lundi 1er juillet 2024

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Voyages

Terramata

, Federica Fruttero et Mathieu Oui

« Terramata » — la terre aimée — est une déclaration d’amour à la Sicile, île insaisissable et envoûtante au cœur de la Méditerranée. Dans un noir et blanc contrasté, des éléments architectoniques dialoguent avec des paysages naturels où la trace du bâti est toujours présente. Réalisée au cours d’un périple de six semaines en 2022, cette série de Mathieu Oui est le deuxième chapitre d’une trilogie au long cours sur le Grand Tour en Italie.

Terramata ou « la terre aimée », est le récit d’un voyage le long des côtes de Sicile, une déclinaison contemporaine du Grand Tour. Nourri de cet imaginaire mythique et de celui de photographes contemporains tels Joseph Koudelka ou Mimmo Jodice, Mathieu Oui a entrepris en 2019 le premier volet d’un périple italien, pour aller voir - comme il l’écrit lui-même -, « là-bas si j’y suis ».

Ce premier chapitre a donné lieu à un livre, dont le titre Escale & scale évoque, par un jeu d’assonances, les différentes étapes qui ont jalonné le parcours et les escaliers (scale en italien) qui en ont été le fil rouge. Les paysages en noir et blanc, où la présence humaine reste rare, les détails d’escaliers parfois improbables, sont accompagnés de récits vivants des rencontres et des liens noués lors du voyage. Images et textes, les deux faces indissociables d’un même projet.
 

© Mathieu Oui

En 2022, Mathieu Oui décide d’« écrire » le deuxième chapitre de son Grand Tour en Sicile, ou comme on la nomme parfois, le « nombril de la Méditerranée ». Un même principe d’images associées à des textes, nourrit les pages de Terramata (la Terre aimée). Une déclaration d’amour à cette terre de contrastes, insaisissable et envoûtante. Cette fois-ci le fil conducteur est la colonne, omniprésente depuis les vestiges de la Grande Grèce jusqu’aux églises baroques. À l’origine aussi d’une fameuse légende sicilienne, celle de Colapesce. Le héros, un garçon mi-homme mi-poisson, empêche la Sicile de sombrer dans la mer en prenant la place d’une des trois colonnes qui la soutiennent dans les profondeurs, sous la ville de Messine, qui menace de s’effondrer.

Par le choix d’un noir et blanc contrasté, l’auteur évoque le caractère immémorial de cette terre et les contrastes auxquels le voyageur se confronte : ombres et lumières, harmonie et chaos, douceur et violence. Les photos surexposées des colonnes suggèrent la lumière écrasante de cette Italie du sud et sont associées à des paysages à la végétation luxuriante, dans lesquels les mains du bâtisseur sont omniprésentes. On peut lire en filigrane le courage d’un peuple face aux catastrophes naturelles, les fragilités et les pesanteurs d’une terre au passé tumultueux.

Bienveillante et sans condescendance, l’approche de Mathieu Oui est comparable à celle d’un reporter plutôt qu’à celle d’un touriste, émerveillé ou choqué par ce qu’il voit. Un projet artistique très respectueux, bien que sans concessions.
 

© Mathieu Oui
© Mathieu Oui
© Mathieu Oui
© Mathieu Oui
© Mathieu Oui
© Mathieu Oui
© Mathieu Oui
© Mathieu Oui
© Mathieu Oui
© Mathieu Oui