dimanche 30 novembre 2025

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Smaris Elaphus

Les réminiscences cinémato-graphiques

Fire Walks with me

, Lorraine Alexandre

On ferait « comme si » le dessin était le prolongement d’une pensée. Sa voix en quelque sorte. On ferait « comme si » le sujet dessiné n’était qu’un leurre, destiné à attirer l’attention de ceux qui se sont tus.

Qu’apporte le dessin, pour vous que transmet-il que la photo ne peut transmettre ?
« Comme si », comme disent les enfants, faisons comme si...

« If you were in my movie, you would be... », chantait Suzanne Vega lorsque j’étais enfant... et elle déclinait tous les personnages les plus récurrents... les plus clichés, archétypaux, signifiants... du vestiaire cinématographique : le détective, le prêtre, le médecin...

Ce « comme si » de la fiction que les enfants, et beaucoup d’adultes, ne démêlent pas de la réalité... toute cette « foule sentimentale » qui croit apprendre le monde au cinéma...

Je lui tends un miroir, mais j’assume ma culpabilité... Je suis cinéphage bien qu’ayant grandi sans écran, sans télévision... avec une soif d’autant plus accrue de me rattraper à la moindre occasion... Passer des étés entiers enfermée dans le noir de la chambre de ma tante à regarder tous les films... de préférence interdits aux enfants pour y découvrir le monde, un monde qui me libère de celui étriqué du quotidien, mais qui soit une fenêtre, un espace de rêve et de réflexion, de libération... et d’engagement... Tous les paradoxes sont possibles au cinéma... comme dans la vie, mais ce n’est pas pareil...

C’est comme le dessin et la photographie, ce n’est pas pareil et pourtant, je suis bancale si j’use de l’un sans l’autre.

J’ai toujours dit que la photographie était mon Apollon et le dessin mon Dionysos. Je sais ce que je fais... ou presque, quand je manipule mon matériel photographique ; je structure, je construis ; j’ai une logique de mise en scène, tout est prêt en amont ; je travaille comme une cinéaste...

En dessin, je fais ce que ma main décide, je suis dans l’instinctif pur, je ne sais pas à l’avance où je vais aller... mon corps décide et ne fais rien au hasard, je lui fais confiance.

En photo, merci de laisser la tête faire son boulot ! Les deux approches me rééquilibrent corps et esprit.

Pour le fond, c’est pareil : je suis attirée, irrémédiablement, par les détails visuels... et les récits qui se tissent hors champ... Je les laisse à l’imaginaire de celles et ceux qui regardent, que j’invite à la rêverie, à la réflexion, car ce que j’ai dessiné n’est pas plus important que ce que j’ai laissé en retrait... Le noir et le blanc ne sont jamais des fonds, jamais neutres en tout cas, ce sont des espaces de projection de nos films intérieurs, de nos vies...

La petite bête a tout cassé, l’âge de glace
15,2 x 24,1 cm

Bienvenue, Welcome, Willkommen... Chaque image n’est qu’un début... chaque image est un monde en suggestions...

Soyons honnêtes... Je crée d’abord pour moi... Mais, soyons honnêtes... Je ne peux pas créer sans rechercher un regard...

Je ne connais pas d’artiste qui ne crée pas d’abord pour se trouver soi-même, avant d’être confronté au besoin du regard, le sien, celui de l’autre... C’est pourquoi, Alberti considère que le mythe de Narcisse est le mythe fondateur pour les artistes ; celle et ceux qui se cherchent à travers un regard autre, servant de miroir...

C’est un jeu complexe, à haute teneur empathique, hyper-sensible, vertigineux, dangereux pour l’identité, mais qui est sa condition aussi.

Et, dans ce jeu troublant de miroir, ce qui m’intéresse, c’est d’inviter à la danse toutes les personnes qui s’y risquent. J’appelle cela la démarche « post-créa- trice ». Je pense mon travail comme un espace de projection de l’imaginaire. Mes œuvres, qu’elles soient graphiques ou photographiques, se jouent de mes fantasmes pour que les spectateur·ices, non seulement, les reçoivent, mais surtout, s’y projettent, s’y confrontent, s’y opposent et se demandent alors ce qu’elles et eux-mêmes auraient imaginé à ma place.

Mon travail permet ainsi un dialogue, une rencontre, comme une danse par la voie de l’imaginaire...

La.Double.Signature, Frenzy Ensemble
21 × 29,7 cm.

SMARIS ELAPHUS, est un drôle d’animal nous revient une fois par an, disponible en librairie en janvier : :
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