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Smaris Elaphus
Underground
Denis Bergamelli
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La photographie est un acte de liberté. D’autant plus aujourd’hui, où la vitesse de propagation de l’information est telle, qu’une image peut devenir une arme au même titre qu’une balle, véritable munition émotionnelle qui va nous faire réagir rapidement, trop rapidement si nous ne prenons pas le temps de la réflexion. Quand l’émotion est trop grande, nous ne devons pas perdre de vue le contexte de la prise de vue et surtout le hors-champ.
Ces photos issues de la série « Underground » représentent une forme de liberté, dans la mesure où je les réalise en marge d’une activité d’expertise. Cette liberté de création est pour moi propice à un équilibre dans mon travail, mais qui dit liberté, dit forcément limites. Ici les limites sont physiques, un boyau en béton de 6,80 m de diamètre, une entrée, une sortie. La liberté, cependant, est bien là, même si elle est limitée par des horaires invariables. Une série d’objets perdus et d’empreintes, retrouvés la nuit entre 0 h 30 et 4 h 15 dans les tunnels d’un métro endormi. Le pouvoir de l’image peut alors évoquer une réalité bien au-delà du simple objet photographié et c’est là toute sa force. On peut y voir la liberté au travers de l’exode où l’on abandonne des objets personnels dans l’affolement, l’empressement et la précipitation, un pouvoir totalitaire qui restreint les libertés, une résistance qui s’organise afin de les retrouver, le symbole de l’intégration et de l’antiracisme.
Dans l’histoire de la photographie, l’image qui incarne la liberté est sans doute celle du républicain espagnol fauché par une balle, de Robert Capa, même si quand je l’ai découverte dans les années 1980, elle n’était pas sujet à controverse. Elle fait partie des images qui imprègnent la mémoire collective en devenant une icône, et incarne à ce moment-là le vecteur de la démocratie face au totalitarisme. Inconsciemment elle va faire apparaître l’exil, et ses interminables colonnes de réfugiés traversant les Pyrénées. Elle est d’autant plus forte pour moi, que je me suis retrouvé dans le camp de Rivesaltes lors de mon service militaire, camp qui a hébergé les réfugiés espagnols lors de la Retirada.
Plus récemment encore, entre 2013 et 2023 lorsque j’ai photographié la chapellerie de Montazels, j’ai découvert que cette usine où j’avais travaillé durant l’année 1982, avait aussi accueilli des réfugiés espagnols dans ses ateliers reconvertis en dortoirs de fortune, les literies de paille à même le sol entre les machines, avec six toilettes et douches pour les quelque six cents réfugiés du 8 février 1939 au 8 mai 1940.
Je ne sais pas si on peut véritablement parler de démarche, je me laisse simplement guider par mon instinct. L’idée de faire des rencontres les plus enrichissantes possibles au travers de l’objectif de mon appareil est apparue assez tôt. J’ai toujours photographié dans des secteurs d’activités où le rapport avec la personne était primordial. Chaque fois il se passait quelque chose de fort, ce qui était fabriqué était incroyable ; l’inventivité et la création étaient les bases au même titre que le partage.
Qu’il modèle de la cire avant qu’elle ne devienne une sculpture en bronze, qu’il fasse rougir l’acier pour en faire un arbre, qu’elle découpe des lames de ressorts de camions pour en faire des couteaux, qu’il crée des plats totalement improbables ou qu’ils arrivent à extraire le meilleur potentiel d’une vigne pour en faire des vins incroyables, autant de gens passionnés rencontrés au fil de mes pérégrinations.
Voir en ligne : www.berga-photo.com




