dimanche 3 mai 2026

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Arationnalité

une libre lecture du « Remords de Prométhée » de Peter Sloterdijk, et puis ma rencontre avec Max

, Denis Schmite

Peter Sloterdijk rappelle que Karl Marx avait proclamé dans sa thèse de doctorat que Prométhée était « le plus noble des saints et martyrs du calendrier philosophique » et puis il va encore retenir de Marx une définition biologique du travail que celui-ci donne dans son « Capital ». Le travail humain est « un procès dans lequel l’homme règle et contrôle son métabolisme avec la nature par la médiation de sa propre action... ». Le mot important, à la fois métaphore et concept, c’est « métabolisme », c’est-à-dire l’ensemble des réactions chimiques intra et intercellulaires qui permettent la préservation du Vivant. L’Homme et la Nature constituent donc une sorte de grand organisme avec une voie métabolique principale, l’action de l’Homme.

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« Que ferais-je alors sur cette terre qui ne recèle que la promesse ?
Une promesse-pierre.
N’y règnent que la mort et les paroles qu’y revêtent ses spectres.
N’y habitent que ses démons, leurs feux et la fumée des hommes... »

Adonis [1]

« L’humanité moderne est un collectif d’incendiaires qui mettent le feu à des forêts et des tourbières souterraines. »
Peter Sloterdijk [2]

Peter Sloterdijk rappelle que Karl Marx avait proclamé dans sa thèse de doctorat que Prométhée était « le plus noble des saints et martyrs du calendrier philosophique » et puis il va encore retenir de Marx une définition biologique du travail que celui-ci donne dans son « Capital ». Le travail humain est « un procès dans lequel l’homme règle et contrôle son métabolisme avec la nature par la médiation de sa propre action... ». Le mot important, à la fois métaphore et concept, c’est « métabolisme », c’est-à-dire l’ensemble des réactions chimiques intra et intercellulaires qui permettent la préservation du Vivant.

Sloterdijk va construire une équation très simple, tout du moins au départ, qu’il nomme formule métabolique et dont on va suivre l’évolution au fil des millénaires puis des siècles. Le métabolisme de l’homme se développe ainsi : force musculaire + X, où X est le feu, tout du moins au départ. Car dès la préhistoire, suite à l’apport de Prométhée, le feu est cet agent extra-biologique qui intervient dans les activités humaines, à tel point que l’histoire de l’humanité se confond avec celle des applications du feu. Déjà le feu rend le produit de la chasse plus consommable par rapport au goût, même sans sel, et à la digestion. Et puis très vite, pour des questions de territoire de chasse, vingt-cinq kilomètres carrés sont nécessaires pour chaque chasseur, il y a des luttes de hordes, et la proie animale se complète par la proie humaine, non pas pour manger, quoique, mais pour travailler. Apparition de l’esclavage et simultanément de l’élevage et de l’agriculture ! X devient feu + force musculaire externe, on entend par là esclave + bêtes de somme, et la formule métabolique s’accroit donc de nouveaux termes : force musculaire propre (celle du maître) + cet X élargi. Et ça va durer longtemps comme ça !

Pour Aristote l’esclave est un « outil animé » mais Sloterdijk préfère le terme de « biomachine humanoïde » qu’il définit comme « un producteur animé par des muscles ...auquel on inculque l’habitus consistant à répondre aux ordres par l’obéissance » et il « reformule » sa formule en « pouvoir de commandement + parc de biomachines + pyrotechnie ». C’est la même chose mais en plus techniquement dit. La source de la pyrotechnie c’est bien sûr le bois et Aristote qui avait des idées tranchées sur tout méprisait le bois qui était pour lui « un matériau sans qualité ». Aristote énervait beaucoup Giordano Bruno qui dans son grand dialogue philosophique « Cause, Principe et Unité » en fait une critique systématique, ce qui n’a pas plu du tout à l’église catholique très aristotélicienne à son époque, mais c’est là une autre histoire.

