettes de boissons énergétiques et se gavent de gélules de vitamines avant de massacrer le mobilier ou de se rouler des pelles, et puis des images 3D de cuvette de WC que l’on fait tourner sur elle-même, et puis des personnages fantomatiques et synthétiques qui surgissent d’un fond d’écran microbien ou météoritique comme des aliens. Donc, des fois c’est simple, voire même simpliste, d’autres fois c’est compliqué et très technique, mais c’est toujours étourdissant car constamment en mouvement et plein de sons, « une histoire pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien » [4]. Vraiment rien ?
Si, Ryan Trecartin et Lizzie Fitch parlent de l’obsession contemporaine pour l’image et, par-dessus tout, pour l’image de soi. Extimité ! Aujourd’hui chacun construit un spectacle de lui-même et développe toutes les stratégies nécessaires afin d’être vu et aimé de la multitude des autres, sur le réseau global des échanges et des relations totalement dématérialisés. Ce serait une condition nécessaire à la construction de l’estime de soi et avec Internet et les réseaux sociaux l’effet de levier est formidable pour cette auto-performativité. Ce que Trecartin et Fitch pointent c’est une grave dégénérescence de la communication dans un contexte global fortement marqué de sous-culture, la culture de masse comme on a pu l’appeler à une époque avec plus qu’une pointe de mépris. Cette dégénérescence communicationnelle s’inscrit totalement dans « l’amodernité », caractérisée par la perte totale de sens et de valeurs, mais l’héritage reçu de la postmodernité est considérable chez Trecartin et Fitch. Fusion de l’homme et de la technologie, hybridation tous azimuts, omnipotence du réseau.
Ryan Trecartin et Lizzie Fitch sont des artistes polymorphes et quand ils présentent leurs vidéos dans l’Institution il réalise pour chacune d’elles un environnement complet fait de sièges divers et variés, durs aux fesses ou moelleux, de constructions en bois ou en métal, ou les deux à la fois, pour les abriter, d’objets absolument bizarres et parfois très inquiétants, de ses sculptures à lui, Trecartin, composées d’un amalgame de déchets et de débris consuméristes, installation dans laquelle le visiteur doit trouver sa place, sièges durs ou mous ou bien debout, pour voir et écouter les transes de tous les « trans » sur les écrans géants, et dans le même temps envoyer des textos à l’ensemble des membres de son réseau. A bien y réfléchir, on pourrait parler d’un jeu sur l’espace, un espace à quatre dimensions qui se déclineraient dans le temps, espace filmique des actions, lieu de tous les débordements, espace de l’image construite, montée, hybride d’action réelle, de 3D, et d’images de synthèses, espace de l’installation dans l’Institution, comme il vient d’être dit, enfin le cyberespace, le web où toutes les vidéos sont mises à disposition gratuitement. Finalement, il y a dans tout ceci une probable caricature de l’art total, qui est un art totalitaire comme chacun sait, ou devrait le savoir, ainsi que la dénonciation de l’une des multiples absurdités de notre époque, la soumission inconditionnelle de ce même chacun à toutes les « Fucking machines » à décérébrer.
Extrait de Particules et icônes
Notes
[1] Edward Bond (1934-2024) est probablement le plus grand auteur dramatique de la seconde moitié du XXe siècle ainsi qu’un immense théoricien du Théâtre. On peut le considérer comme étant un héritier direct du théâtre élisabéthain. Il affirmait que « l’enfant acquiert la géométrie de la réalité avant d’apprendre le langage ».
[2] « Vlogger » se dit d’un individu qui partage ses expériences et opinions en ligne et pratiquement en continu au moyen de blogs-vidéos, « vlog ».
[3] Greil Marcus (1945-), critique de rock et ancien journaliste au magazine Rolling Stone, auteur de « Lipstick Traces, une histoire secrète du XXe siècle » (Allia-1998 et Folio 2000).
[4] William Shakespeare, « Macbeth », Acte 5, scène 5 : « C’est un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ».



