mardi 29 juillet 2025

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image du corps

Ce que tu vis seulement te trace

, Caroline Henry et Yannick Vigouroux

Artiste plasticienne du mouvement, formée au cinéma documentaire, au laboratoire photographique et à la danse, ma pratique part de l’improvisation, passe par le corps, sa mémoire, l’écoute, le geste, pour devenir photographies, films, installations et sons. Une traduction audiovisuelle qui repose sur les facultés du corps à mettre en mouvement ce qui ne peut être dit, vu ou entendu, à formuler une matière brute qui nous façonne autant qu’elle nous échappe.


 

Traverser les prés sauvages, avec le geste du naturel et le
silence en résonance. Scène vivante, permanente.

Loin du monde, près de soi, les injonctions et les codes se
confondent.

Improvisant une poignée de minutes, à l’écoute du paysage,
son foisonnement, une liberté, une femme renoue avec l’espace.

Farouche, propice, hostile, parfois mutilé, l’environnement, le
corps.

D’où s’échappe le mouvement ? Quand il n’est pas envisagé.
Passé ou avenir ?

Cette femme est la photographe, sur les lieux elle est seule.
À intervalles réguliers une image est saisie par l’appareil. Valse
avec l’instant et sa vivacité.

Le naturel se dévoile. L’accessoire se dérobe. Une histoire
instinctive s’écrit.

Ce que l’on vit nous révèle, signe une silhouette. Le geste parle.
La nature raconte.

Tu ne traces rien.
Ce que tu vis seulement te trace dans la mesure où ce que tu vis
est inconnu de tous, même de toi

Francis Palanc, artiste brut (1928-2015)


 


 

Extrait d’un entretien avec Yannick Vigouroux (lacritique.org)

 
Yannick Vigouroux : Ce que j’ai perçu aussi, c’est peut-être, dans les « autoportraits dansés », l’influence du Romantisme ? J’ai lu l’autre jour ces vers :
« Tu me parles du fond d’un rêve / Comme une âme parle aux vivants. / Comme l’écume de la grève, / Ta robe flotte dans les vents. »
(Victor Hugo, « A celle qui est voilée », in Les contemplations, 1856)

Je trouve que dans tes autoportraits, l’attitude figée, les cheveux longs, la robe blanche, la tentative de fusion avec la nature, il y a une dimension.

Caroline Henry : J’ai eu au départ une formation en cinéma et j’ai été très vite plus attirée par le cinéma muet des débuts, un cinéma où l’on expérimentait tout. Et donc les idées foisonnaient. Comme il n’y avait pas de son, c’était vraiment l’image qui était le langage. J’ai vu beaucoup de ces films et je continue d’en voir à la Fondation Pathé. C’est souvent la musique romantique qui accompagne tout cela, et le début du muet, c’est juste à la fin du Romantisme, la fin du XIXᵉ siècle. Je pense que toute cette industrialisation qui fait peur, contraint et suscite une envie d’aller encore un peu plus vers le rêve, l’imaginaire. Aujourd’hui ce n’est plus la société industrielle qui nous contraint et nous fait peur, mais la numérisation qui nous incite à revenir vers le corps, et l’espace sauvage.
 
Yannick Vigouroux, photographe, critique et historien d’art,
Photographier au Holga ou la chorégraphie du hasard, lacritique.org, 2023