lundi 7 octobre 2024

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Après le 7-Octobre

Réfugiés nucléaires

dix ans après : faire le point sur les réfugiés nucléaires

, Salomon Bokanowski

TK-21 republie ici le texte du 12 décembre 2039 écrit par nos collègues de Olam-32, récemment censurés dans le cadre de la loi d’informations sur l’état de la Palestine. Nous soutenons la libération immédiate de ces derniers et nous engageons ainsi en solidarité dans le combat pour reconquérir la liberté d’expression des journalistes éliminée par les lois liberticides de 2031.

Loin de s’estomper après l’exode massif suite aux attentats du 23 juillet 2029 et à l’abandon de nombreux territoires par ce qui était alors l’État d’Israël, le Conflit Palestinien n’a fait que se complexifier. Dix ans après ce cataclysme, la question des trois millions de réfugiés nucléaires (ainsi que des millions d’autres) reste hélas d’actualité. Ce texte vise à donner une vue, sinon objective, du moins équilibrée de l’histoire récente de la région et des problématiques en jeu. Avant de traiter la question du radiosionisme ou l’histoire du NRM (NMK), il nous faut cependant revenir aux origines de la question et à la notion même de réfugié nucléaire.

Le statut des réfugiés

Le premier élément crucial à prendre en compte pour les lecteurices ayant une expertise limitée sur le sujet est que les réfugiés nucléaires ne forment pas un peuple unique. Au contraire, jusqu’au début des années 1930, l’accent était mis sur les dissimilarités entre deux peuples principaux : Palestiniens arabes (majoritairement musulmans) et Israéliens juifs.

On doit aussi faire une distinction entre deux vagues de réfugiés. La première concerne les personnes ayant fui la région suite aux attentats de 2029, dont le statut de réfugié radiologique (selon la terminologie officielle) est à la source de la renégociation du droit des réfugiés. La deuxième regroupe à la fois des réfugiés radiologiques n’ayant pas réussi à partir immédiatement (ou ayant espéré une solution à long terme) et les réfugiés politiques exilés dans les années qui suivirent, notamment lors de la création du NRM.

Il faut souligner que la cohabitation entre ces deux peuples et ces deux vagues au sein des mêmes camps ainsi que dans la zone de traitement « temporaire » (ZT) n’est pas nouvelle, mais dans la continuité directe des politiques internationales depuis la première moitié du 20e siècle. Cette cohabitation forcée avait deux éléments. Tout d’abord, l’encouragement de l’immigration des populations juives vers la région, tant par le refus de cette immigration vers d’autres états (y compris pour le retour des populations est-européennes), puis par les pressions et pogroms poussant à leur exode de la part d’autres états de la région dès les années 1930 et se multipliant après 1948. L’autre élément crucial est le traitement des populations palestiniennes, qui avaient beaucoup augmenté sous l’occupation britannique (tant par l’immigration que la croissance naturelle), mais dont une grande partie fut expulsée suite à la guerre de 1948, tout en restant exclue des pays voisins (ainsi que du reste du monde sauf pour une proportion infime acceptée comme réfugiée).

Si la cohabitation forcée de ces deux peuples n’est pas récente, l’expérience de vivre dans des camps de réfugiés — ou des structures assimilables — est elle-aussi ancienne. Ce fut longuement le cas pour les Gazaouis et Cisjordaniens, mais on peut aussi citer le statut des Mizrahim à leur arrivée en Israël — statut facilitant la construction d’une telle identité — puis par les Etiopim lors de leurs vagues d’immigration. Ces parallèles ne sont d’ailleurs pas nouveaux et ont régulièrement été soulignés, tant historiquement dans le magazine Al-Jadid que dans le tweet ci-dessous.

Le plan Quezon, une tragédie en trois actes

L’approche contemporaine tant historique que légale tend à se concentrer sur les obstacles et souffrances des réfugiés, sans s’attarder sur les quelques espoirs politiques rapidement éteints, mais qui méritent tout de même une mention. Peu importe leurs motivations (regroupant un mélange de questions humanitaires, de soft power, et aussi d’intérêt économique ou démographique), plusieurs états ont tenté de trouver des solutions même partielles aux réfugiés de la région. On peut notamment citer la politique Jordanienne d’octroyer la citoyenneté aux Palestiniens au milieu du 20e siècle ainsi que la tentative d’accueil des réfugiés juifs aux Philippines durant les années 1930-1940. C’est justement cette tentative qui fut honorée durant la deuxième année de la crise actuelle.

Nommé en l’honneur de Manuel Quezon, président des Philippines (alors sous occupation Usaméricaine), ce plan se heurta lui-aussi à des questions de géopolitiques de la part de plus grandes puissances.

