lundi 28 janvier 2019

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Dans Un Grain IV

Épisode 4. Palissades

, Guillaume Dimanche

Dans Un Grain est un récit photographique, en diptyque. Un regard porté sur une trace de vie dans le pays le plus gros émetteur de dioxyde carbone par habitant. Grâce à son extraordinaire réserve de fossiles gaziers, très utile et consommée dans notre société de croissance, la taille réduite du territoire, une population très restreinte, des conditions politiques stables et des revenus considérables, l’État et ses habitants construisent, aménagent, urbanisent à un rythme et dans des proportions hors de nos normes habituelles.

Vue de la route, le dessin d’un état se lit dans ses murs. Ceux du Qatar, pays en construction, sont en grande partie provisoires. Ce sont des palissades, des petites falaises qui empêchent les accès, les passages, préservent des regards. Toutes sont temporaires, elles ont déjà disparu, ont été installées sur un autre chantier, ou mises au rebut. Elles sont signifiantes aussi, comme un langage elles parlent, elles signifient, elles peuvent être un support publicitaire ou même un élément politique.

Certaines sont utilisées comme l’écrin d’un projet à magnifier. Certaines protègent quelques habitations de misère. D’autres sont des parures ridiculement modestes, à dessein.

Il y a le derrière caché de la palissades, le côté que je ne verrai jamais. Il y adonc aussi et surtout, pour tous les passant, le devant, le signifié de ce mur provisoire, c’est le tag, le mobilier ou l’arbre qui y est encordé. Il y a ceux qui sont totalement opaques, plutôt “officiels”, supports de slogan ou d’un des programmes nationaux d’urbanisation. Ceux qui se confondent avec l’architecture, les murs qui les ont remplacés avant la fin du chantier, ceux qui coupent des routes, les urbains, les industriels, les publics, les individuels, ceux de la mosquée du quartier fantôme.

Pays au climat extrême, à la vie fragile, à la protection sévère, l’intérieur des automobiles est un espace de liberté et d’intimité. C’est le principal point d’observation, le plus sûr. La chambre obscure dans laquelle Guillaume Dimanche a opéré la plupart de ses prises de vue.
Les diptyques ce sont des raccords, des stéréos, des contrastes, des opposés, des contre-champs, des panoramas, des zooms. Ce procédé de photomontage est utilisé pour distancier le spectateur de l’objet montré. L’esthétisation éloigne du sujet et demande au voyeur de s’impliquer personnellement, pour sortir de ses à priori, très forts sur le Qatar, et questionner ses connaissances, très faibles.