vendredi 30 octobre 2026

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Huis Clos

la réclusion et la chambre à soi : traverser la sidération

, Stéphanie Pommeret

Comment traduire l’indicible d’un choc traumatique lorsque le corps et l’esprit se sont figés dans une même impasse ?

Pour penser et créer Huis Clos, projet mené en résidence artistique avec Patricia Le Calvez de l’association L’Image qui Parle à Paimpol, il a d’abord fallu faire l’épreuve du silence et de la rupture. S’autoriser une « chambre à soi », au sens où Virginia Woolf l’entendait, réclamer la nuit et la pluie comme des alliées de lucidité. Dans ce huis clos nécessaire, loin du bruit du monde, il s’agissait de faire tomber le masque social pour aller chercher les mots, là où gît le cri qui n’a jamais pu être poussé. Écrire, ici, relève d’une nécessité vitale : dire pour que cela ne nous appartienne plus, conscientiser le trauma pour le rendre concret. Ce repli sur soi c’est une maïeutique de l’intime.

En écoutant résonner sa propre douleur pour survivre psychologiquement, l’artistique opère un pont : plonger dans ses sentiments pour capter l’émotion brute, débloquer les souvenirs et permettre au corps de refaire circuler la vie.

Le corps comme archive et médium : de l’intérieur à l’extérieur. Le traumatisme mutile le lien entre le corps et l’esprit ; tout s’y bloque. La méthode artistique déployée ici cherche précisément à réactiver ce lien. À travers le recueil des récits de femmes victimes de violences, un protocole s’est tissé, croisant les voix, les mémoires et les postures. Dans une atmosphère de recherche intime, les corps s’allongent, se posent, se tendent. C’est une véritable "photo-écriture" : le langage du corps échappe aux volontés conscientes pour dire la vérité de l’intérieur. Les femmes photographiées ne posent pas pour elles-mêmes, elles se font les dépositaires et les passeuses de l’histoire d’une autre. Mettre en scène son corps dans le noir, camouflée sous le récit d’une autre, permet de basculer de l’expérience individuelle vers une fresque collective. Sororité.
L’appareil capture des images hybrides, oscillant entre réalisme et subconscient, pour approcher au plus près l’onde de choc du traumatisme.

Esthétiser la violence pour mieux la traverser L’art devient alors un outil de remise en mouvement. Il s’agit de traduire un état intérieur par une écriture visuelle et poétique contrastée, tantôt hachée, tantôt douce, allant du noir à la lumière. Esthétiser la violence pour une sublimation : c’est une stratégie de décodage. Opérer une transformation cathartique pour lui donner un sens et la dépasser.

C’est donner au spectateur la possibilité d’y pénétrer plus profondément, d’expérimenter l’expérience, de ressentir l’effroi et la beauté fragile de la renaissance.

Voir en ligne : https://stephaniepommeret.com/expos...

Présentée dans l’espace public sous la forme de 25 panneaux Dibond (format 152 x 135 cm) installés sur des cimaises gabion mobiles, l’exposition Huis Clos opère un renversement politique et sensible. Ce qui était muré dans le secret des consciences et la honte descend dans la rue.
Organisée par la municipalité de Vincennes (Val-de-Marne) dans le cadre du mois de novembre dédié à la sensibilisation et à la lutte contre les violences faites aux femmes, l’exposition s’installe sur la place Pierre-Sémard, parvis principal et accès direct à la gare de Vincennes (RER A).

Du samedi 14 au jeudi 26 novembre, transformant la vulnérabilité partagée en un espace d’émancipation collective et de reconquête de soi au cœur du passage quotidien.

Recueil de poésies et de photographies Huis Clos suivi de la Tapisserie Bleue.
ISBN : 9782383670261
96 pages, 12 x 16 cm
Date de publication : 21 September, 2023
éditions Goater, avec le soutien de L’Image Qui Parle à Paimpol