Comme l’indique la coupure ci-dessus, les mouvements de flotte Chinois — officiellement motivés par la crainte d’une expansion démographique soudaine servant d’excuse à une extension matérielle sur le plateau continental — eurent un effet dissuasif sur l’implémentation du plan Quezon. La pression économique supplémentaire exercée par le département d’état usaméricain — dont la septième flotte restait alors bloquée au Timor — contribua aussi à la réduction massive du projet. Au final, seuls deux navires furent déployés vers la région. La destruction du deuxième avec à son bord 237 réfugiés par une attaque Houthi termina d’enterrer cette option, ainsi que la plupart des solutions potentielles requérant un passage par la mer rouge. Elle servit aussi de point de conflit pour la question de la différenciation entre réfugiés au sein des politiques de gauche, comme indiqué par le désormais célèbre article d’Alternative Révolutionnaire.

Le tri des réfugiés

Comme indiqué par ce dernier élément et malgré la multitude de commonalités entre ces deux peuples, la question des réfugiés nucléaires reste fortement liée à leur tri par leurs potentiels pays d’accueil, selon une multitude de critères. Certains refusèrent dès le départ les tris ethno-religieux, suivant l’exemple du Canada, avec un soutien global malgré quelques critiques (comme indiqué ci-dessous).

À l’opposé de ces pratiques, l’Union Européenne a adopté une posture résolument ethno-centrée, s’exposant ainsi à des problématiques autrement plus complexes. Ainsi, la question du « mérite » des réfugiés, soutenue par différentes unions politiques, se heurtait à la peur des droites et extrême droites d’accepter au sein de Shengen des prétendus « terroristes » sur des critères principalement ethniques. Une option régulièrement avancée était d’utiliser la base Eurobiom (extension de la base dactyloscopique de demandeurs d’asile Eurodac de 2003 intégrant notamment la base génétique Eurogen). Plusieurs controverses avait alors été soulevées, décrites succinctement ci-dessous par O. Zagury (cofondateur d’Olam-32).

De l’autre côté de l’Atlantique, on ne pouvait évidemment pas s’attendre à un accueil chaleureux de la part du gouvernement républicain-évangéliste. Il reste cependant intéressant de noter que, selon les travaux de la Ligue de Justice Algorithmique, les outils d’IA utilisés massivement pour traiter et analyser les demandeurs d’asile ont un taux de rejet élevé pour toutes les populations, utilisant la difficulté inhérente à la catégorisation pour justifier une absence de prise de risque dans la totalité des cas flous (soit 98.4% du total selon la LJA).

Le dernier élément dans cette analyse du tri des réfugiés concerne naturellement leur région d’origine. À l’exception du Liban (sous les pressions occidentales), de nombreux autres pays se sont alignés sur la ligne européenne en refusant l’accueil des réfugiés depuis la ZT, dans la continuité des politiques historiques (comme en témoigne le retrait des troupes égyptiennes à 40 km de la frontière historique accompagné de l’ordre de tirer à vue sur toute personne tentant de franchir la diagonale de Nekhel). Cependant, contrairement aux pays occidentaux, de nombreux pays accueillaient déjà un nombre non négligeable de réfugiés Palestiniens. Certains, comme la Jordanie ou l’Arabie Saoudite, firent le choix de proposer la naturalisation — suite à l’échec du projet politique d’une Palestine reconstituée. D’autres profitèrent au contraire des divers complots liés au radiosionisme (et son alter-ego anti-Palestinien) pour exiler à nouveau ces populations, contribuant ainsi à la deuxième vague des réfugiés nucléaires. Ainsi, alors que plus de 50 000 Palestiniens étaient présents en Libye à la fin des années 2020, moins de 200 y vivent encore aujourd’hui (reflétant une dynamique similaire à celle de la population juive suite à la guerre de 1948 et 1972, en quelques années seulement).

On peut légitimement se demander la raison derrière cette analyse relativement longue sur le tri des réfugiés, qui n’est qu’un élément parmi d’autres de cette crise décennale. La réponse est que ce tri est emblématique des raccourcis simplificateurs qui hantent la région depuis un siècle. Le raccourci principal consiste à assigner un rôle fixe d’oppresseurs et d’opprimés à ces deux peuples (ainsi qu’à leurs voisins), qui varie au cours du temps selon l’opportunisme politique du moment (une sorte de manichéisme alternatif). On peut par exemple citer le va-et-vient soviétique (puis russe) oscillant plusieurs fois entre dénonciation (et instigation à la lutte armée contre Israël) au soutien ouvert. Les postures adoptées par les gauches occidentales, quoique stabilisées pendant plusieurs décennies, ont elles-aussi une histoire compliquée d’alternance opportuniste (remise au goût du jour par l’adoption récente par certains partis « de gauche » d’une grille de lecture basée sur une guerre civilisationnelle). Ce raccourci n’est hélas pas facilité par la liste sans fin des meurtres de militants pour la paix par chacun des deux camps, ne laissant émerger que les voix les plus extrêmes.