Pour en revenir et en finir avec Aristote, Sloterdijk rappelle, il rappelle beaucoup Sloterdijk, qu’il considérait que l’ordre ne saurait exister « sans l’attelage de la domination et de l’être dominé ». L’obéissance c’est l’horizon du musculaire. C’est grave même pour son époque ! Toujours est-il, la pyrotechnie a de multiples usages domestiques, un foyer dans chaque foyer pourrait-on dire, ainsi qu’économiques, fours des boulangers, des céramistes, des métallurgistes, chauffage des bains, et aussi, dès l’âge de bronze, fabrication des armes. Elle impose la gestion des ressources sylvicoles parce qu’on ne peut consommer que le bois dont on dispose. Il faut régénérer constamment les forêts, s’atteler aux « repousses » qui sont lentes et qui sont soumises aux mêmes contraintes climatiques que l’agriculture. Il y a développement d’un réel savoir forestier. Au Moyen Âge, on va passer de l’esclavage au servage ce qui revient à peu près au même puisque la majorité des gens vit dans une très grande précarité. Leur situation s’aggravera encore avec le système anglais des « enclosures », appelé à se généraliser dans toute l’Europe, et qui se résume en une privatisation des pâturages et des forêts abandonnés jusqu’ici à l’usage collectif.

À partir de la fin du Moyen Âge et surtout de la Première Renaissance, l’urbanisation accélérée s’accompagne de la création de manufactures, puis de fabriques, beaucoup plus tard d’usines, et avec ces dernières l’exploitation de sources fossiles d’énergie non soumises à la « régénération lente », les « forêts souterraines » selon l’expression de l’historien Rolf Peter Sieferle amplement reprise par Peter Sloterdijk, pour alimenter des « machines à combustion », d’où un renforcement de la place de la pyrotechnie dans le X de la formule métabolique. La force de travail est une marchandise, on a vendu des esclaves, les ouvriers aliènent « librement » la leur, c’est-à-dire leurs forces musculaires, et souvent leurs savoir-faire à un patron en contrepartie d’un salaire qui leur permet à peine de la restaurer cette force de travail. On parlait pour ces derniers, et on parle encore, à juste titre, « d’esclavage salarié ».

L’énergie est une autre marchandise et quelle ! Très tôt, le charbon s’avère être meilleur marché que le bois dont le prix s’était considérablement renchéri avec le « boom » urbanistique et celui de la construction navale, et avec le charbon on éprouve pour la première fois la sensation d’un infini pyrotechnique. C’est le feu nourri par le charbon qui fait bouillir l’eau et produit la vapeur qui active les machines et comme l’indique Sloterdijk on forge alors « un concept universel d’énergie » ou de « force » qui s’appuie sur un continuum « chaleur, pression d’extension, mouvement ». Et puis a muri d’abord très lentement, depuis l’étonnement des Grecs devant les propriétés de l’ambre et de la magnétite, jusqu’à une très forte accélération au XIXe siècle, l’idée de l’électromagnétisme et de ses multiples applications. Le monde devient alors un « grand chantier de forces agissantes », de « forces sans phrases » comme le dit Sloterdijk, puisqu’on n’a pas besoin de leur donner d’ordres comme aux esclaves et aux ouvriers, et tous voient dans l’énergie la « réalité » car c’est elle qui réalise. Certains seront tentés de dire que la « biomachine humanoïde », placée face aux chambres de combustion, face à l’énergie, s’auxiliarise de plus en plus, mais ces certains exagèrent bien sûr car on continue de travailler beaucoup dans le monde, je veux dire musculairement. En réaction Marx déclare que le travail, « concept de prestation abstrait » par rapport au réalisme de la force, est la « source de toute création de valeur ». Ainsi, l’homme, le travailleur redevenu créateur, appartient à une « classe prométhéenne » selon ses propres termes, le prolétariat, et puis c’est le travailleur qui alimente les machines, surveille leur bon fonctionnement, et produit les choses qu’il a conçues au moyen d’elles.

Néanmoins, la marchandise charbon surpasse toutes les autres et assure la prééminence de la Grande-Bretagne dans le monde mais quelques économistes de l’époque, William Stanley Jevons par exemple, ont conscience du caractère limité de la ressource donc du risque de déclin de la Grande-Bretagne qui est de plus en plus dépendante de livraisons externes reposant sur la mise en esclavage d’une partie des peuples colonisés. Et puis il y a la pollution, ce qu’en économie on appelle une externalité négative, et comme le souligne Sloterdijk, c’est là le « principe central de la dynamique de la civilisation » de libérer toujours plus d’effets que ceux qu’on domestique.
Ainsi, la formule métabolique change une fois encore : pouvoir de commandement + main d’œuvre + système de machines motrices + vecteur d’énergie fossile + déchets ou émissions toxiques. Ici, la main d’œuvre est constituée des ouvriers ainsi que des esclaves qui travaillent à l’extraction externe et dans les plantations.

