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D’Arles en Avignon
de fondations en collections
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Il est en été bien des amatrices et amateurs d’art ou de culture qui migrent en Provence-Alpes-Côte d’Azur tant il y a de rencontres entre autres festivals. Là où des villes comme Arles en photographie ou Avignon en théâtre sont aussi connues pour leurs événements. Et au fil du temps, les offres artistiques et culturelles n’ont cessé de se renforcer en cette même région, une invitation au parcours.
C’est en 2014 que la Fondation Vincent van Gogh Arles où se tient actuellement l’exposition thématique « Suspects » a ouvert ses portes. L’installation confrontant les créations vidéo I’m sorry et No, No, No de la série Clown Torture (1987) de Bruce Nauman y est tout à fait à sa place. Surtout la première pièce où une clownesse semble s’excuser en répétant énergiquement « I’m sorry for what I did. I don’t know why I did it ». Au-delà de la performance qui est véritablement impressionnante, littéralement envoutante, on pense à toutes les victimes de tortures physiques ou psychologiques qui finissent par avouer des crimes qu’elles n’ont pas commis. L’œuvre a été prêtée par la Collection Pinault, ce qui renvoie à la multiplication des fondations et collections renforçant les programmations des institutions muséales françaises et plus largement européennes.
Le dernier des lieux privées à voir le jour en région Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2026, c’est le Fonds Bustamante Arles avec une exposition inaugurale intitulée En miroirs. Celle-ci regroupe les œuvres d’une vingtaine d’artistes qui dialoguent avec celles de Jean-Marc Bustamante. On y découvre ou redécouvre l’installation lumineuse I tempi doppi (2014) de Tatiana Trouvé. Deux ampoules – l’une allumée, l’autre éteinte et neutralisée avec de la peinture noire qui vient en soustraire la valeur d’usage – sont raccordées par une tige ayant été intensément recourbée sur elle-même. Comme si les deux ampoules constituaient les passés ou futurs l’une de l’autre, vers l’obscurité ou la lumière. Il y a dans cette pièce véritablement sculptée une étrangeté conceptuelle qui amène à s’interroger sur les questions du double, de la différence et du contraire.
Déjà, en 2022, un artiste avait choisi Arles pour présenter sa collection associée à des expositions temporaires : Lee Ufan. Cette même collection vient d’intégrer une nouvelle installation, sonore celle-ci, intitulée (Relatum - Soundbox (2024). Comme c’est souvent le cas dans le travail du Sud-Coréen, la sculpture mêle le métal au minéral, bien qu’elle soit augmentée de son, ce qui est plus rare dans son corpus. Régulièrement, le cylindre rompt le silence pour s’adresser à la pierre en émettant une sorte de vrombissement qui pourrait provenir des tréfonds de la terre. S’ensuivent quelques clameurs collectives, puis des voix davantage singulières, comme si l’on s’adressait à nous sans que l’on sache de quoi il retourne. La confrontation est centrale aux recherches de Lee Ufan, des surfaces entre elles, aux volumes, en tension. Avec Soundbox, œuvre ouverte aux interprétations s’il en est, elles sont de différentes natures.
C’est en 2021 que Luma Arles inaugure son complexe artistique et culturel où, parmi les œuvres ou expositions de cet été 2026, est présentée la séquence vidéo intégrant de l’animation In their veins de Camille Henrot. L’artiste y croise le monde de l’enfance avec celui des adultes en traitant de la découverte comme de la perte. Car si l’imagerie animalière joue un rôle déterminant dans l’apprentissage des enfants, dans le même temps bien des espèces disparaissent. Le soin, quant à ces mêmes espèces que nos activités menacent d’extinction, tient un rôle important dans la création In their veins où des scènes familiales en intérieur côtoient celles de protestations en extérieurs, sans que jamais le film ne soit véritablement militant. Il s’agit plutôt d’un constat qui, bien qu’alarmant, est traité avec une relative distance, comme teinté d’une forme de résistance par la bienveillance.
Terminons notre parcours avec la Collection Lambert qui s’est installée à Avignon en 2000 pour évoquer la participation de Geumhyung Jeong à l’exposition Le murmure des Libres. On y retrouve la question du soin, mais celui porté à de petits robots aux fonctionnements aléatoires composés d’ossements et d’électronique. L’exposition de la séoulienne est divisée en plusieurs zones, l’une ayant la fonction d’un atelier, alors qu’une autre, avec des écrans, évoque le contrôle. Aussi, des tables permettent de classifier les composants des robots quelque peu anthropomorphiques qui reposent un peu plus loin sur le sol. Rien ici n’est véritablement fixé par l’artiste susceptible de faire évoluer les divers assemblages. Ses machines, lorsqu’elle les active, semblent parfois résister avec des mouvements inattendus. Ce qui a pour effet d’interroger le public sur ces objets sans autre fonction que celle de nous faire réfléchir, notamment au soin et à l’altérité technique. Mais n’est-ce pas là la mission essentielle de l’art, même en période estivale ?
Fondation Vincent van Gogh Arles : https://www.fondation-vincentvangogh-arles.org
Fonds Bustamante Arles : https://www.fondsbustamante.com
Lee Ufan Arles : https://www.leeufan-arles.org
Luma Arles : https://luma.org/arles
Collection Lambert : https://collectionlambert.com
Geumhyung Jeong : https://www.geumhyungjeong.com