L’avenir de la région

Le premier élément à considérer pour l’avenir de la région est son statut écologique (affectant à la fois la santé des habitants des 58 000 km2< de zone orange et la viabilité agricole à moyen terme). Hélas, il reste encore aujourd’hui difficile d’estimer l’impact radiologique à long terme de par trois facteurs. Premièrement, le doute subsiste sur la nature exacte de l’arme utilisée et sur la proportion des divers éléments radionocifs propagés dans l’explosion (ces doutes, reliés aux mystères concernant les perpétrateurs de l’attaque, alimentent généreusement les accusations contemporaines de radiosionisme). Deuxièmement, les données sur l’évolution de la radioactivité sont très partielles à cause du refus par le NRM de laisser les observateurs de l’ONU accéder aux zones contaminées (notamment autour de Jérusalem). Enfin, la question du traitement de décontamination reste en suspens en attendant la retour des négociations sur l’implémentation du protocole de Dubaï, les autres pays affectés refusant de s’engager unilatéralement sans ratification au moins partielle par le NRM.

Carte du conflit au 9 décembre 2039.
Crédits image : @warmaps

On ne peut donc pas échapper aux conséquences du développement le plus important affectant celles et ceux qui ont fait le choix (ou ne l’ont pas eu) de rester dans la région : la création du Nouveau Royaume Messianique (en langue originale, NMK ou New Messianic Kingdom). La création du NRM reposait principalement sur le réseau d’avant-postes fondés et alimentés par les populations évangélistes usaméricaines depuis le début des années 2000. Motivé initialement par une idéologie eschatologique nécessitant l’hégémonie d’un état juif dans la région, cette option fut rendue caduque par l’abandon de Jérusalem, menant au premier schisme et à l’exode messianique.
La décision de déclarer un état indépendant sous l’égide du Messie (et « temporairement » contrôlé par le pasteur-régent John Christful — anciennement Edgar Douglas) posait en effet un problème théologique. L’idéal escathologique globalement admis par la communauté évangéliste depuis la fin du 20e siècle nécessite pour l’Armageddon que les juifs de l’état d’Israël reconstruisent un temple avant de célébrer la venue du Messie. La présence de juifs messianiques — dont on estime que 300 000 ont émigré depuis les USA — ne pouvait alors suffir, l’élément de conversion étant central pour une partie conséquente des schismatiques. D’où la nécessité de conserver une partie de la population juive Israëlienne — par le refus d’octroi de visas de sortie — à comparer à l’ordre d’expulsion des Palestiniens de 2036.

Cette stratégie est loin d’être un simple remplacement de population sur des territoires précédemment Israéliens par la colonisation de la zone orange au mépris du risque radiologique à long-terme. Au contraire, les troupes du NRM continuent de se rapprocher de la diagonale de Nekhel, ainsi que des abords d’Al-Karak (en ignorant les frontières de 1994). Le risque est immense que le conflit s’intensifie à nouveau dans les années qui viennent, au vu du soutien indéfectible apporté au NRM par les USA (y compris dans ses conflits armées contre les restes de l’état d’Israël dans la région d’Haïfa), prévisible même avant la campagne de 2036.

Cette situation catastrophique pour les deux peuples de réfugiés semble hélas ne pas parvenir aux oreilles ni des partisans de la thèse de la bombe Palestinienne, ni des radiosionistes forcenés. Contrairement aux militants pré-NRM, aucune des deux parties historiques n’avait d’intérêt à monter ce type d’attaque, encore moins dans l’objectif d’obtenir un statut de « victime permanente », statut dont l’inefficacité est observable chaque jour dans la ZT. Sans oublier ces réfugies de la ZT, plus de deux millions de réfugiés nucléaires restent encore bloqués dans la régions. Il est de notre responsabilité en tant que citoyens de droit de l’Union Européenne d’arrêter d’ignorer leurs souffrances et de faire écho à leurs demandes en faisant pression sur nos gouvernements pour dénoncer le NRM, son soutien usaméricain et la passivité Chinoise.

Ce sont après tout principalement nos ancêtres qui sont à la source de cette crise centenaire. Certains espéraient un génocide dans un sens, certains dans l’autre. Les plus cyniques espéraient des massacres mutuels, l’export des conflits de nos sociétés loin de nos yeux et de nos coeurs. Mais les génocides ont toujours leurs survivants, et leurs sorts sont désormais notre responsabilité. Dans les mots de la poétesse réfugiée Farhah Amar :

Les Allemands ne pardonneront jamais Auschwitz
Aux juifs, disait Hilde Walter, journaliste.
J’ai vécu dans les entrailles de Pripyat,
Dans la Zone de Torture, dit autrement,
Entre la famille de David et celle de Goliath.
Bref, dans les camps.
Et ainsi de ma tente je demande à la Terre,
Je pose l’énigme parmi mes vers :
Le monde pourra-t-il un jour nous pardonner ce qu’il nous a infligés.

 

Image d’introduction construite sur Outrider.org