Quoi qu’il en soit, il y a quand même une forme « d’émancipation » des travailleurs par l’emploi de plus en plus manifeste des machines mais ce n’est pas seulement pour les soulager les travailleurs bien sûr. Sloterdijk voit dans ce phénomène un « déplacement de l’exploitation » car la production devient massive en raison du caractère apparemment inépuisable de l’énergie, ce d’autant plus avec l’inscription du pétrole dans le processus, et puis aujourd’hui de l’uranium, une autre énergie fossile. Il y a abondance de biens partageables ce qui conduit à un changement de société. La société de consommation s’installe qui, en plus de permettre l’écoulement des marchandises surabondantes, est supposée désamorcer les conflits sociaux. Elle est basée sur une surexploitation des ressources de la terre et des animaux utiles. Pour illustrer ça, Sloterdijk, qui dénonce le « nihilisme extractif », donne quelques chiffres récents et hallucinants. La consommation annuelle serait de 8,1 milliards de tonnes de charbon, de 4,3 milliards de tonnes de pétrole, de 4 milliards de m3 de gaz, mais pas de chiffre pour l’uranium, presque tout converti en électricité. En tant qu’Allemand il parle de « goulag global des animaux » avec 80 milliards d’animaux issus du seul élevage abattus chaque année sans compter 2 milliards de poissons.

C’est entre autres à cela que se résume le concept sloterdijkien de « déplacement de l’exploitation » hérité selon lui des suiveurs du socialiste utopique Saint-Simon, mais aussi de Descartes, qui appelaient à « l’exploitation de la terre par l’homme » en lieu et place de « l’exploitation de l’homme par l’homme ». Et puis, des montagnes de détritus, une atmosphère irrespirable, un empoisonnement tant des terres que de l’alimentation, la pollution des mers etc. etc. Arationnalité ! [3]
Ainsi on glisse de « la honte prométhéenne » ressentie par Günthers Anders, en constatant l’incendie mondial, au remords prométhéen d’avoir apporté le feu aux hommes soupçonné par Sloterdijk. Lorsqu’il évoque le nucléaire ou certains projets de vulcanotechnique [4] il parle de « prométhéisme sans remords », pour les hommes, et même de néo-prométhéisme, voire d’hyper-prométhéisme, et de citer Virgile et son Énéide, « Je vais mettre l’enfer en mouvement ». Il entrevoit comme conséquence probable de tout ceci une nouvelle ekpyrosis [5].

Ce qui met particulièrement en fureur Sloterdijk c’est l’accaparement par les « despotes pétroliers » des sous-sols et de leurs richesses alors que c’est par pur hasard qu’ils sont assis dessus. Il déplore que ne soit pas reconnu un « patrimoine des richesses minières de l’humanité » comme l’a été le « patrimoine culturel mondial ». C’est là un juste courroux, une juste revendication, mais qui n’offre aucune garantie contre le « nihilisme extractif ». Parfois Sloterdijk laisse apparaître une espèce de candeur avec les solutions qu’il peut avancer dans le cadre qui est le sien du « pacifisme énergétique », comme promouvoir de nouvelles technologies qui permettraient la récupération et le stockage de petites quantités d’énergie cinétique produite par n’importe quel type d’activité humaine, le cyclisme ou le fitness par exemple, ou encore l’éclatement des mégapoles qui détruisent la nature accompagné du choix d’une bonne gouvernance pour une vraie vie locale retrouvée.

Il se défie des mots « durabilité », « un pieux mensonge que l’on se fait à soi-même », et « alternatif » qui pourrait signifier que l’on poursuivrait ce que l’on fait aujourd’hui mais par des moyens différents. Sa plus grande crainte est la Chine avec son idéologie communiste et son mode de gestion hyper-capitaliste qui ne pourra en aucune façon stopper sa consommation monstrueuse de combustibles fossiles, mais il ne parle pratiquement pas des États-Unis d’Amérique qui accusent pourtant une empreinte écologique colossale pour une aussi petite population et qui sont à peu près responsables de tout dans la catastrophe actuelle.
Pour conclure Peter Sloterdijk parodie Marx et Engels et leur Manifeste en lançant : « Fire-Fighters de tous les pays, jugulez les incendies ! ».

