dimanche 1er mars 2026

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Chimic

Michel Monteaux

, Michel Monteaux

Des négatifs de films instantanés périmés, desséchés, exposés à la lumière ; les produits chimiques peinent à imprimer la réalité physique et dessinent un paysage intérieur où se délite la photographie, pour nous montrer un peu de ce qui nous est invisible, ce qui précède l’image.

Nous sommes aveugles dans l’obscurité
Par absence de lumière
Comme nous sommes aveuglés par la lumière
Par absence de nuance.

Hassan Wabhi, Carnet d’un regard
 

Tout comme la partition pour la musique ou l’équation pour les mathématiques, la pellicule est l’écriture d’un langage. Ce langage visuel témoigne de l’existence d’une réalité, de ma présence physique à cette réalité, de mes émotions, de ma perception des liens qui régissent la matière. Je pratique la photographie pour explorer et traduire ce sentiment d’appartenance et de permanence.
 

Comme beaucoup de confrères, j’ai utilisé au fil des années de multiples supports et façons de photographier. Progressivement s’est imposée l’idée que l’ « extraordinarité » de la photographie argentique n’est pas tant qu’elle soit capable de fixer « l’instant décisif », d’immortaliser un moment (le monde est fait d’évènements, pas de choses), de décrire ou montrer en soit, mais qu’elle contienne, incarne, matérialise, transcende la Matière, le Temps même.
 

Une expérience de six années auprès des cultures des Indiens Pueblo et Navajo au Nouveau-Mexique a profondément imprégné ma perception de la nature et du monde, dont les éléments, en permanence interconnectés et interdépendants, évoluent à des rythmes différents et forment ainsi un flux énergétique ininterrompu.
 

Dans le monde du vivant, par un lien étroit entre le sujet et son support, les interactions entre les espèces tissent la matière qui nous constitue et nous relie. L’argentique est un de ces tissus. La nature de cette matière contient une part d’imprévisible, de mystère, un sens du précieux, une émotion, induits par sa chimie, et surtout le temps de latence qu’elle exige. Tout comme la mousse sur la roche, une photographie a besoin de temps pour exister.
 

CHIMIC se rapproche des formes et des textures que l’on découvre dans l’Univers aujourd’hui ainsi que du foisonnement de la vie microscopique de la nature qui nous héberge. Une paréidolie de paysages, de formes, de couleurs et de textures, apparaissent, interprétées par une vision en quête de sens, comme s’il fallait nous rappeler sans cesse que nous faisons partie de ce processus, d’un équilibre, qu’il convient de respecter.