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Sol Mur Temps/Intrication 2025
De l’extérieur vers l’intérieur
un mouvement répétitif
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Les œuvres qui traitent parfois de la question de l’existence peuvent sembler très subjectives ou pédantes. Pour ma part, je préfère travailler avec une narration qui permet une lecture plus lisible et plus accessible de ce thème.
À travers la relation entre le monde extérieur et moi-même, les deux vidéos présentées cherchent à poser la question de ce que signifie exister.
Ka-Ae CHA, Footballeur PARK, 2010, video, 3’16’’
Footballeur PARK, 2010
Un footballeur inconnu, Park, s’entraîne au tir en frappant un vieux ballon couvert de peinture blanche contre le mur d’un bâtiment abandonné, saturé de graffitis. Cet entraînement commence comme une promesse qu’il se fait à lui-même : s’il ne peut pas jouer comme professionnel avant que le mur ne devienne entièrement blanc, il abandonnera le football. Pourtant, jusqu’à la fin, aucun contact ne vient de l’extérieur. Au moment où, face au mur achevé, il s’apprête à repartir, un nouveau ballon surgit du mur.
Le football européen est souvent perçu comme un espace où les habitants du tiers-monde peuvent réaliser une ascension sociale. À l’image des graffitis librement tracés que l’on efface un à un par des tirs répétés, c’est l’histoire de personnes qui tentent d’effacer leur propre arrière-plan pour rêver d’un nouvel environnement.
BING, 2014
Ka-Ae CHA, BING, 2014, animation, 2’19’’
Cette œuvre prend pour référence la nouvelle « Têtes mortes » de Samuel Beckett. Dans ce texte, le mot « BING », employé par l’auteur comme équivalent onomatopéique d’un choc soudain, possède aussi, au sens du dictionnaire, la signification de cellule individuelle. Mon interprétation de cette expression double — à la fois « boum » et « cellule » — se combine avec d’autres concepts centraux du récit, tels que le « cube », le « murmure » ou la « lumière », pour former une courte animation.
Dans une cellule, quelqu’un se ronge les ongles, puis finit par dévorer sa propre main. Peu à peu, il mange l’ensemble de son corps, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la structure de la bouche. Ensuite, cette masse de chair se retourne et retrouve à nouveau la forme d’un corps intact, mais l’individu recommence à se manger sans fin. Autrement dit, l’être — le « moi » — polit sa propre forme par un mouvement répété de mort et de naissance.
Dans chacune de ces deux vidéos, les récits parlent du processus de la recherche de soi. Le footballeur, au début, attend un appel venant de l’extérieur, mais il demeure seul jusqu’à la fin du film. L’apparition d’un nouveau ballon depuis le mur vise à montrer que le but de ses actes ne se situe pas à l’extérieur, mais en lui-même. Dans BING, cette idée se concrétise davantage à travers la transformation du corps : cette prise de conscience n’est pas un moi achevé, mais la compréhension d’une motricité répétée — le fait de s’attribuer continuellement sa propre existence.
Sol Mur Temps/Intrication 2025 est un projet curatorial de Chong Jae Kyoo