Peter Sloterdijk, Fronteiras do Pensamento, São Paulo, 2016.
CreditFronteiras do Pensamento / Greg Salibian. Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0.

« C’était un temps où les hommes étaient plus que les hommes, plus que les hommes actuels précise le Poète, et le roi Philoctète, compagnon de Jason, héritier d’Héraclès, arma sept vaisseaux fins qui jetèrent trois cent cinquante de ces hommes, venus de Méthone et d’ailleurs, sur le rivage d’Ilion afin de grossir les rangs achéens alignés en ce lieu pour la guerre. »  [6]

Et puis j’ai rencontré Max ! Un homme rare car à mes yeux il était parfait ! À l’époque, j’étais encore très jeune, au sens où on veut l’entendre à l’heure actuelle, et je travaillais au sein d’une institution concernée par le développement économique de sa zone géographique.
Lorsque je le rencontrai la première fois, je dois admettre qu’il me fit immédiatement une très forte impression. Ingénieur issu de l’une des meilleures écoles françaises, je pus apprécier immédiatement sa finesse d’esprit, sa culture, son extrême courtoisie, sa profonde humanité. J’étais quelque peu versé dans les questions de financement, de création et de rapprochement d’entreprises dans des cadres de fusion ou de transmission, et c’est pour cette dernière raison que Max m’avait contacté, plus précisément pour l’aider dans sa recherche et dans le peaufinage de sa stratégie en vue de trouver une affaire à reprendre.

Max présidait aux destinées d’une grosse entreprise du secteur de l’automobile qui fabriquait des blocs-moteur ou des systèmes de freinage, je ne me rappelle plus exactement. Il déclara qu’il recherchait des petites ou moyennes structures œuvrant dans ce domaine ou dans des domaines connexes. Lors de nos entretiens suivants, Max me révéla dans quelle position il se trouvait personnellement alors. Quelques mois plus tôt, les membres de son conseil d’administration, bien que l’entreprise fût florissante, lui avaient demandé de découvrir des gisements d’économie, autrement dit d’élaborer un plan de restructuration avec comme principale tête de chapitre la compression de la masse salariale, le personnel représentant pour nombre d’actionnaires un coût et non pas un potentiel de compétences et d’énergie créateur de richesses, la « variable d’ajustement » majeure, et c’est d’autant plus vrai aujourd’hui à l’ère du numérique triomphant et de l’intelligence artificielle en devenir.

Max, tant bien que mal, en anticipant des départs en retraite, en ne renouvelant pas les contrats temporaires, en ne procédant à aucune embauche évidemment, en dépit de la croissance de l’activité, en opérant une nouvelle répartition des effectifs, en encourageant la réalisation de certains projets personnels se traduisant par des départs volontaires, réussit à faire gagner quelques points de productivité à son entreprise. Malheureusement, ces efforts ne suffirent pas à satisfaire le conseil d’administration qui exigea que Max procède à des licenciements secs avec un objectif de profitabilité bien défini. Max était un professionnel de haut niveau, qui adorait son métier, qui aimait son entreprise, qui respectait les gens qui travaillaient pour elle, et qui était respecté d’eux. Il nourrissait aussi quelques valeurs qu’on lui demandait de bafouer. Ulcéré par cette opération qu’il lui fallait diligenter, il refusa tout bonnement d’obtempérer, décision qui lui fit perdre non seulement la présidence de son conseil d’administration mais l’obligea aussi à démissionner de son poste de directeur général. Il ne comprenait pas, il me le dit clairement, quel intérêt il pouvait y avoir à gagner autant d’argent au détriment de la bonne marche de l’entreprise, des emplois des ouvriers, et au profit d’hydropiques retraités états-uniens circulant en caddies électriques sous les palmiers de Floride. Ça c’est moi qui le rajoute mais Max, un homme raffiné qui ne l’aurait jamais dit, le pensait très fort. Les fonds de pension états-uniens imposent aux entreprises dont ils sont actionnaires des taux de profit exubérants, et l’entreprise que dirigeait Max comptait, si je me souviens bien, deux fonds de pension dans son conseil d’administration. À cinquante ans passés, en dépit de sa superbe formation, de sa très grande expérience, de l’attachement qu’il ressentait pour son entreprise, Max se retrouvait tout à coup sans emploi et éprouvait, en ces instants, la plus grande difficulté à s’imaginer un avenir.

