dimanche 1er décembre 2024

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Poésie

Barrage

(extrait, inédit)

, Hélène Tyrtoff

c’était comme
plusieurs voix
influx nerveux de l’ennemi mâchant
les groseilles de l’arbuste
le plus violent


cri d’épervier
sur zone

déflagration

rompue déversée la retenue
en aval noyés les champs les villes
villages cimetières décharges créatures
boues produits agrochimiques et pétroliers
en amont du temps
résidus sédiments contaminés
avions obus casques
dessus leur crâne parfois

l’âme détale poursuivie
par le lièvre poursuivi
par la balle
le tout cartouche
dans un bois fossile

des branches
peut-être barreaux du zoo emporté
ou rayures du zèbre
des poissons à la barrière
animaux mêlés livrés
à crue décrue débâcle
arche nouée aux arbres

l’eau formes coulent d’animal
en animal une autre aile métal
enfouie dans la plume

tête ou Thot
cockpit
ki l’habite
en cris
l’arbre singe
girafe totémise

coquillages décachetés
mot mâchoire du haut
mot mâchoire du bas
l’écart
s’expose

un homme sa barque échouée
âgé assez pour avoir vu
la fabrique de la mer
l’eau douce autrefois submergeant
sa maison

Kakhovka sur le Dniepr

temps passé à métaboliser
l’argumentaire

entr’ouvert de porte jaune
alunie la veille
au ras du chemin
qui mène au fauteuil du chat pelé
brûlot vieux velours

le rocher qui pèle
c’est une chaussure dans les branches

ce rouge-gorge
c’est qui niaisement
sautillant sans voler
s’approche trop près

dedans dehors s’interprètent
les tombés de corps

constance des trottoirs
des herbes longues à leurs bords
qu’on tresse comme on noue son mouchoir
en langue errante

autour de l’arbre
écureuil rond
rose l’écureuil
non sa peau retournée
non, pas sa couleur
celle d’à côté

mains mots s’enroulent au moyeu
qui demande de travailler au fouet
l’arbre préféré
offert contre les poings serrés

Photo d’ouverture ©Martial Verdier