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Au delà du bruit et du silence
Jeff Wall
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Depuis plus de quarante ans, Jeff Wall oscille entre la mise en scène spectaculaire et l’observation documentaire. Familières et étranges, des situations quotidiennes sont élevées au rang de scènes presque oniriques où le réalisateur privilégie le tableau photographique.
Mais Wall explore aussi des enjeux sociaux et politiques majeurs. Son œuvre est traversée par des interrogations profondes portant sur des sujets aussi variés que la nature de la réalité, le genre, la race et la classe sociale..
Le public est projeté au centre de tels motifs par un sentiment de curiosité, tant les photographies de Wall happent chaque regardeur. En explorant davantage l’image, celui-ci découvre des indices sur les événements précédant ou suivant la scène, ce qui crée du suspense et encourage sa participation.
Pour Wall, le silence permet à ce médium de décrire sans expliquer, et il ajoute : « Ce n’est que dans le domaine de l’art que cette nécessité peut être mise de côté et que la photographie existe comme une image à contempler, comme une occasion laissée au spectateur de répondre de manière subjective. »
Bref, une photographie fige et réduit au silence la réalité dans laquelle elle a été « capturée ». Contrairement à un photojournaliste, qui saisit des instants fugitifs et des événements réels, Wall ne part pas à la chasse aux images. « Je ne suis pas un chasseur d’images. » Il travaille plutôt sur de longues périodes. Il utilise les technologies numériques pour créer des tableaux photographiques élaborés.
Ses images sont mises en scène et éclairées selon un processus proche de celui du cinéma. Le résultat est ce que l’on a appelé une photographie « presque » documentaire, où des scènes ordinaires sont méticuleusement orchestrées. « La liberté dont je disposais pour recomposer les scènes a introduit de nouveaux éléments que j’ai trouvés plus intéressants que ce que j’avais réellement vu. Cette liberté est l’un des éléments fondamentaux que j’essaie de préserver dans mon travail. », écrit Wall. Ses œuvres s’appuient souvent sur des références à des chefs‑d’œuvre de l’art, de la littérature et du cinéma, en particulier le néoréalisme italien.
La grande rétrospective qui vient de s’achever au Intesa Sanpaolo Museum-Gallerie d’Italia de Turin présentait des œuvres de toutes les périodes du travail de Jeff Wall. Avec vingt-sept œuvres présentées, l’exposition retrace le développement multi‑strates de la production du photographe canadien, des années 1980 jusqu’à ses réalisations les plus récentes en 2023, tout en offrant un aperçu des processus complexes mis en œuvre pour les créer.
Elle comprenait une importante sélection de caissons lumineux de Wall, qui s’inspirent du langage de la publicité, ainsi que des tirages en noir et blanc et en couleur. Ses images grand format, présentées à taille humaine, exercent une attraction magnétique sur les visiteurs. Bien qu’elles puissent sembler réelles au premier abord, les photographies de Jeff Wall représentent quelque chose très proche de la réalité, mais sans être simplement son reflet direct.
Jeff Wall, « Photographs », exposition au Intesa Sanpaolo Museum (Gallerie d’Italia), Turin, octobre 2025-1er février 2026.
N.B. L’exposition était organisée par David Campany qui connaît Jeff Wall et travaille avec lui depuis près de vingt ans. Critique d’art et directeur de la création de l’International Center of Photography (ICP) à New York, Campany a publié plusieurs essais et entretiens avec l’artiste, et a présenté ses photographies à l’ICP New York, à la Whitechapel Gallery à Londres, au Bal à Paris et au FoMu d’Anvers.