Il avait pris une décision en âme et conscience très coûteuse professionnellement et sentimentalement pour lui, décision qu’il ne regrettait en aucune façon, mais qui le laissait errant et solitaire, un peu comme Bellérophon, aimé puis haï des dieux, sur un sombre rivage, en proie à la plus languissante des mélancolies, ou bien à Philoctète que l’on avait exilé sur l’île déserte de Lemnos. A sa manière, à son niveau, Max avait introduit du dysfonctionnement dans la mécanique parfaitement huilée de son entreprise. Il avait refusé d’obéir aux injonctions de son conseil d’administration et ce dernier le lui faisait payer chèrement. Oui, décidément, Max était un homme parfait, tout du moins à mes yeux, et beaucoup plus pur que Bellérophon et Philoctète à n’en pas douter.
Arationnalité !
En fait, ce à quoi nous assistions Max et moi c’était à un changement d’ère, celui du passage du capitalisme d’ingénierie, ou des ingénieurs si on préfère, au capitalisme financier.
À peu près à la même époque, dans le cadre de mes fonctions, j’ai reçu la visite de représentants de Bain Capital, l’un des principaux fonds de pension et capital-risqueur états-uniens. C’étaient là des gens d’à peu près mon âge qui étaient à la recherche d’investissements profitables. Ils ne parlaient que d’argent et le développement économique n’était pas du tout leur affaire. Cette rencontre fut glaçante !

« Cela fait près de dix années que le roi Philoctète hurle sa douleur et sa rage, abandonné de tous sur un tas de cailloux étranger, seul, lui l’ancien compagnon de Jason, sur l’île de Lemnos. Il y a près de dix années, dès que posant le pied sur le rivage d’Ilion, il fut mordu au pied par un serpent, ou peut-être déchiré par la barbe d’une flèche tombée de son carquois, possible punition divine sanctionnant un parjure, et sa blessure dégagea bientôt une telle puanteur, et son mal lui soutira de tels cris épouvantables, que l’on préféra, c’est-à-dire les autres rois, l’exiler sur l’île de Lemnos, lui, l’héritier d’Héraclès, car la démoralisation commençait à gangrener l’armée. Se nourrissant de la chair de ses derniers sujets, les vautours, avant que sa chair à lui, pourtant roi aux anciennes amitiés presque divines, les nourrisse à leur tour. » [7]

(À suivre.)
2025

Notes

[1Adonis, Histoire qui se déchire sur le corps d’une femme in Lexique amoureux, NRF-2018

[2Peter Sloterdijk, Le remords de Prométhée – Du don du feu à la destruction mondiale par le feu, Payot & Rivages, 2023

[3« Arationnalité » est un concept que j’ai plus ou moins forgé, comme celui d’amodernité que j’utilise souvent. Est arationnel quelqu’un qui ne se réfère pas à la Raison, qui se situe carrément en dehors d’elle, ce qui ne signifie donc pas qu’il soit irrationnel ou irraisonnable. Il ignore raison ou irraison tout simplement et agit uniquement pour lui-même. On est arationnel comme on est amoral, anomique, apolitique et amoderne. L’économie ultralibérale est arationnelle.

[4La vulcanotechnique peut se résumer en la connexion de centrales électriques souterraines à des volcans.

[5Le mot grec « Ekpyrosis » signifie effondrement et/ou embrasement.

[6Extraits de mon texte « Philoctète », personnage de la pièce éponyme de Sophocle, dans lequel je parle de l’entreprise et des souffrances de l’homme au travail.

[7Extraits de mon texte « Philoctète », personnage de la pièce éponyme de Sophocle, dans lequel je parle de l’entreprise et des souffrances de l’homme au travail.

Image d’ouverture : Koweit, puits de pétrole en feu, près de la frontière irakienne, 1er avril 1991.
Photo Jordan Jonas, Domaine public.