dimanche 6 octobre 2024

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Corridor éléphant

Pol Lujan, Créalité

photographies de l’impalpable

, Pol Lujan

La photographie me maintient vivant, alerte, elle m’aide à supporter les changements trop rapides qui s’opèrent autour de moi. Chacun affronte la vie en la construisant comme une histoire unique et singulière.

Autodidacte, aventurier, peut-être ai-je eu envie de reproduire la réalité comme je pensais la voir ?

À un âge où le monde s’offre à vous, où la conscience balbutiante de votre moi se heurte et se confronte à la réalité de la multitude des autres, de leurs histoires, de leurs destins, ma rencontre avec la photographie a été déterminante.
Au fil du temps, je me suis aperçu qu’il est impossible voire présomptueux de penser reproduire la réalité. J’ai donc, à travers des situations de vie — sources d’inspirations, cherché à découvrir et affirmer une écriture photographique qui serait mienne.

Ces situations que j’appréhende sont comme autant de séquences concentrées en une image, laissant imaginer un hors-champ. Chacune d’elle tient de cet « impalpable instant de convergences » qui, hors de ma volonté, de ma portée, m’interpelle et traverse en un flash mon œil captivé jusqu’à se fixer sur la pellicule pour l’éternité future.

Chaque image raconte une histoire au cœur de mon histoire… Situations résolument humaines, quelle que soit la langue, le pays, le climat, la culture, les croyances, l’origine, l’époque, des liens similaires nous identifient avant tout en tant qu’Êtres.

Tout ceci est devenu ce que je nomme « Créalité » !


[...] L’industrie photographique était le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études [...] je suis convaincu que les progrès mal appliqués de la photographie ont beaucoup contribué, comme d’ailleurs tous les progrès purement matériels, à l’appauvrissement du génie artistique français, déjà si rare [...]
La poésie et le progrès sont deux ambitieux qui se haïssent d’une haine instinctive, et, quand ils se rencontrent dans le même chemin, il faut que l’un des deux serve l’autre. [...] Il faut donc que [la photographie.] rentre dans
son véritable devoir, qui est d’être la servante des sciences et des arts, mais la très humble servante, comme l’imprimerie et la sténographie, qui n’ont ni créé ni suppléé la littérature. Qu’elle enrichisse rapidement l’album du voyageur et rende à ses yeux la précision qui manquerait à sa mémoire, qu’elle orne la bibliothèque du naturaliste, exagère les animaux microscopiques, fortifie même de quelques renseignements les hypothèses de l’astronome, jusque-là rien de mieux [...]
Mais s’il lui est permis d’empiéter sur le domaine de l’impalpable et de l’imaginaire, sur tout ce qui ne vaut que parce que l’homme y ajoute son âme, alors malheur à nous !
Charles Baudelaire, Salon de 1859, « in » Œuvres Complètes, Éd. Gallimard.


Il ne s’agit pas, au fil des pages tournées, d’une simple découverte de territoires. On devine ou reconnaît l’Europe, l’Amérique du Sud, celle du Nord, et bien plus que les continents, les pays où les villes, on perçoit le temps et les époques traversées. Le « voyage » prend alors une autre dimension. La photographie de Pol Lujan est image tout autant que témoignage et mémoire d’une époque inconnue à certains, d’une somme de souvenirs pour d’autres.

Le noir et blanc efface toute timeline et pousse à regarder d’autres libertés, d’autres façons d’être qu’on ne peut exactement dater, mais que l’on sait révolues.

Créalité est disponible en édition de collection, numérotée, imprimée sur un papier 170 g, avec une couverture pelliculée mate 350 g.
Format 21 x 15 cm. 76 pages. 52 photographies.
https://www.corridorelephant.com/crealite
(Faites très vite, l’édition s’achève dans quelques heures)