lundi 28 juillet 2025

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Arles

Et qu’on ne vienne pas nous dire que le vent chasse tout

Nina Patin et Paul Cabanes

, Laure Lamarre-Flores

En 2017, dans une étude en santé-environnement sur le golfe de Fos-sur-Mer, une habitante s’insurgeait : « Et qu’on ne vienne pas nous dire que le vent chasse tout ! ». Opposition claire aux arguments des industriels de la région, qui balaient d’un revers de la main toute inquiétude légitime, cette phrase révèle aussi l’intérêt parcellaire que nous portons aux problématiques de ce territoire.


 

Terminal minéralier, 2024
Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Situé entre Marseille et la Camargue, le Golfe de Fos est l’un des territoires les plus industrialisés de France. Ambivalente, cette région provoque à la fois amertume et fierté chez ses habitants. Si à l’échelle locale les industries ont permis un réel essor économique, leur implantation engendre un fort impact sanitaire et environnemental.

Régulièrement relayé dans la presse, ce triste constat est devenu l’un des aspects caractéristiques de cette région. Mais hors du temps médiatique, qu’existe-t-il dans le golfe de Fos ?

À propos des espaces médiatiques, Georges Perec disait : « Les trains ne se mettent à exister que lorsqu’ils déraillent ». Partant de ce constat, il s’interroge : « Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il ? Ce qui se passe chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ? » Cherchant à éviter l’écueil d’un récit lacunaire sur ce territoire, Nina Patin et Paul Cabanes ont donc inscrit leur recherche sur une temporalité conséquente, hors de l’événement médiatique. Pendant près de trois ans, ils ont arpenté ces espaces dans leurs moments de latence, composant au fil de leurs marches un large corpus d’images, porteur de récits singuliers. Sorte de cartographie, ce document d’expérience offre un regard étendu sur le golfe et sa complexité.

Dans le cadre de leur exposition au Centre d’arts plastiques Fernand Léger, les deux artistes proposent une sélection de 110 images issues de ce corpus. Organisées en trente ensembles photographiques évoquant la planche contact, les images perdent en partie leur fonction purement informative pour tendre vers de possibles espaces fictionnels.

Dans la continuité de leur démarche, un dispositif d’exposition a été conçu pour présenter cette sélection. Modulables, ces cadres encastrables offrent au regard du visiteur une partie des ensembles, dont le reste demeure caché sous les piles. Illustrant leur processus de travail, où la notion d’archive est omniprésente, ce dispositif évoque également la géographie stratiforme et polymorphe du golfe de Fos-sur-Mer. Installé dans l’espace, il se confronte à certaines images mises en exergue, établissant entre les photographies une polydialectique à laquelle le spectateur prend une part active.

Pour tenter d’y répondre, Nina Patin et Paul Cabanes ont arpenté ces espaces dans leurs moments de latence. De leurs marches dans ces paysages, un large répertoire d’images existe désormais, porteur de récits singuliers. Composition à deux regards, ce corpus prend la forme d’une cartographie visuelle. Exposé dans l’espace, il offre une lecture poétique et critique d’un territoire, qui se construit et se déconstruit au fil des transformations environnementales.

Les arènes, 2022
Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Nina Patin et Paul Cabanes
ET QU’ON NE VIENNE PAS NOUS DIRE QUE LE VENT CHASSE TOUT
Arles Les Rencontres de la Photographie 2025
Exposition jusqu’au 5 septembre 2025
Centre d’arts plastiques Fernand Léger
1, avenue Général de Gaulle, 13110 Port-de-Bouc
14 h 00 - 17 h 30
Fermé le samedi et dimanche
Accessible sur présentation du forfait des Rencontres d’Arles 2025